Accident de train à Brétigny sur Orge: Stress Aigu

La France entière a été saisie d’horreur en apprenant cette tragédie. Six morts, une douzaine de blessés, et des « scènes de guerre », comme le rapportent les témoins.

Il faut savoir qu’assister à une scène d’une telle violence, voir les corps blessés, entendre les cris de panique, renvoie immédiatement à nos craintes les plus essentielles : sauvegarder notre intégrité physique. Vivre cela c’est se confronter à certaines des choses les plus difficiles dans l’existence car cela marque en profondeur. De plus s’y surajoute, pour les victimes qui voyageaient à plusieurs, l’insoutenable crainte que leurs proches soient blessés.

Pour les rescapés, mais aussi pour les témoins et les secouristes, ce drame épouvantable laissera des souvenirs gravés dans leur mémoire, et les risques de traumatisme sont élevés.

A/ Ce qui peut se passer pour toutes les personnes impliquées
1/ Immédiatement

Il peut survenir ce qui s’appelle un état de stress aigu. Cet état est marqué par une angoisse importante, ou à l’inverse une anesthésie émotionnelle totale, avec l’impression que les choses ne sont pas réelles. La personne fonctionne comme un automate, avec parfois une amnésie de ce qui s’est passé. A l’inverse, des crises d’angoisse peuvent survenir, dans un climat de grande détresse psychique. La personne a ensuite l’impression de revivre la scène en boucle. Cet état nécessite une prise en charge indiscutable.

2/ A distance

Une chose est certaine, si les angoisses perdurent plusieurs jours après, et à plus forte raison plusieurs mois après, s’il existe des cauchemars récurrents, l’impression de revivre la scène de façon répétée, le désir d’éviter des lieux ou des gens ou des situations qui rappellent le traumatisme, il faut craindre l’installation d’un syndrome de stress post-traumatique. Là aussi cet état nécessite une prise en charge indiscutable.

B/ Spécificités pour les blessés, leur famille et les familles des personnes décédées.

Les personnes qui ont été blessées dans l’accident sont immédiatement confrontées dans leur chair à la fragilité de leur existence. La douleur elle-même présente un fort risque de créer un souvenir traumatisant. Ces personnes doivent absolument être aidées, et pour les personnes qui auront des séquelles physiques de l’accident, une assistance face à ces séquelles doit être mise en place afin de permettre un travail de deuil. Bien sûr, certaines de ces personnes s’en sortiront mieux que d’autres, selon le principe de résilience cher à Cyrulnik. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’on ne peut pas présager a priori de qui pourrait digérer tout seul un tel événement. Cela veut dire qu’il est indispensable de proposer à tous un soutien, d’emblée, parce que cela donne les meilleurs résultats (c’est la raison d’être des cellules psychologiques).

Il ne faut pas non plus négliger les familles. Elles aussi ont été confrontées à cet événement et peuvent en ressortir traumatisées. Leur souffrance est souvent plus discrète et plus difficilement avouable: on modère sa souffrance, on tente de la faire taire au motif que l’autre a vécu l’accident… la famille a l’impression que sa souffrance est illégitime, mais c’est une erreur: la projection de la perte d’un être cher peut conduire à une souffrance et un traumatisme, qui doit mériter une aide la cas échéant. Le danger dans ce cas, est de culpabiliser de sa propre angoisse.

Quant aux familles de victimes décédées, le travail de deuil sera bien sûr essentiel. L’assistance doit être tant médicale que sociale: il existe en effet des associations d’aide aux victimes et familles de victimes.

B/ Spécificités pour les témoins, les voyageurs non blessés et les secouristes

Ceux qui ont été témoins de l’accident et n’ont pas été blessés, ou légèrement, on pourrait croire qu’ils seront relativement épargnés. Rien n’est plus faux. Leur position est en fait dramatique : ils ont vécu exactement les mêmes événements que les victimes blessées, mais eux n’ont pas été blessées et n’ont donc pas ressenti la douleur physique. Du coup, leur douleur psychique qui n’est pas visible et ne trouve pas de cause observable comme une blessure physique, est souvent mal acceptée, tant par eux-même que parfois par leur entourage : comment se permettre de souffrir psychiquement alors qu’à côté des gens sont morts, ont perdu un membre ?

Pourtant, eux aussi ont éprouvé avec une tragique violence la caducité de la vie. Ce n’est pas uniquement la douleur physique qui traumatise, c’est aussi la réactivation de ces angoisses fondamentales. Il est alors capital que ceux qui ont assisté à ces scènes, sachent que leur douleur est extrêmement intense mais aussi qu’elle est légitime et qu’elle ne vaut pas moins parce qu’ils n’ont pas été blessés. Il es capital de repousser toute notion de culpabilisation.

I/ Réaction psychique après-coup

Après le traumatisme du vécu direct, les problèmes ne sont pas finis : voir des blessés, voir des morts, réaliser que l’on aurait pu être l’un d’eux est une confrontation terrible. L’imagination fait le reste et travaille contre les victimes : on est envahi de pensées : « Et si j’avais été à leur place ? », « et si j’avais été blessé ? »…

Ces pensées deviennent vite des ruminations envahissant parfois tout l’esprit des victimes.

Les angoisses fondamentales comme celles de mourir ou d’être blessé, sont des angoisses extrêmement difficiles à canaliser. Lorsqu’on y est confronté, qui plus est sans préparation, il peut être très complexe de les apaiser.  Comme si cela ne suffisait pas, ces angoisses ne sont pas les seules émotions engendrées dans de telles circonstances. Les victimes doivent affronter encore :

– Sentiment d’impuissance à secourir les blessés en détresse

– Prise de conscience de sa propre vulnérabilité : on redécouvre avec une acuité terrible, à quel point la vie est une chose éphémère et que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain. Cette prise de conscience est d’autant plus terrible qu’on cherche toujours à se croire hors de portée de ce genre d’événements

– Un terrible sentiment d’injustice : « pourquoi lui et pas moi ? », ou « pourquoi moi et pas lui ? »

– Le besoin de trouver une explication à l’événement

– Un sentiment diffus d’insécurité : plus aucun lieu ne donne une impression de sécurité suffisamment rassurante.

C/ Ce qui se joue pour les spectateurs

Pour les téléspectateurs, principalement les enfants, et les personnes sensibles, la question se posera de savoir comment ils digéreront les images diffusées.

Mais eux aussi sont confrontés à cette prise de conscience de la fragilité de la vie.

Certaines pensées peuvent ainsi les envahir :

– Et si j’avais pris le train ce jour-là ?

– Et si ça m’arrivait à moi?

Cas particulier: pour les personnes ayant des responsabilités (dirigeants de la SNCF etc…) un traumatisme peut apparaître, avec un sentiment de culpabilité inhérent aux responsabilités du statut, alors même qu’aucune culpabilité judiciaire ou logique ne peut être retenue. Si cela apparaît, il faut absolument aider ces personnes, car il y a un fort risque de dépression.

Au total: ce type d’événement gravissime peut créer un traumatisme chez les personnes qui l’ont vécu, mais aussi au sein des familles de victimes, et auprès des témoins et même des spectateurs en particulier les enfants. Aucune souffrance n’est à négliger. En définitive le message à retenir est le suivant: faites appel aux structures d’aide disponible si cet événement vous a destabilisé.




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.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7- Paris 14- Paris 15 – Paris 16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1- Paris 2 – Paris 8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1- Paris 4 – Paris 11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois, Courbevoie)

Fait à Paris par un psychiatre