Pokemon GO®: est-ce une addiction?

Le jeu Pokemon GO® est un jeu vidéo qui a connu un essor important à partir de 2016, avec plusieurs dizaines de millions de joueurs dans le monde. Il est capable d’accrocher le joueur durablement. Comment expliquer un tel succès, au point que se pose la question de son potentiel addictif?

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I/ Le jeu

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Il s’agit d’un jeu simple, ne  nécessitant ni culture, ni dextérité particulière, consistant à capturer des Pokemon disséminés dans des lieux réels. Pour les récupérer, il faut se déplacer dans un temps donné, sur un lieu donné.

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II/ Mécanismes addictifs

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Le jeu présente intelligemment plusieurs caractéristiques auxquelles est sensible de l’esprit humain et qui peuvent favoriser l’émergence d’une addiction.

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A/ Rôle social

Ce jeu est pensé pour les réseaux sociaux, et encourage la quête en commun. L’obligation de se déplacer dans des lieux précis induit naturellement chez le joueur l’envie d’être à plusieurs, pour meubler le trajet, pour chercher ensemble, et échanger sur les astuces et les bons coups réalisés.

Des forums fleurissent, relayant cet échange centré sur Pokemon GO® , et permettant aux joueurs de créer une réalité alternative: la réalité de Pokemon GO® , avec de nouvelles échelles de valeurs sociales: les plus rapides, les plus astucieux, et surtout ceux qui savent avant les autres où aller pour capturer le Pokemon.

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B/ Valorisation narcissique

Pokemon GO® permet au joueur de savoir en permanence quelle est l’avancée de ses amis dans le jeu. Il va ainsi obtenir une gratification à être le premier à atteindre tel score ou récupérer tel Pokemon.

Les Pokemon sont plus ou moins difficiles à récupérer. Il y a de ce fait, une autovalorisation à réussir à triompher de ces épreuves difficiles, qui s’ajoute au plaisir du challenge et de l’émulation.

La nécessité d’être disponible et de réagir vite pour récupérer un Pokemon permet de favoriser le passage à l’acte au détriment de la réflexion: le joueur ne se pose plus la question: « est-ce que c’est une bonne idée de consacrer du temps au jeu? Ne suis-je pas en train de sacrifier autre chose? », il agit. Le peu de temps de réflexion laissé au joueur permet d’éviter que le joueur réfléchisse et risque de réaliser que chasser des êtres imaginaires est peut-être un peu futile.

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C/ Excitation

La dimension hasard est très présente dans Pokemon GO®, mais l’attention accrue du joueur lui donne l’impression de pouvoir partiellement l’équilibrer.

En effet, le joueur standard ne peut pas prévoir à quel moment ni à quel endroit apparaîtra le Pokemon. Du coup, il compense en se rendant disponible pour le jeu. Il reste donc aux aguets, excité dès qu’apparaît un nouveau Pokemon, excité sur le trajet en allant sur le lieu pour le capturer, avec une bouffée d’émotion agréable lors de la capture. Cette émotion est immédiate, mais dure peu, aussi le joueur cherche avec impatience à revivre une dose d’émotion positive similaire et se remet à chercher. Le jeu crée des phases d’attente et de manque, mais le joueur sait qu’il pourra ressentir à nouveau de l’excitation, de façon sûre et prévisible, en rejouant.

L’excitation est renforcée par la possibilité de partager ses recherches avec des amis, créant un engrènement émotionnel renforçateur.

Il y a donc une stimulation importante des systèmes renforçateurs de récompense.

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D/ Viralité

Le fait d’encourager les joueurs à jouer avec des amis augmente l’excitation du joueur par effet de groupe: le joueur a intérêt à développer le nombre de ses amis jouant à Pokemon GO®. Par là même, il développe la portée du jeu. Bien sûr, plus le nombre de ses amis jouant sera grand, plus l’impact des phénomènes narcissiques décrits plus haut sera important.

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III/ Conséquences

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A/ Entretien de l’attrait pour le jeu

Le fait que de nouveaux Pokemon apparaissent et disparaissent contribue à entretenir l’attrait du jeu et éviter la lassitude du joueur. Ce dernier est maintenu dans un état d’attente, et d’excitation facile d’accès. La rapidité de réaction étant prépondérante dans le jeu, le joueur n’a pas le temps de réfléchir au bien-fondé du temps qu’il consacre au jeu.

 

B/ Ce qui est observé

Pokemon GO® chercher à accaparer l’attention du joueur. Du fait de la durée limitée de la présence des Pokemons dans le jeu, le joueur est obligé d’être réactif et de se rendre très disponible pour le jeu. Cette attention dévouée au jeu se fait au détriment de l’entourage immédiat, ce qui en soi est néfaste, mais peut poser davantage de problème si le joueur pratique simultanément une activité nécessitant toute son attention pour des questions de sécurité, notamment la conduite.

La nécessaire disponibilité du joueur lui impose de se déplacer pour capturer les Pokemon, donc de consacrer énormément de temps à Pokemon GO®, donc au détriment des autres aspects de sa vie (professionnel, familial…).

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C/Conséquences qui ressemblent à ce qui s’observe dans les addictions

  • La personne consacre de plus en plus de temps à Pokemon GO® , au détriment d’autres activités. Il faut toujours s’alarmer au-delà de 2h/j, ou en-dessous si d’autres retentissements sont présents.
  • Des conséquences néfastes , même peu graves peuvent apparaître, notamment conséquences sur le travail, la vie familiale, les autres activités de loisir, qui sont délaissées.
  • Changement d’humeur ou de personnalité: nervosité, irritabilité, agressivité… surtout si on perturbe le joueur en cours de jeu, ou s’il n’arrive pas à capturer le Pokemon visé.
  • Besoin de jouer pour se sentir bien et incapacité à se sentir bien, autrement.
  • Fléchissement de la performance professionnelle ou scolaire, même si l’assiduité est conservée. Par exemple, s’alarmer quand un enfant voit ses résultats scolaires chuter tandis qu’il joue.
  • Besoin d’augmenter le temps consacré à Pokemon GO® pour se sentir bien.
  • Difficulté à tolérer durablement une privation de Pokemon GO®. Par exemple, ne pas pouvoir rester une semaine sans accéder à internet (autre que pour des raisons valables) ou au portable.
  • Le comportement de jeu dépasse souvent en durée ou en quantité ce à quoi la personne s’attendait: elle joue plus longtemps et plus qu’elle avait prévu.
  • La personne a le désir de limiter son jeu, mais les efforts dans ce sens sont infructueux.
  • La personne consacre beaucoup de temps, d’énergie ou de ressource à rendre disponible pour Pokemon GO®.
  • La personne persiste à jouer bien qu’elle soit consciente que des problèmes sont apparus.

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.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7- Paris 14- Paris 15 – Paris 16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1- Paris 2 – Paris 8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1- Paris 4 – Paris 11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois), Courbevoie

Fait à Paris par un psychiatre avec le concours d’un psychologue