Articles

Pokemon GO®: est-ce une addiction?

Le jeu Pokemon GO® est un jeu vidéo qui a connu un essor important à partir de 2016, avec plusieurs dizaines de millions de joueurs dans le monde. Il est capable d’accrocher le joueur durablement. Comment expliquer un tel succès, au point que se pose la question de son potentiel addictif?

.

I/ Le jeu

.

Il s’agit d’un jeu simple, ne  nécessitant ni culture, ni dextérité particulière, consistant à capturer des Pokemon disséminés dans des lieux réels. Pour les récupérer, il faut se déplacer dans un temps donné, sur un lieu donné.

Afficher l'image d'origine.

.

II/ Mécanismes addictifs

.

Le jeu présente intelligemment plusieurs caractéristiques auxquelles est sensible de l’esprit humain et qui peuvent favoriser l’émergence d’une addiction.

.

A/ Rôle social

Ce jeu est pensé pour les réseaux sociaux, et encourage la quête en commun. L’obligation de se déplacer dans des lieux précis induit naturellement chez le joueur l’envie d’être à plusieurs, pour meubler le trajet, pour chercher ensemble, et échanger sur les astuces et les bons coups réalisés.

Des forums fleurissent, relayant cet échange centré sur Pokemon GO® , et permettant aux joueurs de créer une réalité alternative: la réalité de Pokemon GO® , avec de nouvelles échelles de valeurs sociales: les plus rapides, les plus astucieux, et surtout ceux qui savent avant les autres où aller pour capturer le Pokemon.

.

B/ Valorisation narcissique

Pokemon GO® permet au joueur de savoir en permanence quelle est l’avancée de ses amis dans le jeu. Il va ainsi obtenir une gratification à être le premier à atteindre tel score ou récupérer tel Pokemon.

Les Pokemon sont plus ou moins difficiles à récupérer. Il y a de ce fait, une autovalorisation à réussir à triompher de ces épreuves difficiles, qui s’ajoute au plaisir du challenge et de l’émulation.

La nécessité d’être disponible et de réagir vite pour récupérer un Pokemon permet de favoriser le passage à l’acte au détriment de la réflexion: le joueur ne se pose plus la question: « est-ce que c’est une bonne idée de consacrer du temps au jeu? Ne suis-je pas en train de sacrifier autre chose? », il agit. Le peu de temps de réflexion laissé au joueur permet d’éviter que le joueur réfléchisse et risque de réaliser que chasser des êtres imaginaires est peut-être un peu futile.

.

C/ Excitation

La dimension hasard est très présente dans Pokemon GO®, mais l’attention accrue du joueur lui donne l’impression de pouvoir partiellement l’équilibrer.

En effet, le joueur standard ne peut pas prévoir à quel moment ni à quel endroit apparaîtra le Pokemon. Du coup, il compense en se rendant disponible pour le jeu. Il reste donc aux aguets, excité dès qu’apparaît un nouveau Pokemon, excité sur le trajet en allant sur le lieu pour le capturer, avec une bouffée d’émotion agréable lors de la capture. Cette émotion est immédiate, mais dure peu, aussi le joueur cherche avec impatience à revivre une dose d’émotion positive similaire et se remet à chercher. Le jeu crée des phases d’attente et de manque, mais le joueur sait qu’il pourra ressentir à nouveau de l’excitation, de façon sûre et prévisible, en rejouant.

L’excitation est renforcée par la possibilité de partager ses recherches avec des amis, créant un engrènement émotionnel renforçateur.

Il y a donc une stimulation importante des systèmes renforçateurs de récompense.

.

D/ Viralité

Le fait d’encourager les joueurs à jouer avec des amis augmente l’excitation du joueur par effet de groupe: le joueur a intérêt à développer le nombre de ses amis jouant à Pokemon GO®. Par là même, il développe la portée du jeu. Bien sûr, plus le nombre de ses amis jouant sera grand, plus l’impact des phénomènes narcissiques décrits plus haut sera important.

.

III/ Conséquences

.

A/ Entretien de l’attrait pour le jeu

Le fait que de nouveaux Pokemon apparaissent et disparaissent contribue à entretenir l’attrait du jeu et éviter la lassitude du joueur. Ce dernier est maintenu dans un état d’attente, et d’excitation facile d’accès. La rapidité de réaction étant prépondérante dans le jeu, le joueur n’a pas le temps de réfléchir au bien-fondé du temps qu’il consacre au jeu.

 

B/ Ce qui est observé

Pokemon GO® chercher à accaparer l’attention du joueur. Du fait de la durée limitée de la présence des Pokemons dans le jeu, le joueur est obligé d’être réactif et de se rendre très disponible pour le jeu. Cette attention dévouée au jeu se fait au détriment de l’entourage immédiat, ce qui en soi est néfaste, mais peut poser davantage de problème si le joueur pratique simultanément une activité nécessitant toute son attention pour des questions de sécurité, notamment la conduite.

La nécessaire disponibilité du joueur lui impose de se déplacer pour capturer les Pokemon, donc de consacrer énormément de temps à Pokemon GO®, donc au détriment des autres aspects de sa vie (professionnel, familial…).

.

C/Conséquences qui ressemblent à ce qui s’observe dans les addictions

  • La personne consacre de plus en plus de temps à Pokemon GO® , au détriment d’autres activités. Il faut toujours s’alarmer au-delà de 2h/j, ou en-dessous si d’autres retentissements sont présents.
  • Des conséquences néfastes , même peu graves peuvent apparaître, notamment conséquences sur le travail, la vie familiale, les autres activités de loisir, qui sont délaissées.
  • Changement d’humeur ou de personnalité: nervosité, irritabilité, agressivité… surtout si on perturbe le joueur en cours de jeu, ou s’il n’arrive pas à capturer le Pokemon visé.
  • Besoin de jouer pour se sentir bien et incapacité à se sentir bien, autrement.
  • Fléchissement de la performance professionnelle ou scolaire, même si l’assiduité est conservée. Par exemple, s’alarmer quand un enfant voit ses résultats scolaires chuter tandis qu’il joue.
  • Besoin d’augmenter le temps consacré à Pokemon GO® pour se sentir bien.
  • Difficulté à tolérer durablement une privation de Pokemon GO®. Par exemple, ne pas pouvoir rester une semaine sans accéder à internet (autre que pour des raisons valables) ou au portable.
  • Le comportement de jeu dépasse souvent en durée ou en quantité ce à quoi la personne s’attendait: elle joue plus longtemps et plus qu’elle avait prévu.
  • La personne a le désir de limiter son jeu, mais les efforts dans ce sens sont infructueux.
  • La personne consacre beaucoup de temps, d’énergie ou de ressource à rendre disponible pour Pokemon GO®.
  • La personne persiste à jouer bien qu’elle soit consciente que des problèmes sont apparus.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7- Paris 14- Paris 15 – Paris 16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1- Paris 2 – Paris 8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1- Paris 4 – Paris 11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois), Courbevoie

Fait à Paris par un psychiatre avec le concours d’un psychologue

Comment expliquer les attentats à ses enfants?

Beaucoup d’entre nous doivent être actuellement confrontés à ce dilemme: dire ou ne pas dire? Lorsque l’on s’adresse à des enfants, il y a 3 difficultés centrales:

  1. éviter de leur dire des choses trop violentes
  2. éviter de leur donner l’illusion d’un monde irréel, édulcoré
  3. adapter son langage au niveau de compréhension des enfants.

Les suggestions qui suivent s’entendent pour des enfants n’ayant pas vécu les attentats de visu et n’ayant pas perdu un proche. Si l’enfant est dans l’un de ces cas, il est essentiel de consulter une cellule d’urgence médico-psychologique ou un psychiatre.

Résultat de recherche d'images pour "attentats bougies"

.

I/ Eviter de leur dire des choses trop violentes

.

Il est essentiel de se rappeler que le psychisme d’un enfant n’est pas en mesure d’assimiler et de digérer les mêmes choses que nous, car leur maturité n’est pas la même. Ils ressentent les émotions avec davantage d’intensité, moins de recul, et ne sont capables ni de se distancier, ni de rationaliser. Donc ils sont encore plus vulnérables lorsque nous mêmes sommes dépassés.

Cela veut dire utiliser des mots simples mais suffisamment flous pour que l’enfant ne se représente pas complètement la réalité si elle est trop dure à accepter. Ainsi, il est inutile d’expliquer aux enfants des détails sordides de la tuerie. Cela n’apporte rien.

De même l’objectif est de ne pas laisser trop travailler imagination de l’enfant qui va avoir tendance à lui faire penser aux pires choses. Il faut lui donner des informations qui vont lui permettre de se représenter qu’il y a eu de la violence et le méchanceté, mais pas forcément la scène dans toute son horreur.

Ainsi, il est préférable de ne pas le laisser accéder aux images télévisées ou de témoins, car l’enfant ne va pas être en mesure de les comprendre ni de les mettre à distance. Il est bien sûr impossible de les leur épargner, toutefois, il est possible de limiter les choses en évitant par exemple de laisser tourner les informations en continu en leur présence.

.

II/ Eviter de leur donner l’illusion d’un monde irréel, édulcoré

.

L’enfant perçoit l’inquiétude de ses parents. Nier cette émotion consiste à donner comme message à l’enfant qu’on n’a pas le droit d’avoir des émotions, ou qu’on lui ment, alors qu’au contraire, c’est un gage de valeur humaine que de ressentir des émotions dans de telles circonstances. L’enfant a besoin de savoir que si ses parents sont inquiets, c’est pour de bonnes raisons. Cela montre que ce ne sont que pour des raisons graves que les parents peuvent être touchés.

Il faut nommer les choses:

« Il s’est passé des choses graves »

« Des gens très méchants ont fait du mal à d’autres gens »

Si l’enfant est en âge de comprendre la notion de mort, on peut lui dire que « des gens ont tué d’autres gens »

Par contre, il est essentiel de systématiquement coupler les informations anxiogènes avec des solutions, afin de ne pas laisser l’enfant avec l’impression d’être dans l’impuissance.

« Il y a des gens méchants… mais papa et maman sont là pour te protéger »

« Ils ont fait des bêtises graves… mais la police les a rendus inoffensifs ou est en train de les chercher »

« Il y a des gens qui font ça parce qu’ils sont très très bêtes… mais il y a aussi de nombreuses personnes qui nous aiment, dans plein de pays » et on peut même montrer des images des différents monuments du monde aux couleurs de la France.

« C’est grave mais tous le monde va se battre pour que ça n’arrive plus »

L’idée est d’éviter de laisser l’enfant dans l’impuissance, et de lui montrer qu’on agit pour réparer les conséquences, et éviter que cela se reproduise.

Enfant, il est essentiel de lui rappeler des repères essentiels: qu’on l’aime, qu’on est là pour le protéger, qu’il peut avoir confiance en nous, que ces valeurs n’ont pas été touchées par ces attentats.

.

III/ Adapter son langage au niveau de compréhension des enfants

.

Il faut tenir compte de l’âge et de la maturité de vos enfants. Le langage et la réflexion sont un un secours dont les adultes disposent pour mettre à distance les émotions, mais les enfants les ont moins naturellement.

L’emphase ne sert à rien. Les mots compliqués comme horreur, épouvante, indicible, terrorisme, odieux… ne sont pas compris par les enfants en bas âge.

Il est toujours souhaitable de tenter une explication quel que soit l’âge de l’enfant car l’enfant va immanquablement s’interroger sur le pourquoi. Le degré de profondeur de la réponse sera aménagé à l’âge:

« parce qu’ils ne nous aiment pas »

« ils ne sous aiment pas parce que nous ne pensons pas comme nous »

« ils ne sous aiment pas parce leur religion est différente »

« ils ne sous aiment pas parce qu’ils veulent imposer leur religion »

Même si les réponses vous sembles simplistes, factices ou tronquées, ce qui compte n’est pas l’exactitude, car c’est déjà extrêmement complexe à appréhender pour un adulte, alors pour un enfant… le but c’est qu’il puisse avoir un début de réponse pour ne pas se retrouve isolé avec un lancinant « pourquoi? »

Si l’enfant est jeune, mieux vaut être manichéen séparant « méchants et gentils ». Même si l’adulte sait que c’est parfois plus compliqué, il faut donner à comprendre à l’enfant une représentation du monde qui lui soit intelligible.

Il est aussi pertinent de souligner la gravité de la chose en insistant: ils ont fait une chose « très très grave » ou  ils sont « très très très méchants » pour que l’enfant différencie ces faits des méchancetés bénignes du quotidien.

Pour parler de la mort on peut dire « ils sont partis… mais ils restent présents dans nos coeurs, et ils resteront avec nous »

Le contact avec l’enfant est important: il est possible d’exprimer des émotions, qu’on est triste, mais toujours en montrant qu’il y a des solutions. L’enfant va chercher un réconfort, il faut le lui donner, y compris dans le non-verbal: regard franc, direct, sourire, pas de regard fuyant ou évitant. On peut aussi prendre l’enfant dans les bras, le caresser pour le réconforter si besoin.

 .

IV/ Accueillir la parole de l’enfant

.

Après les explications, il faut accueillir les pleurs, les sanglots, et consoler l’enfant. Il faut répondre aux questions éventuelles qu’il se posera pour essayer de le sortir de l’émotion et lui permettre une rationalisation partielle.

Parfois, il faut accepter que l’enfant n’ait pas forcément de réaction immédiate, et respecter le temps qu’il va peut-être mettre à digérer l’information.

Dans un second temps, quelques heures, quelques jours plus tard, il est souhaitable de l’aider à verbaliser ce qu’il a pu ressentir ou penser. Pour cela, il suffit de lui poser quelques questions anodines: « Comment te sens-tu? As-tu des questions? pensez-tu à ce qu’on avait dit? Est-ce que ça te fait peur? »

Parfois, on cherche des signes indirects: « Dors-tu bien? »

Il convient bien sûr de rester aux aguets dans les semaines qui viennent: un enfant qui va avoir une chute des résultats scolaires, qui va se renfermer ou refuser des se livrer à des activités  sont autant de signes qui doivent faire penser que l’enfant a du mal à gérer les choses. Il y a alors matière à rediscuter avec l’enfant, en montrant que l’on est là, et attentif à lui.

Si les mots ne viennent pas, il est aussi possible de l’aider en lui demandant de dessiner, et de nous montrer ses dessins.

 

.

.

.

.

.

 

Cinquante nuances de Grey et la sexualité

Le moins qu’on puisse dire est que la saga et maintenant le film, ont remué les fantasmes enfouis. Le contenu du livre expose des pratiques de SM soft qui paraissent accessibles. Ces pratiques ne sont plus considérées comme stigmatisantes, mais deviennent envisageables. De nombreux lecteurs et lectrices  sont alors amenés à s’interroger sur leur désir et sur ce qu’est le SM (sado-masochisme).

Nous allons essayer de donner quelques éléments aux lecteurs qui s’interrogeraient sur ces pratiques SM, leur sexualité et les intrications psychiques. Nous essaierons aussi de donner quelques pistes pour ceux qui s’interrogeraient sur la façon dont on peut introduire ces pratiques dans la vie sexuelle de leur couple.

.

I/ Pratiques SM

.

A/ Définition

Il s’agit d’un type de pratiques sexuelles, dans lequel la relation comprend une part de douleur, d’humiliation, de contrainte, de domination ou de soumission. Les pratiques SM dans leur forme habituelle incluent systématiquement le consentement mutuel, et la définition d’un cadre précis dans lequel ces pratiques sont consenties. Ce cadre donne lieu à un contrat, dans lequel est aussi défini un « safeword » ou « mot d’alerte » qui, s’il est prononcé par la partenaire en position de soumission ou de douleur, met immédiatement et inconditionnellement fin à la pratique en cours. Cette conscience des choses présuppose que les partenaires soient majeurs et au clair sur leur sexualité.

.

B/ Différents types de pratiques

.

Les pratiques sont très diverses. En voici quelques exemples:

  1. Bondage: pratique consistant à lier le partenaire soumis avec des cordes, généralement en chanvre. Le but est d’obtenir l’immobilisation totale du partenaire soumis, le rendant parfaitement vulnérable. Beaucoup de techniques s’inspirent de techniques japonaises initialement dénommées kinbaku ou plus récemment shibari.
  2. Usage de la douleur: plusieurs pratiques sont en usage: utilisation de la cravache ou du fouet, suspension de poids à des parties du corps…
  3. Humiliation psychologique: il s’agit principalement de l’usage du contexte sans infliger de douleur physique. Il peut s’agir par exemple de forcer le partenaire soumis à se déshabiller en public, à rester immobile pour servir de mobilier etc…

Le SM fait également souvent appel à l’utilisation de sextoys. Maintenant, il faut se rappeler que dans le domaine du SM c’est principalement l’imagination des partenaires qui créera l’excitation sexuelle.

.

II/ Est-ce normal d’avoir des fantasmes sadomasochistes ?

.

La plupart du temps avoir des fantasmes sadomasochistes est parfaitement habituel. Beaucoup de gens ont ce type de fantasmes, même si ce n’est pas forcément un sujet facile à aborder, y compris dans le couple.

Lorsque les pratiques SM sont au service du couple, et qu’elles viennent renforcer une sexualité de qualité, cela ne pose aucun problème dans la mesure où il y a consentement mutuel et respect de la sécurité. Elles peuvent devenir un problème principalement lorsque l’un ou l’autre n’accède à la jouissance que par les pratiques SM, de façon exclusive.

.

III/ Comment aborder ce sujet dans le couple?

.

S’il est souhaitable de pouvoir aborder avec une franche sincérité les besoins, problèmes ou désirs dans le couple, le sujet de la sexualité reste un domaine risqué, de part les enjeux qu’il véhicule. Alors aborder la notion du SM… est tout à fait possible, mais doit se faire avec prudence.

Quelques conseils et principes qui peuvent aider:

  1. Pour les pratiquants occasionnels, le SM doit rester un bonus, qu’on utilise pour pimenter la vie sexuelle. Pas pour compenser une vie sexuelle insatisfaisante. Il semble donc préférable de faire part de ces fantasmes quand tout va bien au niveau de la vie sexuelle et de la vie de couple. Le risque est que sinon, le partenaire ait l’impression de « ne pas assurer » sur le plan sexuel et qu’il est être complété par des expédients.
  2. Il peut être utile d’en parler sur un plan général dans un premier temps, afin de connaître la position de l’autre. Est-il fermé? choqué? dégoûté? Inquiet? En fonction de la réaction du partenaire, il pourra être utile de l’aider à exprimer ce qui crée ce ressenti. Il sera aussi utile de savoir quelles représentations il a des pratiques SM.
  3. Dans un deuxième temps, celui qui a envie de pimenter la sexualité du couple par ces pratiques peut exprimer son envie en centrant bien les choses sur le désir qu’il aurait à tenter l’expérience du SM. A aucun moment, il ne doit utiliser la négociation, le chantage, ou la coercition: l’autre doit être en mesure de se faire une idée, sans être sous influence.
  4. Si le conjoint est dubitatif, le mieux est de lui laisser le temps de la réflexion sans chercher à insister ou à obtenir son accord à l’arraché. Un bon moyen consiste à se documenter ensemble, de parcourir des sites, de lire des articles, et d’échanger ses impressions, ses ressentis et ses préjugés.
  5. Le maître mot est la patience: si le partenaire refuse dans un premier temps, il est judicieux de respecter ce refus, sans aucunement lui faire subir de mesure de rétorsion ou de pression. Peut-être changera-t-il d’avis, ou pas… C’est son droit le plus strict, à respecter.

.

IV/ SM et psychisme

.

A/ Ce qui est mis en jeu lorsqu’on envisage des pratiques SM avec son partenaire

.

  1. La première crainte est de passer pour pervers aux yeux du partenaire. Il est donc important de bien spécifier que vous souhaitez une recourir à ces pratiques pour compléter vos jeux sexuels mais pas en faire une exclusivité.
  2. La deuxième est la crainte que l’autre ne se croie plus assez  attirant à vos yeux. Il est donc très important de le rassurer à ce sujet, en insistant bien sur le fait que c’est justement parce que cela va bien entre vous pour aller plus loin, et non pas pour compenser quelque chose.
  3. Le SM reste bien souvent du fantasme, quand on le concrétise on peut avoir peur de perdre le côté attirant du fait de l’avoir accompli. Effectivement, le fait de concrétiser un fantasme fait que ce n’est plus un fantasme, par définition. Mais cela ne veut pas dire qu’il y a extinction du désir, sauf s’il existe des problèmes pré-existants.
  4. Il est important de comprendre qu’entre la représentation que l’on se fait de la pratique SM et sa réalisation concrète, il y a des différences énormes: la pratique dans le couple ne correspondra généralement pas exactement ni à la scène fantasmée, ni aux scènes des films pornographiques. Il est donc important que les attentes que l’on a autour de ces pratiques ne soient pas érigées comme objectif mais restent à leur place: de simples suggestions.
  5. Que l’on soit en position de soumis ou de dominant, il n’est pas forcément facile de tirer du plaisir de la situation. En effet, la sexualité est habituellement une activité très instinctive, très émotionnelle, alors que le SM est une pratique comprenant une grande part cérébrale. Il est donc parfois difficile de tirer le plaisir de ces pratiques SM, surtout au début. Le rôle du scénario, de la mise en scène, du contexte est essentiel.
  6. Le jeu SM impose une relation par essence asymétrique entre les deux partenaires. Il n’est pas forcément facile d’assumer les responsabilités psychiques qu’implique chaque rôle. Ainsi, le dominant, libre de ses actes, doit assumer le fait qu’il est responsable de la qualité de la séance et du plaisir qu’il fera éprouver à lui-même ainsi qu’au partenaire. Ce rôle nécessite suffisamment de confiance en soi, donc est à éviter si le contexte psychique ne s’y prête pas.
  7. Le jeu s’arrête dès la fin de la séance, il n’y a plus de dominant et le soumis n’est plus soumis. Il capital que les pratiquants soient suffisamment forts psychiquement pour bien cloisonner ce qui est du jeu SM et ce qui est de la vie de tous les jours. Ce qui est dit ou fait pendant le jeu SM ne doit jamais interférer sur le reste de la vie. De même rien de la vie extérieure ne doit inférer sur les jeux: on ne fait rien « payer » au soumis qui soit en rapport avec quelque chose d’extérieur au jeu SM.
  8. Il est important que les pratiquants soient tous suffisamment stables psychiquement et aient assez d’estime d’eux mêmes et de confiance en eux mêmes pour bien faire la part des choses entre la parenthèse de la pratique SM et le reste de leur vie psychique. Le SM n’est pas à pratiquer en cas de souffrance, d’anxiété importante, ou de dépression.
  9. Le jeu SM conduit en fait le dominé à surmonter, par son endurance, ce que lui fait endurer le dominant. Il y a donc en fait un triomphe récurrent du soumis qui arrive à supporter ce qui lui est infligé. Il est très important que le dominant soit conscient de cette réalité: la position de domination est une position de domination apparente. IL faut absolument que le dominant accepte l’idée qu’il « perdra » quasiment toujours face à l’endurance et la force de volonté du soumis. Il est donc essentiel qu’il soit bien clair que toute notion de triomphe ou de défaite est exclue: c’est un échange, pas une lutte, malgré les apparences.
  10. Le but rechercher doit être le plaisir des deux partenaires. Il n’y a rien à en attendre de plus. En particulier, le but ne doit jamais être de régler un problème personnel ou de se lancer des défis personnels.

.

B/ Préjugés et SM

.

  1. Les soumis sont en position de domination dans la vraie vie. C’est faux. C’est le cas… ou pas!
  2. Les gens qui pratiquent le SM sont forcément pervers. Ce n’est absolument pas le cas.
  3. Les dominants compensent souvent des insuffisances sur le plan sexuel: là encore c’est faux. Utilisées dans de bonnes conditions, ces pratiques servent à agrémenter la sexualité.

Les pratiques SM présupposent un grand respect mutuel, et un consentement libre et total des deux partenaires.

.

V/ Précautions avant de se lancer dans des pratiques SM

.

  1. Connaître parfaitement son partenaire dans une sexualité classique
  2. Avoir une confiance maximale dans son partenaire
  3. Poser un cadre précis avec un « safeword » ou  « mot d’alerte »
  4. Expliciter clairement les pratiques, positions ou gestes qu’on est prêt à accepter et ce que l’on refuse. Les limites de l’acceptable doivent être posées de façon indiscutable
  5. Jamais sous le coup de substances psychotropes (alcool, cannabis, cocaïne, crack, hallucinogènes ou autres drogues)
  6. Jamais quand l’un des deux pratiquants n’est pas au top psychiquement (pas si dépression, crise d’angoisse, ou autre)
  7. Le ligotage ou les autres jeux doivent toujours privilégier la sécurité des deux participants et doit être la première préoccupation. Rappelons que les pratiques SM présupposent un grand respect mutuel.

Candy Crush Saga® : mécanisme addictif

.

Le jeu Candy Crush Saga® est un jeu vidéo qui a connu un essor important à partir de 2012, avec plusieurs dizaines de millions de joueurs dans le monde. Il est capable d’accrocher le joueur durablement. Comment expliquer un tel succès, au point que se pose la question de son potentiel addictif?

.

I/ Le jeu

Il s’agit d’un jeu simple, ne  nécessitant ni culture, ni dextérité particulière, consistant à déplacer des bonbons colorés afin de réaliser des combinaisons et accomplir l’objectif du niveau afin de gagner le niveau suivant. Les niveaux sont organisés en mondes de 15 niveaux.

.

.

.

.

.

.

.

.

II/ Mécanismes addictifs

Le jeu présente intelligemment plusieurs caractéristiques auxquelles est sensible de l’esprit humain.

.

A/ Rôle social

Ce jeu est pensé pour les réseaux sociaux, en l’occurrence Facebook®, dont il exploite l’interface. Candy Crush Saga® s’appuie sur le besoin grégaire instinctif : le jeu est parfois le seul point de communication entre certains amis peu fréquentés et le joueur. De plus, il nécessite l’aide d’amis extérieurs pour passer d’un monde à l’autre ou pour obtenir des vies quand on en est à court.

En amenant les amis du joueur à jouer, le jeu compte sur l’engrènement dû au groupe pour maintenir le joueur dans le jeu.  Enfin, il stimule l’entraide puisqu’il est possible d’aider un ami en lui envoyant des petits bonus comme des déplacements.

.

B/ Valorisation narcissique

Candy Crush Saga® permet au joueur de savoir en permanence quelle est l’avancée de ses amis dans le jeu. Il va ainsi obtenir une gratification à être le premier à atteindre tel niveau, ou à avoir passé plusieurs niveaux très rapidement.

Les niveaux sont d’une difficulté hétérogène, et non pas linéairement croissante. On trouve ainsi dans tous les mondes des niveaux difficiles et des niveaux faciles. Certains niveaux sont réputés très durs (comme les niveaux 165, 421, 425, 500 ou 637 par exemple). Il y a de ce fait, une autovalorisation à réussir à triompher de ces niveaux difficiles, voire à passer ces niveaux très durs qui bloquent parfois d’autres joueurs pendant plusieurs jours.

De plus, le joueur a accès, avant chaque tentative, aux scores records pour ce niveau, parmi ses amis. Finir premier à un niveau, donne une autosatisfaction, qui s’ajoute au plaisir du challenge et de l’émulation.

.

C/ Excitation

La dimension hasard est très présente dans Candy Crush Saga®, mais la dimension tactique donne l’impression de pouvoir partiellement l’équilibrer.

La possibilité de retournements de situations, dus à des tirages particulièrement défavorables, qui font perdre une partie gagnante, ou inversement, qui donnent la partie sur une position très mal engagée, fait naître devant cet élément incontrôlable le même genre d’excitation, en moins intense évidemment, que celle qui peut exister pour les joueurs de poker ou de casino.

De plus, le jeu est pensé pour permettre de favoriser des combinaisons multiples et spectaculaires, dont la réalisation est excitante en soi, tout en permettant les retournements de situations.

.

D/ Viralité

Le fait d’avoir besoin de l’aide d’amis pour avancer dans le jeu implique un processus sous-jacent de viralité : le joueur a intérêt à développer le nombre de ses amis jouant à Candy Crush Saga®, pour augmenter ses aides et donc son avancée dans le jeu. Par là même, il développe la portée du jeu. Bien sûr, plus le nombre de ses amis jouant sera grand, plus l’impact des phénomènes narcissiques décrits plus haut sera important.

.

III/ Mécanismes d’entretien

.

A/ Entretien de l’attrait pour le jeu

Le fait que de nouveaux niveaux soient développés périodiquement contribue à entretenir l’attrait du jeu et éviter la lassitude du joueur. Ce dernier est maintenu dans un état d’attente.

.

B/ Rester présent à l’esprit du joueur

Le jeu détecte quand le joueur n’a pas joué pendant plusieurs jours, et propose alors à ses amis de lui envoyer des déplacement bonus. Ceci a un triple effet: rappeler l’existence du jeu, donc rester présent dans l’esprit du joueur, jouer sur l’effet de groupe et de compétition, et permettre éventuellement de franchir un niveau bloquant.

 

.

 

.

 

.

 

.

 

.

 

.

 

.

 

.

 

.

 

 

 

.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7- Paris 14- Paris 15 – Paris 16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1- Paris 2 – Paris 8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1- Paris 4 – Paris 11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois), Courbevoie

Fait à Paris par un psychiatre avec le concours d’un psychologue

Brésil – Allemagne: Que s’est-il passé?

8 juin dernier, coup de tonnerre au Brésil, la Selecao, l’équipe de football du Brésil, est balayée 7-1 par l’Allemagne.

Une déroute, un ouragan.

Cette débâcle, du jamais vu en demi-finale de la Coupe du Monde, la plus grosse défaite de l’histoire du Brésil, stupéfie tous les observateurs. Comment une équipe peut-elle craquer à ce point?

Très vite, comme l’avancent la plupart des analystes, il semble évident que la principale cause est d’ordre psychologique.

Ecartons tout d’abord les tentatives d’explications en termes de niveau de jeu:

– Même privée de Neymar et de son capitaine Thiago Silva, la Selecao reste une équipe composée de très grands joueurs, dont le niveau de jeu n’est pas si bas par rapport à l’équipe d’Allemagne.

– Du reste la Selecao, quasi-identique, avait gagné en 2013 la Coupe des Confédérations

Le niveau de jeu ne peut être incriminé comme seul responsable.

Alors que s’est-il passé?

.

I/ Un contexte préalable psychologiquement pesant

.

Il y a tout d’abord les attentes créées de toutes pièces autour de cette équipe. Parce que c’est le Brésil, parce que le Brésil jouait à domicile, tout le monde s’attendait à la victoire finale pour cette équipe du Brésil. Pour les supporters brésiliens, toute autre issue que la victoire finale aurait de toute façon été une lourde déception.

Il suffit de se rappeler que la 2e place du Brésil lors de « son » Mondial en 1950 avec la défaite ultime au Maracana face à l’Uruguay, était restée, plus de soixante ans plus tard, un traumatisme non cicatrisé. C’est dire l’attente que nourrissait le peuple brésilien pour qui le football fait partie intégrante de l’identité culturelle, mais aussi pour qui seuls les numéros 1 restent dans l’histoire, sans qu’il n’y ait de place pour les numéros 2. Cette culture de l’exigence s’est retournée contre elle.

En effet, les attentes exagérées sont le terreau idéal pour l’apparition de l’angoisse ou anxiété de performance.

L’anxiété de performance est liée à des exigences déraisonnables par rapport aux moyens réellement disponibles pour l’individu. Lorsque les exigences dépassent les possibilités réelles de contrôle par l’individu, les angoisses apparaissent. Plus l’individu pense (à tort ou à raison) être loin d’avoir les moyens de satisfaire ces attentes, plus l’angoisse augmente, pouvant à l’extrême entraîner une impression d’être un usurpateur, avec son cortège d’autodépréciation et d’autodévalorisation.

Si on analyse les premiers matches de l’équipe du Brésil, on s’aperçoit que les Brésiliens ont été très loin de maîtriser le sujet, de pouvoir garder le contrôle sur leur devenir. But contre son camp contre la Croatie, arbitrage discutable en leur faveur, victoire extrêmement étriquée contre le Chili, match nul contre le Mexique… en leur for intérieur, le doute anxieux à commencé à ce moment. Les joueurs savaient qu’ils avaient peu de marge pour atteindre les objectifs qui leur étaient imposés. Chaque match dont ils se sont sortis de justesse, n’a fait qu’accroître leur doute profond (et justifié) sur leur faculté à honorer ces exigences, et ce malgré la victoire. Il sont peu à peu mesuré la différence entre leur niveau réel et celui qui serait requis pour pouvoir être sûrs de la victoire finale. Cette différentielle les a faits descendre de leur rêve jusqu’à une réalité froide, engendrant dévalorisation et dépréciation.

Notons d’ailleurs qu’avant même ce match, une psychologue avait été appelée à la rescousse. Cela veut sans doute dire que l’état psychologique des joueurs étaient déjà entamé bien avant ce match.

Enfin, il y a la charge émotionnelle. Les attentes que les joueurs ont portées étaient non seulement pragmatiques (la victoire) mais aussi émotionnelles (laver l’affront de 1950 jamais digéré, jouer pour Neymar blessé) et surtout, véhiculaient des enjeux très éloignés du sport (moyen de cohésion sociale ou d’apaisement pour un peuple en souffrance). Cette émotion, qui a fait la beauté des chants a cappella lors des hymnes, doit être évacuée pour permettre aux joueurs l’exercice de ce qui est pour eux, un métier de très haut niveau. Mais soyons réalistes, si vous deviez être opéré par un chirurgien, préférez-vous qu’il ait la tête froide ou les idées claires, ou préféreriez-vous qu’ils soient sous le coup d’une charge émotionnelle comme celle que portaient les joueurs brésiliens ce soir-là? Très clairement, la mauvaise gestion émotionnelle de l’enjeu, qui ne peut pas être imputée qu’aux seuls joueurs, est en grande partie responsable de leur difficulté à exercer leur métier avec la lucidité requise.

II/ Ce qui s’est passé pendant le match

.

Tout d’abord, il convient de rappeler ce qui peut être une évidence: le football est un sport d’équipe. Tout l’enjeu consiste à faire jouer de façon coordonnée onze individus avec leurs propres forces, faiblesses… et émotions.

Une équipe est un peu comme une chaîne, dont la force est celle de son maillon le plus faible.

Pendant les 10 premières minutes, les débats sont équilibrés, et puis le Brésil fait une faute de marquage que Müller concrétise immédiatement par un but. A ce moment, les joueurs brésiliens, soumis à l’angoisse de performance, voient leur niveau émotionnel augmenter, mais cela reste encore gérable. Ils tiennent encore 10 minutes et là survient le 2e but allemand synonyme, statistiquement, de défaite. Dès lors, bien que le match ne soit pas encore fini, le scénario catastrophe de la défaite, bien connu dans l’angoisse de performance, se déroule dans la tête des joueurs. Les pensées automatiques catastrophistes de défaite envahissent leur esprit, écrasant toute lucidité. Une sorte d’attaque de panique, toute simple en fait, mais on ne peut plus inopportune. Un peu comme un étudiant qui connaît son cours par coeur mais, tétanisé par l’enjeu, commence à douter de sa compétence et donne foi aux pensées qui lui font croire qu’il ne peut rien faire pour s’en sortir.

A ce moment, plusieurs joueurs brésiliens semblent perdre leur lucidité. Il n’est pas nécessaire que tous perdent pied au même moment, mais comme le football est un jeu de coordination entre les individus, il suffit que quelques-uns soient médusés, en état de choc anxieux, pour que toute la mécanique se grippe. Face à une équipe professionnelle et du niveau de l’Allemagne, qui va logiquement jouer sur les faiblesses adverses, ce temps faible, qui en fait n’a duré que 6 minutes entre le 2e et le 5e but, laisse l’équipe sans défense et est immédiatement sanctionné.

Dès lors, les craintes de ne pas satisfaire les attentes deviennent des certitudes et quand la lucidité revient, il est réellement impossible de changer le cours du match.

.

III/ Au total

.

On a l’impression que le naufrage n’a en réalité duré que 6 minutes, durant lesquelles la lucidité d’une partie des joueurs a été abolie en partie. Mais ces 6 minutes à ce niveau sont irrattrapables. Il semble donc que les joueurs brésiliens ont principalement été victimes d’une angoisse de performance majeure paralysante, dont les racines se trouvent bien plus dans le contexte qui a entouré le match que dans le match lui-même.

Boissons énergisantes: quels risques?

Tout d’abord, une clarification: les boissons énergisantes ne correspondent à aucun cadre réglementaire particulier. Ce terme désigne indifféremment des boissons, en majorité des sodas, auxquelles ont été adjointes des substances énergisantes.

1/ Quelles sont les substances énergisantes utilisées dans les boissons énergisantes?

Majoritairement, on trouve de la taurine, de la caféine, la glucuronolactone et des vitamines (voir ici). Ces composés ont un effet généralement excitant: ils conduisent à une augmentation de l’activité cardiaque, une accélération du pouls et de la respiration, ce qui en soit n’est pas une pathologie, une augmentation de la pression artérielle, un masquage de la sensation de fatigue et une excitation psychique.

2/ Quelles sont les effets indésirables observés par l’ANSES?

Dans un rapport publié en 2013, l’ANSES a relevé 25 cas d’effets indésirables qui ont pu être rattachés à la consommation de boissons énergisantes, sur 212 cas signalés qui ont pu être analysés, soit 12 % des signalements. Les  symptômes observés étaient cardiovasculaires (douleurs thoraciques, accélération du rythme cardiaque, hypertension artérielle, troubles du rythme allant jusqu’à l’arrêt cardiaque…), psychiques ou neurologiques (irritabilité, tension psychique, angoisse, voire attaques de panique, hallucinations, épilepsie)

3/ Que penser des arrêts cardiaques survenus après prise de boissons énergisantes?

L’ANSES estime qu’il s’agit principalement d’accidents survenant chez des individus génétiquement prédisposés, combinés à la prise de boissons énergisantes et à d’autres facteurs de risque comme l’effort physique.

4/ Principale molécule en cause selon l’ANSES: la caféine

Nous citons ci-dessous l’ANSES

La caféine, molécule naturellement présente dans plus de 60 plantes (café, thé, kola, guarana, maté,…), est bien connue pour ses effets « excitants » et ses effets indésirables nombreux : anxiété, tachycardie, troubles du sommeil, risques chez l’enfant de développement ultérieur de conduites addictives. Il existe dans la population générale une très grande variabilité de la sensibilité aux effets de la caféine. En se basant sur les différents seuils faisant référence internationalement, on peut constater qu’une fraction non négligeable de la population française dépasse les niveaux de caféine conseillés :

  • environ 30 % de la population adulte est en dépassement pour le seuil retenu comme générateur d’anxiété (correspondant pour un adulte à l’apport en caféine d’environ 6 expressos) ;
  • près de 7 % de la population adulte excède le seuil au-delà duquel une toxicité chronique plus générale est suspectée (santé osseuse et cardiovasculaire, cancer, fertilité masculine,…) ;
  • 11 % des 3 à 10 ans et 7 % des 11 à 14 ans dépassent le seuil de développement d’une tolérance à la caféine et du déclenchement de symptômes de sevrage (atteint à moins d’une demi-canette standard de boissons dites énergisantes ou d’une canette de soda au cola pour un enfant de 35 kg).

Même si la caféine a un usage très ancien dans le monde entier, sa présentation sous forme de boissons dites énergisantes, phénomène nouveau et en forte expansion, fait évoluer les modalités de consommation, qui :

  • touchent des consommateurs jusque là peu exposés à la caféine, notamment les enfants et les adolescents qui, au niveau européen, sont respectivement 3 et 8 % à consommer des boissons dites énergisantes plus de 4 à 5 fois par semaine ;
  • ont parfois lieu dans des quantités élevées : 25 % des consommateurs français de boissons dites énergisantes consomment plus de 500 ml sur une même journée ;
  • surviennent dans de nouveaux contextes d’exposition : en France, environ 32 % des consommateurs de boissons dites énergisantes les consomment lors d’occasions festives (bars, discothèques, concerts, etc.), 41 % en lien avec une activité sportive, 16 % en mélange avec de l’alcool.

L’Anses considère que la multiplication des sources de caféine, notamment via les boissons dites énergisantes, combinée aux modes de consommation actuels de ces boissons est susceptible de générer des situations à risque.

5/ Ce que l’ANSES recommande aux consommateurs :

1. d’éviter la consommation de boissons dites énergisantes en association avec l’alcool ou lors d’un exercice physique ;

2. d’être particulièrement vigilants vis-à-vis des apports en caféine, notamment via les boissons dites énergisantes, pour certains consommateurs, en particulier : les femmes enceintes et allaitantes, les enfants et adolescents, les personnes sensibles aux effets de la caféine ou présentant certaines pathologies notamment certains troubles cardio-vasculaires, psychiatriques et neurologiques, insuffisance rénale, maladies hépatiques sévères ;

3. et d’une façon générale, pour l’ensemble des consommateurs, de modérer la consommation de boissons caféinées.

6/ Ce que l’ANSES recommande aux professionnels de santé, et plus particulièrement les médecins :

1. intégrer la notion de consommation de boissons dites énergisantes au recueil d’information face à des patients présentant des symptômes évocateurs (troubles paroxystiques de l’excitabilité cardiaque, poussées hypertensives, crises convulsives,…) et à demander dans ces situations une mesure de la caféinémie le plus précocement possible ;

2. poursuivre les signalements à l’Anses de tout nouveau cas d’effet indésirable suspecté d’être lié à la consommation de boissons dites énergisantes.

Enfin, l’Anses note également l’émergence au niveau international (Canada, Etats-Unis, Lituanie, etc.) de politiques publiques visant à encadrer le marché des boissons dites énergisantes. Constatant l’écart entre les recommandations de l’Agence et les pratiques observées en France, et le déficit d’information du public, l’Anses appelle à la mise en oeuvre de mesures visant à garantir l’information des publics sensibles, et à encadrer la promotion des boissons dites énergisantes envers ces populations et dans des contextes de consommation à risques (festifs, sportifs, …).

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.

.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7-14-15-16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1-2-8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois, Courbevoie)

Fait à Paris par un psychiatre avec le concours d’un psychologue

Accident de train à Brétigny sur Orge: Stress Aigu

La France entière a été saisie d’horreur en apprenant cette tragédie. Six morts, une douzaine de blessés, et des « scènes de guerre », comme le rapportent les témoins.

Il faut savoir qu’assister à une scène d’une telle violence, voir les corps blessés, entendre les cris de panique, renvoie immédiatement à nos craintes les plus essentielles : sauvegarder notre intégrité physique. Vivre cela c’est se confronter à certaines des choses les plus difficiles dans l’existence car cela marque en profondeur. De plus s’y surajoute, pour les victimes qui voyageaient à plusieurs, l’insoutenable crainte que leurs proches soient blessés.

Pour les rescapés, mais aussi pour les témoins et les secouristes, ce drame épouvantable laissera des souvenirs gravés dans leur mémoire, et les risques de traumatisme sont élevés.

A/ Ce qui peut se passer pour toutes les personnes impliquées
1/ Immédiatement

Il peut survenir ce qui s’appelle un état de stress aigu. Cet état est marqué par une angoisse importante, ou à l’inverse une anesthésie émotionnelle totale, avec l’impression que les choses ne sont pas réelles. La personne fonctionne comme un automate, avec parfois une amnésie de ce qui s’est passé. A l’inverse, des crises d’angoisse peuvent survenir, dans un climat de grande détresse psychique. La personne a ensuite l’impression de revivre la scène en boucle. Cet état nécessite une prise en charge indiscutable.

2/ A distance

Une chose est certaine, si les angoisses perdurent plusieurs jours après, et à plus forte raison plusieurs mois après, s’il existe des cauchemars récurrents, l’impression de revivre la scène de façon répétée, le désir d’éviter des lieux ou des gens ou des situations qui rappellent le traumatisme, il faut craindre l’installation d’un syndrome de stress post-traumatique. Là aussi cet état nécessite une prise en charge indiscutable.

B/ Spécificités pour les blessés, leur famille et les familles des personnes décédées.

Les personnes qui ont été blessées dans l’accident sont immédiatement confrontées dans leur chair à la fragilité de leur existence. La douleur elle-même présente un fort risque de créer un souvenir traumatisant. Ces personnes doivent absolument être aidées, et pour les personnes qui auront des séquelles physiques de l’accident, une assistance face à ces séquelles doit être mise en place afin de permettre un travail de deuil. Bien sûr, certaines de ces personnes s’en sortiront mieux que d’autres, selon le principe de résilience cher à Cyrulnik. Mais ce qu’il faut retenir, c’est qu’on ne peut pas présager a priori de qui pourrait digérer tout seul un tel événement. Cela veut dire qu’il est indispensable de proposer à tous un soutien, d’emblée, parce que cela donne les meilleurs résultats (c’est la raison d’être des cellules psychologiques).

Il ne faut pas non plus négliger les familles. Elles aussi ont été confrontées à cet événement et peuvent en ressortir traumatisées. Leur souffrance est souvent plus discrète et plus difficilement avouable: on modère sa souffrance, on tente de la faire taire au motif que l’autre a vécu l’accident… la famille a l’impression que sa souffrance est illégitime, mais c’est une erreur: la projection de la perte d’un être cher peut conduire à une souffrance et un traumatisme, qui doit mériter une aide la cas échéant. Le danger dans ce cas, est de culpabiliser de sa propre angoisse.

Quant aux familles de victimes décédées, le travail de deuil sera bien sûr essentiel. L’assistance doit être tant médicale que sociale: il existe en effet des associations d’aide aux victimes et familles de victimes.

B/ Spécificités pour les témoins, les voyageurs non blessés et les secouristes

Ceux qui ont été témoins de l’accident et n’ont pas été blessés, ou légèrement, on pourrait croire qu’ils seront relativement épargnés. Rien n’est plus faux. Leur position est en fait dramatique : ils ont vécu exactement les mêmes événements que les victimes blessées, mais eux n’ont pas été blessées et n’ont donc pas ressenti la douleur physique. Du coup, leur douleur psychique qui n’est pas visible et ne trouve pas de cause observable comme une blessure physique, est souvent mal acceptée, tant par eux-même que parfois par leur entourage : comment se permettre de souffrir psychiquement alors qu’à côté des gens sont morts, ont perdu un membre ?

Pourtant, eux aussi ont éprouvé avec une tragique violence la caducité de la vie. Ce n’est pas uniquement la douleur physique qui traumatise, c’est aussi la réactivation de ces angoisses fondamentales. Il est alors capital que ceux qui ont assisté à ces scènes, sachent que leur douleur est extrêmement intense mais aussi qu’elle est légitime et qu’elle ne vaut pas moins parce qu’ils n’ont pas été blessés. Il es capital de repousser toute notion de culpabilisation.

I/ Réaction psychique après-coup

Après le traumatisme du vécu direct, les problèmes ne sont pas finis : voir des blessés, voir des morts, réaliser que l’on aurait pu être l’un d’eux est une confrontation terrible. L’imagination fait le reste et travaille contre les victimes : on est envahi de pensées : « Et si j’avais été à leur place ? », « et si j’avais été blessé ? »…

Ces pensées deviennent vite des ruminations envahissant parfois tout l’esprit des victimes.

Les angoisses fondamentales comme celles de mourir ou d’être blessé, sont des angoisses extrêmement difficiles à canaliser. Lorsqu’on y est confronté, qui plus est sans préparation, il peut être très complexe de les apaiser.  Comme si cela ne suffisait pas, ces angoisses ne sont pas les seules émotions engendrées dans de telles circonstances. Les victimes doivent affronter encore :

– Sentiment d’impuissance à secourir les blessés en détresse

– Prise de conscience de sa propre vulnérabilité : on redécouvre avec une acuité terrible, à quel point la vie est une chose éphémère et que la vie peut s’arrêter du jour au lendemain. Cette prise de conscience est d’autant plus terrible qu’on cherche toujours à se croire hors de portée de ce genre d’événements

– Un terrible sentiment d’injustice : « pourquoi lui et pas moi ? », ou « pourquoi moi et pas lui ? »

– Le besoin de trouver une explication à l’événement

– Un sentiment diffus d’insécurité : plus aucun lieu ne donne une impression de sécurité suffisamment rassurante.

C/ Ce qui se joue pour les spectateurs

Pour les téléspectateurs, principalement les enfants, et les personnes sensibles, la question se posera de savoir comment ils digéreront les images diffusées.

Mais eux aussi sont confrontés à cette prise de conscience de la fragilité de la vie.

Certaines pensées peuvent ainsi les envahir :

– Et si j’avais pris le train ce jour-là ?

– Et si ça m’arrivait à moi?

Cas particulier: pour les personnes ayant des responsabilités (dirigeants de la SNCF etc…) un traumatisme peut apparaître, avec un sentiment de culpabilité inhérent aux responsabilités du statut, alors même qu’aucune culpabilité judiciaire ou logique ne peut être retenue. Si cela apparaît, il faut absolument aider ces personnes, car il y a un fort risque de dépression.

Au total: ce type d’événement gravissime peut créer un traumatisme chez les personnes qui l’ont vécu, mais aussi au sein des familles de victimes, et auprès des témoins et même des spectateurs en particulier les enfants. Aucune souffrance n’est à négliger. En définitive le message à retenir est le suivant: faites appel aux structures d’aide disponible si cet événement vous a destabilisé.




.

.

.

.

.

.

.

.

.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7- Paris 14- Paris 15 – Paris 16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1- Paris 2 – Paris 8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1- Paris 4 – Paris 11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois, Courbevoie)

Fait à Paris par un psychiatre

Suicides d’enfants

Ces dernières semaines, plusieurs drames terribles ont eu lieu: Vesoul, où une enfant de 10 ans s’est pendue, ou en Essonne, Savoie ou Côte d’Or où trois autres enfants ses sont suicidés de la même façon. Enfin un adolescent de  16 ans a tenté de s’immoler par le feu à La Rochelle.

  • Comment expliquer cette vague de suicides chez les enfants?

Tout d’abord il est indispensable de  se rappeler que l’adolescence est une période extrêmement difficile de l’existence, où la personnalité est en pleine constitution. Les réactions émotionnelles sont encore difficile à doser et l’adolescent peut avoir du mal à réagir face à des difficultés extérieures. A cette période, l’adolescent a encore une connaissance réduite du monde et peu de diversité dans les sujets d’investissement. Une contrariété (amoureuse, scolaire etc…) peut alors très vite prendre d’importantes proportions. Le suicide peut alors être vécus comme une solution radicale à un problème parce qu’à ce moment de sa vie, l’adolescent n’est pas en mesure d’élaborer une réponse plus adaptée.

Ensuite, l’enfant est une « éponge émotionnelle ». Il peut tout d’abord souffrir d’une situation extérieure ou familiale complexe (conflit parental, maladie grave etc…). De plus, lui aussi a de grandes difficultés à gérer ses émotions, particulièrement parce que plus l’enfant est jeune, plus il lui est difficile de mettre des mots sur ce qu’il ressent et d’élaborer une solution ou une réaction proportionnée.

La tentative de suicide peut également être un appel au secours pour une détresse que l’enfant ou l’adolescent n’est pas en mesure d’exprimer par d’autres moyens: il peut s’agir d’une souffrance scolaire, mais aussi parfois de situations beaucoup plus graves comme un harcèlement, ou un abus sexuel.

Bien sûr ces hypothèses ne sont pas exhaustives et ne prétendent pas découvrir ce qui s’est passé dans les drames récents. Cette section vise à rappeler que les enfants et adolescents sont soumis à des ressentis émotionnels parfois très importants et qu’ils ne savent pas forcément gérer.

  • Comment réagir?

Dans tous les cas des idées suicidaires, un projet suicidaire ou une tentative de suicide doivent être pris au sérieux. Cela veut dire qu’il est indispensable qu’un psychiatre examine l’enfant ou l’adolescent. « De bonnes raisons », un « je le referai plus » ou une « peine de coeur » ne sont absolument pas suffisantes pour se dispenser d’une prise en charge par un psychiatre. Quelles que soient les raisons de surface qui ont précipité l’acte, il y a toujours des souffrances plus profondes qui doivent être prises en charge.

Déserts médicaux, les médecins blogueurs

Nous souhaitons attirer ici l’attention sur une initiative extrêmement intéressante réalisée par un groupe de médecins blogueurs dans le but de proposer des solutions à un problème actuel mais connu depuis des années: celui des déserts médicaux.

Cet article a pour objet de relater les propositions telles qu’elles ont été formulées par les médecins blogueurs sur leurs blogs, sans en changer une ligne. Pour en savoir plus sur la problématique des déserts médicaux et retrouver les commentaires sur ces propositions: rendez-vous ici. Ce texte a d’ailleurs trouvé un écho auprès de Marisol Touraine.

Nous soulignons la pertinence et le courage de cette démarche puisque ces confrères ont pris leurs responsabilités en se posant en force de proposition, ce qui est inestimable. Merci à eux.

Voici donc le texte sur la lutte contre la désertification: (version pdf: blogueurs)

Les propositions des médecins généralistes blogueurs

pour faire renaître la médecine générale

Comment sauver la médecine générale en France et assurer des soins primaires de qualité répartis sur le territoire ? Chacun semble avoir un avis sur ce sujet, d’autant plus tranché qu’il est éloigné des réalités du terrain.

Nous, médecins généralistes blogueurs, acteurs d’un « monde de la santé 2.0 », nous nous reconnaissons mal dans les positions émanant des diverses structures officielles qui, bien souvent, se contentent de défendre leur pré carré et s’arc-boutent sur les ordres établis.

À l’heure où les discussions concernant l’avenir de la médecine générale font la une des médias, nous avons souhaité prendre position et constituer une force de proposition.

Conscients des enjeux et des impératifs qui sont devant nous, héritages d’erreurs passées, nous ne souhaitons pas nous dérober à nos responsabilités. Pas plus que nous ne souhaitons laisser le monopole de la parole à d’autres.

Notre ambition est de délivrer à nos patients des soins primaires de qualité, dans le respect de l’éthique qui doit guider notre exercice, et au meilleur coût pour les budgets sociaux. Nous souhaitons faire du bon travail, continuer à aimer notre métier, et surtout le faire aimer aux générations futures de médecins pour lui permettre de perdurer.

Nous pensons que c’est possible.

Sortir du modèle

centré sur l’hôpital

La réforme de 1958 a lancé l’hôpital universitaire moderne. C’était une bonne chose qui a permis à la médecine française d’atteindre l’excellence, reconnue internationalement.

Pour autant, l’exercice libéral s’est trouvé marginalisé, privé d’enseignants, coupé des étudiants en médecine. En 50 ans, l’idée que l’hôpital doit être le lieu quasi unique de l’enseignement médical s’est ancrée dans les esprits. Les universitaires en poste actuellement n’ont pas connu d’autre environnement.

L’exercice hospitalier et salarié est ainsi devenu une norme, un modèle unique pour les étudiants en médecine, conduisant les nouvelles promotions de diplômés à délaisser de plus en plus un exercice libéral qu’ils n’ont jamais rencontré pendant leurs études.

C’est une profonde anomalie qui explique en grande partie nos difficultés actuelles.

Cet hospitalo-centrisme a eu d’autres conséquences dramatiques :

  • Les médecins généralistes (MG) n’étant pas présents à l’hôpital n’ont eu accès que tout récemment et très partiellement à la formation des étudiants destinés à leur succéder.
  • Les budgets universitaires dédiés à la MG sont ridicules en regard des effectifs à former.
  • Lors des négociations conventionnelles successives depuis 1989, les spécialistes formés à l’hôpital ont obtenu l’accès exclusif aux dépassements d’honoraires créés en 1980, au détriment des généralistes contraints de se contenter d’honoraires conventionnels bloqués.

Pour casser cette dynamique mortifère pour la médecine générale, il nous semble nécessaire de réformer profondément la formation initiale des étudiants en médecine.

Cette réforme aura un double effet :

  • Rendre ses lettres de noblesse à la médecine « de ville » et attirer les étudiants vers ce mode d’exercice.
  • Apporter des effectifs importants de médecins immédiatement opérationnels dans les zones sous-médicalisées.

Il n’est pas question dans ces propositions de mesures coercitives aussi injustes qu’inapplicables contraignant de jeunes médecins à s’installer dans des secteurs déterminés par une tutelle sanitaire.

Nous faisons l’analyse que toute mesure visant à obliger les jeunes MG à s’installer en zone déficitaire aurait un effet majeur de repoussoir. Elle ne ferait qu’accentuer la désaffection pour la médecine générale, poussant les jeunes générations vers des offres salariées (nombreuses), voire vers un exercice à l’étranger.

C’est au contraire une véritable réflexion sur l’avenir de notre système de santé solidaire que nous souhaitons mener. Il s’agit d’un rattrapage accéléré d’erreurs considérables commises avec la complicité passive de confrères plus âgés, dont certains voudraient désormais en faire payer le prix aux jeunes générations.

Idées-forces

Les idées qui sous-tendent notre proposition sont résumées ci-dessous, elles seront détaillées ensuite.

Elles sont applicables rapidement.

1) Construction par les collectivités locales ou les ARS de 1000 maisons de santé pluridisciplinaires qui deviennent aussi des maisons médicales de garde pour la permanence des soins, en étroite collaboration avec les professionnels de santé locaux.

2) Décentralisation universitaire qui rééquilibre la ville par rapport à l’hôpital : les MSP se voient attribuer un statut universitaire et hébergent des externes, des internes et des chefs de clinique. Elles deviennent des MUSt : Maisons Universitaires de Santé qui constituent l’équivalent du CHU pour la médecine de ville.

3) Attractivité de ces MUSt pour les médecins seniors qui acceptent de s’y installer et d’y enseigner : statut d’enseignant universitaire avec rémunération spécifique fondée sur une part salariée majoritaire et une part proportionnelle à l’activité.

4) Création d’un nouveau métier de la santé : « Agent de gestion et d’interfaçage de MUSt » (AGI). Ces agents polyvalents assurent la gestion de la MUSt, les rapports avec les ARS et l’Université, la facturation des actes et les tiers payants. De façon générale, les AGI gèrent toute l’activité administrative liée à la MUSt et à son activité de soin. Ce métier est distinct de celui de la secrétaire médicale de la MUSt.

1) 1000 Maisons Universitaires de Santé

Le chiffre paraît énorme, et pourtant… Dans le cadre d’un appel d’offres national, le coût unitaire d’une MUSt ne dépassera pas le million d’euros (1000  m2. Coût 900 €/m2).

Le foncier sera fourni gratuitement par les communes ou les intercommunalités mises en compétition pour recevoir la MUSt. Il leur sera d’ailleurs demandé en sus de fournir des logements à prix très réduit pour les étudiants en stage dans la MUSt. Certains centres de santé municipaux déficitaires pourront être convertis en MUSt.

Au final, la construction de ces 1000 MUSt ne devrait pas coûter plus cher que la vaccination antigrippale de 2009 ou 5 ans de prescriptions de médicaments (inutiles) contre la maladie d’Alzheimer. C’est donc possible, pour ne pas dire facile.

Une MUSt est appelée à recevoir des médecins généralistes et des paramédicaux. La surface non utilisée par l’activité de soin universitaire peut être louée à d’autres professions de santé qui ne font pas partie administrativement de la MUSt (autres médecins spécialistes, dentiste, laboratoire d’analyse, cabinet de radiologie…). Ces MUSt deviennent de véritables pôles de santé urbains et ruraux.

Le concept de MUSt fait déjà l’objet d’expérimentations, dans le 94 notamment, il n’a donc rien d’utopique.

2) L’université dans la ville

Le personnel médical qui fera fonctionner ces MUSt sera constitué en grande partie d’internes et de médecins en post-internat :

  • Des internes en médecine générale pour deux de leurs semestres qu’ils passaient jusqu’ici à l’hôpital. Leur cursus comportera donc en tout 2 semestres en MUSt, 1 semestre chez le praticien et 3 semestres hospitaliers. Ils seront rémunérés par l’ARS, subrogée dans le paiement des honoraires facturés aux patients qui permettront de couvrir une partie de leur rémunération. Le coût global de ces internes pour les ARS sera donc très inférieur à leur coût hospitalier du fait des honoraires perçus.
  • De chefs de clinique universitaire de médecine générale (CCUMG), postes à créer en nombre pour rattraper le retard pris sur les autres spécialités. Le plus simple est d’attribuer proportionnellement à la médecine générale autant de postes de CCU ou assimilés qu’aux autres spécialités (un poste pour deux internes), soit un minimum de 3000 postes (1500 postes renouvelés chaque année). La durée de ce clinicat est de deux ans, ce qui garantira la présence d’au moins deux CCUMG par MUSt. Comme les autres chefs de clinique, ces CCUMG sont rémunérés à la fois par l’éducation nationale (part enseignante) et par l’ARS, qui reçoit en retour les honoraires liés aux soins délivrés. Ils bénéficient des mêmes rémunérations moyennes, prérogatives et avantages que les CCU hospitaliers.

Il pourrait être souhaitable que leur revenu comprenne une base salariée majoritaire, mais aussi une part variable dépendant de l’activité (par exemple, 20 % du montant des actes pratiqués) comme cela se pratique dans de nombreux dispensaires avec un impact significatif sur la productivité des consultants.

  • Des externes pour leur premier stage de DCEM3, tel que prévu par les textes et non appliqué faute de structure d’accueil. Leur modeste rémunération sera versée par l’ARS. Ils ne peuvent pas facturer d’actes, mais participent à l’activité et à la productivité des internes et des CCUMG.
  • De médecins seniors au statut mixte : les MG libéro-universitaires. Ils ont le choix d’être rémunérés par l’ARS, subrogée dans la perception de leurs honoraires (avec une part variable liée à l’activité) ou de fonctionner comme des libéraux exclusifs pour leur activité de soin. Une deuxième rémunération universitaire s’ajoute à la précédente, liée à leur fonction d’encadrement et d’enseignement. Du fait de l’importance de la présence de ces CCUMG pour lutter contre les déserts médicaux, leur rémunération universitaire pourra être financée par des budgets extérieurs à l’éducation nationale ou par des compensations entre ministères.

Au-delà de la nouveauté que représentent les MUSt, il nous paraît nécessaire, sur le long terme, de repenser l’organisation du cursus des études médicales sur un plan géographique en favorisant au maximum la décentralisation hors CHU, aussi bien des stages que des enseignements.

En effet, comment ne pas comprendre qu’un jeune médecin qui a passé une dizaine d’années dans sa ville de faculté et y a construit une vie familiale et amicale ne souhaite pas bien souvent y rester ?

Une telle organisation existe déjà, par exemple, pour les écoles infirmières, garantissant une couverture assez harmonieuse de tout le territoire par cette profession, et les nouvelles technologies permettent d’ores et déjà, de manière simple et peu onéreuse, cette décentralisation pour tous les enseignements théoriques.

3) Incitation plutôt que coercition : des salaires aux enchères

Le choix de la MUSt pour le bref stage de ville obligatoire des DCEM3 se fait par ordre alphabétique avec tirage au sort du premier à choisir, c’est la seule affectation qui présente une composante coercitive.

Le choix de la MUSt pour les chefs de clinique et les internes se pratique sur le principe de l’enchère : au salaire de base égal au SMIC est ajouté une prime annuelle qui sert de régulateur de choix : la prime augmente à partir de zéro jusqu’à ce qu’un(e) candidat(e) se manifeste. Pour les MUSt « difficiles », la prime peut atteindre un montant important, car elle n’est pas limitée. Par rapport à la rémunération actuelle d’un CCU (45 000 €/an), nous faisons le pari que la rémunération globale moyenne n’excédera pas ce montant.

En cas de candidats multiples pour une prime à zéro (et donc une rémunération de base au SMIC pour les MUSt les plus attractives) un tirage au sort départage les candidats.

Ce système un peu complexe présente l’énorme avantage de ne créer aucune frustration puisque chacun choisit son poste en mettant en balance la pénibilité et la rémunération.

De plus, il permet d’avoir la garantie que tous les postes seront pourvus.

Ce n’est jamais que la reproduction du fonctionnement habituel du marché du travail : l’employeur augmente le salaire pour un poste donné jusqu’à trouver un candidat ayant le profil requis et acceptant la rémunération. La différence est qu’il s’agit là de fonctions temporaires (6 mois pour les internes, 2 ans pour les chefs de clinique) justifiant d’intégrer cette rémunération variable sous forme de prime.

Avec un tel dispositif, ce sont 6 000 médecins généralistes qui seront disponibles en permanence dans les zones sous-médicalisées : 3000 CCUMG et 3000 internes de médecine générale.

4) Un nouveau métier de la santé : AGI de MUSt

Les MUSt fonctionnent bien sûr avec une ou deux secrétaires médicales suivant leur effectif médical et paramédical.

Mais la nouveauté que nous proposons est la création d’un nouveau métier : Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt. Il s’agit d’un condensé des fonctions remplies à l’hôpital par les agents administratifs et les cadres de santé hospitaliers.

C’est une véritable fonction de cadre supérieur de santé qui comporte les missions suivantes au sein de la MUSt :

  • Gestion administrative et technique (achats, coordination des dépenses…).
  • Gestion des ressources humaines.
  • Interfaçage avec les tutelles universitaires
  • Interfaçage avec l’ARS, la mairie et le Conseil Régional
  • Gestion des locaux loués à d’autres professionnels.

Si cette nouvelle fonction se développe initialement au sein des MUSt, il sera possible ensuite de la généraliser aux cabinets de groupes ou maisons de santé non universitaires, et de proposer des solutions mutualisées pour tous les médecins qui le souhaiteront.

Cette délégation de tâches administratives est en effet indispensable afin de permettre aux MG de se concentrer sur leurs tâches réellement médicales : là où un généraliste anglais embauche en moyenne 2,5 équivalents temps plein, le généraliste français en est à une ½ secrétaire ; et encore, ce gain qualitatif représente-t-il parfois un réel sacrifice financier.

Directement ou indirectement, il s’agit donc de nous donner les moyens de travailler correctement sans nous disperser dans des tâches administratives ou de secrétariat.

Une formule innovante : les « chèques-emploi médecin »

Une solution complémentaire à l’AGI pourrait résider dans la création de « chèques-emploi » financés à parts égales par les médecins volontaires et par les caisses.

(À titre d’exemple, pour 100 patients enregistrés, la caisse abonderait l’équivalent de 2 ou 2,5 heures d’emploi hebdomadaires et le médecin aurait la possibilité de prendre ces « tickets » en payant une somme équivalente (pour arriver à un temps plein sur une patientèle type de 800 patients).)

Il s’agit d’un moyen de paiement simplifié de prestataires de services (AGI, secrétaires, personnel d’entretien) employés par les cabinets de médecins libéraux, équivalent du chèque-emploi pour les familles.

Il libérerait des tâches administratives les médecins isolés qui y passent un temps considérable, sans les contraindre à se transformer en employeur, statut qui repousse beaucoup de jeunes médecins.

Cette solution stimulerait l’emploi dans les déserts médicaux et pourrait donc bénéficier de subventions spécifiques. Le chèque-emploi servirait ainsi directement à une amélioration qualitative des soins et à dégager du temps médical pour mieux servir la population.

Il est beaucoup question de « délégation de tâche » actuellement. Or ce ne sont pas les soins aux patients que les médecins souhaitent déléguer pour améliorer leur disponibilité : ce sont les contraintes administratives !

Former des agents administratifs est bien plus simple et rapide que de former des infirmières, professionnelles de santé qualifiées qui sont tout aussi nécessaires et débordées que les médecins dans les déserts médicaux.

Aspects financiers :

un budget très raisonnable

Nous avons vu que la construction de 1000 MUSt coûtera moins cher que 5 ans de médicaments anti-Alzheimer ou qu’une vaccination antigrippale comme celle engagée contre la pandémie de 2009.

Les internes étaient rémunérés par l’hôpital, ils le seront par l’ARS. Les honoraires générés par leur activité de soin devraient compenser les frais que l’hôpital devra engager pour les remplacer par des FFI, permettant une opération neutre sur le plan financier, comme ce sera le cas pour les externes.

La rémunération des chefs de clinique constitue un coût supplémentaire, à la mesure de l’enjeu de cette réforme. Il s’agit d’un simple rattrapage du retard pris dans les nominations de CCUMG chez les MG par rapport aux autres spécialités. De plus, la production d’honoraires par les CCUMG compensera en partie leurs coûts salariaux. La dépense universitaire pour ces 3000 postes est de l’ordre de 100 millions d’euros par an, soit 0,06 % des dépenses de santé françaises. À titre de comparaison, le plan Alzheimer 2008-2012 a été doté d’un budget de 1,6 milliard d’euros. Il nous semble que le retour des médecins dans les campagnes est un objectif sanitaire, qui justifie lui aussi un « Plan » et non des mesures hâtives dépourvues de vision à long terme.

N’oublions pas non plus qu’une médecine de qualité dans un environnement universitaire est réputée moins coûteuse, notamment en prescriptions médicamenteuses. Or, un médecin « coûte » à l’assurance-maladie le double de ses honoraires en médicaments. Si ces CCUMG prescrivent ne serait-ce que 20 % moins que la moyenne des  autres prescripteurs, c’est 40 % de leur salaire qui est économisé par l’assurance-maladie.

Les secrétaires médicales seront rémunérées en partie par la masse d’honoraires générée, y compris par les « libéro-universitaires », en partie par la commune ou l’intercommunalité candidate à l’implantation d’une MUSt.

Le reclassement

des visiteurs médicaux

Le poste d’Agent de Gestion et d’Interfaçage (AGI) de MUSt constitue le seul budget significatif créé par cette réforme. Nous avons une proposition originale à ce sujet. Il existe actuellement en France plusieurs milliers de visiteurs médicaux assurant la promotion des médicaments auprès des prescripteurs. Nous savons que cette promotion est responsable de surcoûts importants pour l’assurance-maladie. Une solution originale consisterait à interdire cette activité promotionnelle et à utiliser ce vivier de ressources humaines libérées pour créer les AGI.

En effet, le devenir de ces personnels constitue l’un des freins majeurs opposés à la suppression de la visite médicale. Objection recevable ne serait-ce que sur le plan humain. Ces personnels sont déjà répartis sur le territoire, connaissent bien l’exercice médical et les médecins. Une formation supplémentaire de un an leur permettrait d’exercer cette nouvelle fonction plus prestigieuse que leur ancienne activité commerciale.

Dans la mesure où leurs salaires (industriels) étaient forcément inférieurs aux prescriptions induites par leurs passages répétés chez les médecins, il n’est pas absurde de penser que l’économie induite pour l’assurance-maladie et les mutuelles sera supérieure au coût global de ces nouveaux agents administratifs de ville.

Il s’agirait donc d’une solution réaliste, humainement responsable et économiquement neutre pour l’assurance maladie.

Globalement, cette réforme est donc peu coûteuse. Nous pensons qu’elle pourrait même générer une économie globale, tout en apportant plusieurs milliers de soignants immédiatement opérationnels là où le besoin en est le plus criant.

De toute façon, les autres mesures envisagées sont soit plus coûteuses (fonctionnarisation des médecins libéraux) soit irréalisables (implanter durablement des jeunes médecins là où il n’y a plus d’école, de poste, ni de commerces). Ce n’est certainement pas en maltraitant davantage une profession déjà extraordinairement fragilisée qu’il sera possible d’inverser les tendances actuelles.

Calendrier

La réforme doit être mise en place avec « agilité ». Le principe sera testé dans des MUSt expérimentales et modifié en fonction des difficultés rencontrées. L’objectif est une généralisation en 3 ans.

Ce délai permettra aux étudiants de savoir où ils s’engagent lors de leur choix de spécialité. Il permettra également de recruter et former les maîtres de stage libéro-universitaires ; il permettra enfin aux ex-visiteurs médicaux de se former à leurs nouvelles fonctions.

Et quoi d’autre ?

Dans ce document, déjà bien long, nous avons souhaité cibler des propositions simples et originales. Nous n’avons pas voulu l’alourdir en reprenant de nombreuses autres propositions déjà exprimées ailleurs ou qui nous paraissent dorénavant des évidences, par exemple :

  • L’indépendance de notre formation initiale et continue vis-à-vis de l’industrie pharmaceutique ou de tout autre intérêt particulier.
  • La nécessité d’assurer une protection sociale satisfaisante des médecins (maternité, accidents du travail…).
  • La nécessaire diversification des modes de rémunération.

Si nous ne rejetons pas forcément le principe du paiement à l’acte – qui a ses propres avantages –, il ne nous semble plus pouvoir constituer le seul socle de notre rémunération. Il s’agit donc de :

— Augmenter la part de revenus forfaitaires, actuellement marginale.

— Ouvrir la possibilité de systèmes de rémunération mixtes associant capitation et paiement à l’acte ou salariat et paiement à l’acte.

— Surtout, inventer un cadre flexible, car nous pensons qu’il devrait être possible d’exercer la « médecine de famille » ambulatoire en choisissant son mode de rémunération.

  • La fin de la logique mortifère de la rémunération à la performance fondée sur d’hypothétiques critères « objectifs », constat déjà fait par d’autres pays qui ont tenté ces expériences. En revanche, il est possible d’inventer une évaluation qualitative intelligente à condition de faire preuve de courage et d’imagination.
  • La nécessité de viser globalement une revalorisation des revenus des généralistes français qui sont aujourd’hui au bas de l’échelle des revenus parmi les médecins français, mais aussi en comparaison des autres médecins généralistes européens.

D’autres pays l’ont compris : lorsque les généralistes sont mieux rémunérés et ont les moyens de travailler convenablement, les dépenses globales de santé baissent !

Riche de notre diversité d’âges, d’origines géographiques ou de mode d’exercice, et partageant pourtant la même vision des fondamentaux de notre métier, notre communauté informelle est prête à prendre part aux débats à venir.

Dotés de nos propres outils de communication (blogs, forums, listes de diffusion et d’échanges, réseaux sociaux), nous ambitionnons de contribuer à la fondation d’une médecine générale 2.0.