Déserts Médicaux: Que faire?

L’une des grandes préoccupations des gouvernements et de la population est celui des déserts médicaux. C’est un enjeu indispensable pour préserver l’égalité d’accès aux soins. Mais les médias communiquent peu sur les raisons qui conduisent à cet état de fait. Or sans comprendre les déterminants, comment solutionner le problème? Cet article propose d’essayer de comprendre les enjeux liés à cette problématique.

1/ Comprendre comment nous en sommes arrivés là

Il faut bien saisir que la décroissance de la démographie médicale dans les zones rurales est connue et prévue depuis trente ans. Les facteurs explicatifs ne peuvent donc en aucun cas être ponctuels, mais forcément des phénomènes chroniques et durables.

A notre avis, quatre facteurs ont été prépondérants dans ce phénomène:

  • la désertification généralisés des campagnes. Ce phénomène est connu depuis des années. Il est facile de constater que sur 40 ans, une grand majorité de zones rurales se sont dépeuplées, non seulement d’habitants mais aussi d’activités. Toutes les catégories professionnelles ont vu leur nombre diminuer: boulangeries, commerces, bureaux de presse etc… l’Etat lui-même n’y est pas étranger puisque de nombreuses antennes de services publics de proximité ont fermé leurs portes. Les médecins ne sont donc qu’une catégorie professionnelle parmi d’autres, qui a suivi ce mouvement. On peut constater que peut d’efforts concrets, généralisés et durables ont été réalisés pour pallier cet exode, en rendant ces zones attractives.
  • le caractère trop strict du numerus clausus: pendant 30 ans, le nombre de médecins formés en France (entre 1970 et 2000 à peu près) a été trop bas pour renouveler tous les départs à la retraite.
  • le manque d’attractivité de certaines zones géographiques. on constate que certaines zones sensibles, ou véhiculant une impression d’insécurité, sont désertées par les médecins, mais aussi par un grand nombre d’autres professions et activité. Pour nous ces situations ne sont pas des problèmes de démographie médicale, et ne doivent pas être réduits à des problèmes de santé publique, mais sont des problèmes sociétaux, à quoi il faut apporter des réponses sociétales.
  • les zones surdenses: on en parle tout le temps. Mais une question centrale a été oubliée: comment ces zones surdenses peuvent-elles perdurer? Personne n’en parle mais la vérité est là: il existe une surdensité d’offre dans certaines zones, parce qu’il existe une surdensité de demande! Faites l’expérience: essayez d’appeler un ophtalmologiste ou un psychiatre à Paris, dans un quartier surdense. Le délai d’attente vous impressionnera…

Ensuite, on peut isoler des facteurs plus récents qui aggravent cette situation, sans être pour autant critiquables:

  • la pénibilité du métier de médecin, en particulier du médecin généraliste en milieu rural. Cet exercice nécessite une disponibilité tant horaire qu’en termes de déplacement, que beaucoup de médecins ne sont plus prêts à accepter. A l’heure des trente-cinq heures et de la prise de conscience de la souffrance au travail, peut-on légitimement demander à un médecin de travailler 70h/semaine voire plus, y compris dimanches? Cet exercice était compatible avec le mode de vie tel qu’il était admis sociétalement il y a quelques décennies. Mais désormais ce n’est pas le cas, et la qualité de vie est un facteur clé pour la plupart des Français. Les médecins n’y font pas exception.
  • l’exercice dans certaines zones reste un exercice solitaire, bien plus qu’en ville, et ce même si la démographie médicale était correcte. Cette solitude est de plus en plus rejetée.
  • le manque de perspective de carrière peut être un frein pour certains, qui ne se voient pas exercer de la même façon pendant toute leur vie professionnelle

2/ Pourquoi certaines zones sont-elles peu attirantes pour un médecin?

Pour bien comprendre, il faut examiner les facteurs qui influent sur le choix d’un lieu d’exercice.

  • Facteurs liés à l’exercice lui-même:

Le choix du lieu d’exercice pour un médecin est capital. La constitution d’une patientèle est longue et fastidieuse et ne peut être délocalisée comme une industrie. Ce qui signifie qu’une fois qu’un médecin s’est installé quelque part, il lui sera très difficile de bouger car on ne peut pas emmener avec soi ni son réseau, ni sa patientèle. Quand le médecin s’installe, il ne doit pas se tromper parce que ce sera difficile de bouger ultérieurement. IL lui est donc très difficile de rester 5 ans à un endroit pour repartir après.

Par ailleurs, le médecin n’a pas le droit de faire du commerce, encore heureux, mais est quand même soumis aux mêmes lois du marché que n’importe quelle entreprise. En effet, si lui respecte le tact et mesure, ce n’est ni le cas des charges sociales, ni de son bailleur, ni des vendeurs de matériels, qui n’appliquent aucun tact et mesure envers les médecins. Le médecin ne peut donc pas se permettre de se tromper dans son installation sinon c’est la faillite.

Enfin, certaines spécialités ne peuvent s’installer si facilement. Par exemple, un cancérologue pourra exercer plus facilement dans la sphère d’influence d’un plateau technique de radiothérapie, mais difficilement s’il est isolé.

  • Facteurs liés aux aspirations des médecins:

Qu’est-ce qui va entrer en jeu?

– le médecin arrive au stade de l’installation vers 30 ans à peu près, soit l’âge de fonder une famille. Les facteurs qui vont entrer en compte sont donc: les possibilités professionnelles offertes au conjoint et les commodités offertes aux enfants. Statistiquement, les conjoints de médecins sont du secteur tertiaire, secteur où les emplois sont plus faciles à trouver en situation urbaine.

– facteurs éducatifs: les médecins sont massivement formés dans des zones urbaines. En règle générale, leur mode de vie, leurs besoins sont donc ceux à quoi ils ont été habitués, et généralement très urbains.

– la sécurité: certaines zones sont moins sécures que d’autres. Il serait illusoire de supposer que ces considérations n’entrent pas dans le choix du lieu d’exercice pour un médecin. (rappelons nous que 70% des jeunes médecins sont des femmes: imaginez-vous beaucoup de jeunes femmes médecins avoir envie de faire des visites seules dans certaines zones?)

3/ Que proposer?

Avertissement: nous ne prétendons pas avoir la vérité absolue, ni la solution absolue. Nous proposons simplement, en tant que citoyens et professionnels, quelques pistes pour alimenter la réflexion.

L’égalité d’accès aux soins est indispensable. Que faire?

  • Comme nous l’avons dit, l’essentiel du problème est avant tout sociétal: il s’agit de rétablir l’attractivité des zones qui sont peu attractives, pas que pour les médecins, mais pour tous les citoyens. Cela pourrait passer par des mesures massives de développement dans ces zones, avec des mesures incitatives, pas au niveau médical, mais au niveau industriel, au niveau des activités, des services publics, bref, tout ce qui fait que certaines zones sont attractives!
  • Des salariats résoudraient le problème en partie car le médecin serait dispensé de bâtir la patientèle.
  • La coercition: cela nous semble un aberration parce que concrètement, cela débouchera sur des médecins qui ne chercheront qu’une chose: s’en aller, ou qui s’installeront en se déconventionnant. Cela a été vu en Allemagne depuis 10 ans.
  • Des médecins blogueurs ont proposés un certain nombre d’excellentes idées que vous pouvez découvrir ici. Nous soutenons ces propositions en commentant deux choses: nous pensons que ces idées doivent s’intégrer dans un effort plus vaste de développement de l’attractivité de ces zones, comme nous l’avons dit plus haut, et nous pensons que l’indépendance du médecin doit être garantie tant par rapport aux laboratoires mais aussi par rapport aux organismes gestionnaires.

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.En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7- Paris 14- Paris 15 – Paris 16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1- Paris 2 – Paris 8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1- Paris 4 – Paris 11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois)

Fait à Paris par un psychiatre

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