Confinement dû au coronavirus : quelles conséquences psychiques?

Cette page vous aidera à comprendre les conséquences du confinement secondaire à la pandémie de coronavirus (covid-19). Vous pouvez consulter cette page pour découvrir les moyens de surmonter au mieux le confinement.

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Rédacteur « conséquences du confinement »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com
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Sources:Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP) , Dunod; Manuel de thérapie comportementale et cognitive, Dunod

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L’essentiel:

  • Une étude a pu objectiver les conséquences psychiques lors des pandémies et une autre a été faite lors de l’épidémie de covid-19 en Chine.
  • Les conséquences du confinement sont multiples et potentiellement graves (dépression, troubles anxieux…).
  • La privation de liberté, la promiscuité sont des exemples de stress difficiles à gérer pour l’esprit humain.
  • Le confinement est indispensable pour enrayer la pandémie. Mais pour que la population le respecte il faut le rendre supportable.

Le confinement est obligatoire. Mais mal le vivre ne l’est pas!
Avec quelques conseils simples, vous parviendrez à passer cette période difficile du mieux possible.

coronavirus covid: quelles sont les conséquences du confinement et de la quarantaine ?

Introduction sur les conséquences du confinement

Le confinement est une mesure très stressante pour le psychisme parce qu’il va en contradiction avec nos besoins et nos instincts. Il s’agit donc d’un stress important à prendre au sérieux. Il faut bien comprendre que le stress lié au confinement en temps que tel s’ajoute au stress lié à l’épidémie. Les conséquences psychiques de la pandémie à coronavirus ne sont pas développées sur cette page mais sont détaillées dans cet autre article.

Les facteurs de risque de problèmes psychiques liés à une quarantaine sont connus:

  1. absence de règles claires sur les modalités du confinement
  2. pédagogie insuffisante sur les raisons du confinement. Ce point est d’autant plus problématique qu’il génère de la colère, mais aussi un manque d’adhésion entraînant un risque de transgression.
  3. peur d’être contaminé ou de contaminer les autres
  4. si la mesure est prorogée au-delà de la date annoncée par les décideurs. En effet, ce point entraîne une imprévisibilité insecurisant les individus. De plus, cela entame la crédibilité des décideurs et donne l’impression qu’ils ne maîtrisent pas la situation. Par conséquent, la confiance des citoyens peut être attaquée.

I/ Confinement lié au coronavirus : quels facteurs de stress ?

A/ Angoisse de mort

Bien évidemment, la première peur porte sur la crainte de la maladie et de la mortalité élevée qui y est associée.

Cette peur se décline sur plusieurs plans:

  • peur pour soi
  • peur pour ses proches
  • anxiété face à la possibilité d’avoir contaminé ses proches

Indépendamment de la peur de la maladie, le confinement nous interdit d’agir. On nous demande de NE PAS AGIR. Or cette attitude n’est pas familière aux cultures occidentales qui sont dans un paradigme interventionniste. Du coup, chacun se retrouve dans l’impossibilité d’agir pour se protéger et l’anxiété qu’un proche soit malade. On a peur, et on ne peut pas aider ses proches.

Naturellement, l’omniprésence des articles portant sur la situation en Italie ne fait que renforcer cette angoisse.

B/ Angoisse par rapport au futur

En plus de l’angoisse de mort, la crainte du futur apparaît. Elle est liée à l’incertitude sur la durée du confinement, et bien entendu sur les conséquences sociales et à long terme de la pandémie.

Beaucoup de personnes mentionnent qu’elles n’ont pas de difficulté à supporter le confinement, mais que l’absence de certitude sur sa durée est le plus dur à supporter. C’est parfaitement compréhensible car cette incertitude entraîne une impossibilité de se projeter. Chacun se retrouve comme face à un mur sans pouvoir voir derrière. Or ce type de stress est compliqué à vivre dans la mesure où l’échéance est une façon de tolérer le présent. En effet, on accepte plus facilement un présent insatisfaisant dès l’instant qu’on sait qu’il est de courte durée.

Ensuite, le confinement va de toute évidence entraîner de graves répercussion sociales et financières. Les angoisses concernent alors le futur. Vais-je garder mon emploi? Mon entreprise va-t-elle tenir le coup? Comment gérer le manque à gagner en tant qu’indépendant ?

Le désoeuvrement est un terrain propice aux pensées automatiques et aux ruminations.

Il est donc essentiel que, pris dans ces pensées, chacun cherche à:

– refuser toute catastrophisation. Pour cela, il convient d’évaluer la situation de manière rationnelle et non pas émotionnelle.

– prendre les mesures proactives permettant de limiter les conséquences.

C/ Privation de liberté

coronavirus ou covid: comment vivre au mieux le confinement ? Tous les conseils pour surmonter la quarantaine

La liberté est un besoin fondamental de chaque individu. D’ailleurs, on peut donner sa vie pour elle! C’est une des valeurs clés de la devise française, c’est dire. Cette restriction à ce besoin fondamental va nous heurter même si nous en comprenons le bien-fondé. Bien sûr, nous ne sommes pas tous aussi sensibles à cette valeur. Aussi, nous ne réagirons pas avec la même charge émotionnelle. C’est pourquoi, les personnes les plus attachées à la liberté vont être les premières à souffrir de cette situation. L’enfermement est, en effet, une punition: c’est le principe de la prison. Le danger est que certaines personnes ne supportant plus cette privation, « explosent » littéralement sur le plan émotionnel. Cela concerne naturellement aussi les enfants ou les adolescents.

D/ Promiscuité

quarantaine due au coronavirus covid: quelles sont les conséquences du confinement ?

Le confinement oblige à une très grande promiscuité. Les couples, les familles sont obligées de vivre 24h/24 en vase clos, parfois dans des surfaces étriquées. Cette situation va inéluctablement user les nerfs et la patience des protagonistes. Impulsivité, nervosité, vont forcément augmenter au cours du temps.

Il va donc être capital de poser des règles susceptibles de protéger les besoins vitaux de chacun.

E/ Vécu d’impuissance

La perception de l’impuissance est l’un des mécanismes susceptibles d’amener la dépression. Ce ressenti est particulièrement difficile à vivre. C’est particulièrement le cas dans les pays riches, qui entretiennent la croyance qu’ils sont capables de faire face à toute situation.

Pourtant, la pandémie montre les limites à nos facultés à agir. Le confinement aggrave cette situation. En définitive, nous prenons conscience que nous sommes impuissants à:

  • nous protéger sur un plan préventif et curatif du coronavirus
  • protéger nos proches
  • agir sur la durée du confinement
  • éviter les conséquences sociales et financières qui vont advenir suite à cette crise

Bref, nous subissons. C’est pourquoi, pour supporter le confinement, il est capital de chercher à agir au maximum sur le peu que nous contrôlons encore.

F/ Incertitude quant au bien-fondé du confinement

Un autre point important est le caractère coercitif du confinement.

Pour ceux qui adhèrent pleinement à cette mesure, la situation sera un peu plus facile à gérer. Mais pour ceux qui sont encore dans le déni, voire sont dubitatifs sur l’utilité de la mesure, le confinement sera très compliqué. En effet, l’esprit humain tolère très mal les mesures qu’il juge iniques. Le confinement risque en effet de générer beaucoup de colère voire l’envie de défier l’autorité.

A ceux-là, nous conseillons d’aborder les choses sous un angle le plus rationnel possible. Ils existent des arguments rationnels en faveur du confinement comme des arguments en défaveur. Le plus important, si vous êtes opposé à cette mesure, consistera non pas à vous faire changer d’avis, mais à ce que vous preniez le temps de considérer les arguments qui plaident pour le confinement. En effet, il est plus facile d’accepter une mesure, même avec laquelle on est en désaccord, si on réalise qu’elle est cohérente et a du sens.

 

II/ Conséquences du confinement

A/ Données scientifiques

Ces facteurs de stress vont entraîner une souffrance psychique qui  peut se traduire par des symptômes psychiatriques.

Ainsi, une étude s’est intéressée aux conséquences psychiques du covid-19: A nationwide survey of psychological distress among Chinese people in the COVID-19 epidemic: implications and policy recommendations de Jianyin Qiu.

Une autre s’est intéressée aux conséquences de la quarantaine lors d’épidémies passées:The psychological impact of quarantine and how to reduce it: rapid review of the evidence
Toutes deux montrent de nombreuses conséquences néfastes sur le psychisme.

Elles objectivent notamment une aggravation de:

  1. trouble panique
  2. dépression
  3. anxiété
  4. phobies spécifiques
  5. évitement
  6. compulsions
  7. dysfonctionnement interpersonnel
  8. détresse psychologique

 

B/ Conséquences du confinement

En plus de ces conséquences liées aux facteurs de stress, d’autres conséquences peuvent être évoquées.

1/ Agressivité et impulsivité

La difficulté à pouvoir décharger le trop-plein émotionnel risque d’entraîner un regain d’agressivité et d’impulsivité.

En Chine, les centres d’appels ont observé une augmentation des violences conjugales (1). Cette observation était prévisible car la violence et l’impulsivité sont des mécanismes de défense contre l’impuissance. La violence sert en effet souvent de soupape face aux émotions.

L’obligation de cohabiter 24h/24 risque d’augmenter la fréquence des conflits interpersonnels.

Pour permettre un recours aux personnes victimes de violences, voici un article sur les violences intrafamiliales. Il inclut notamment une  FICHE pour les VICTIMES DE VIOLENCES FAMILIALES.

2/ Baisse d’estime de soi

Une perte d’estime de soi peut apparaître du fait de la diminution du sentiment d’auto-utilité. L’absence d’activité efficiente et productive est évidemment un facteur aggravant ce phénomène.

3/ Résignation

Le confinement amenant les gens à subir la situation, si celle-ci se prolonge, on peut assister à l’apparition de la résignation, de fatalisme face à la pandémie.

4/ Ruminations

Le temps dégagé par le désoeuvrement est propice aux ruminations souvent sur un mode anxieux.

5/ Affaiblissement des fonctions intellectuelles

Rassurez-vous c’est temporaire. Mais effectivement, la sous-stimulation peut entraîner un empâtement de notre vivacité d’esprit. Ce sera réversible au retour à la vie normale. Pendant le confinement, nous vous recommandons de pratiquer des activités qui vous stimuleront un peu sur ce plan.

6/ Prise de poids

La sédentarité imposée risque d’entraîner une prise de poids. Maintenez par conséquent une alimentation équilibrée. Gardez une activité physique minimale: pompes, abdos, sorties dans le respect des préconisations de confinement… Empruntez les escaliers plutôt que l’ascenseur etc…

7/ Ennui

Pour beaucoup, même en cas de télé-travail, l’ennui est un danger. Rien pour rythmer la semaine, la journée, les heures. L’esprit humain déteste l’ennui. C’est d’ailleurs un motif de risque psycho-social au travail: ne donner aucune tâche à un salarié peut être requalifié de harcèlement.

L’ennui va être un ennemi récurrent pendant le confinement. Découvrez ici comment le combattre.

 

(1) Domestic Violence Cases Surge During COVID-19 Epidemic

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Image par Gerd Altmann