Téléconsultation : avantages et inconvénients en psy

La téléconsultation est une évolution permise par la technologie. Mais les consultations psy sont-elles exactement les mêmes qu’en présentiel? Quels sont les avantages et les inconvénients?

Rédacteur « téléconsultation »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC), Membre du Conseil National Professionnel de Psychiatrie, mail: dr.neveux@gmail.com
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L’essentiel:

  • L’avantage est principalement logistique
  • L’inconvénient est la difficulté en cas de situation clinique préoccupante et les conséquences sur le travail psychothérapique

Nous aborderons ici les avantages et les inconvénients de la téléconsultation pour les psys (psychiatre, psychologue, psychothérapeute). Ces observations ne s’appliquent pas aux autres disciplines et ne prétendent pas être la vérité absolue. Elles ont pour but de permettre à chacun de se forger une opinion.

teleconsultation quels sont les avantages et inconvénients pour la psychothérapie, les psychiatres et les psychologues ?

I/ Avantages de la téléconsultation

Le principal avantage de la téléconsultation est d’éviter le déplacement du patient et du thérapeute.

Dans les zones moins bien pourvues en psys que Paris ou les grandes villes, la téléconsultation permet de les désenclaver en partie.

Elle permet aussi d’assurer le suivi pour un patient temporairement éloigné sur le plan géographique (voyage, déménagement) ou simplement hospitalisé pour une cause non psy.

Ensuite, dans un contexte exceptionnel, comme celui du covid, la téléconsultation présente des avantages du fait qu’elle n’expose ni le patient ni le thérapeute. Elle permet la continuité des soins même en cas de contamination.

 

II/ Inconvénients de la téléconsultation

1/ Modifications du contenu de l’entretien

Le principal désavantage de la téléconsultation est la modification de la relation entre le patient et le thérapeute.

La particularité de la consultation psy est de comporter une dimension humaine, qui est moins accessible par la téléconsultation.

Prenons un exemple simple. S’il s’agissait pour un psychiatre par exemple, de simplement évaluer les effets secondaires d’un médicament afin de renouveler l’ordonnance, une téléconsultation ferait l’affaire. En effet, dans ce cas de figure, il existe entre le patient et le thérapeute un simple échange d’informations. On pourrait d’ailleurs presque le faire par mail.

Mais la particularité d’une consultation psychiatrique, est de contenir une partie relationnelle indispensable au travail psychothérapique.

Lors d’une psychothérapie, le psychiatre ou le psychologue aide le patient à s’introspecter. Afin d’avancer ou de ralentir le travail psychothérapique, le thérapeute est en permanence vigilant à la réaction de son patient. Pour cela, il lui faut avoir accès au contenu du dialogue (les mots) mais aussi aux aspects non verbaux. Le non-verbal comprend le ton, mais aussi l’atmosphère du dialogue, le langage corporel et les attitudes.

Un parallèle: voyez-vous la différence qui existe entre regarder une vidéo d’une plage et être sur la plage? Et bien la différence est la même entre une consultation présentielle et une téléconsultation.

Un grand nombre de données de l’ordre du ressenti disparaissent lors d’une téléconsultation. Ce n’est pas grave lorsque l’objet de l’échange est avant tout informationnel. Mais c’est tout autre chose dans le monde psy où le ressenti a davantage d’importance que l’information brute.

Surtout, le paramètre essentiel d’une bonne psychothérapie est la securisation du lien. Pour cela, l’atmosphère de confiance est centrale. Cette atmosphère permettant un attachement secure est facile à créer en présentiel, mais bien plus difficile en téléconsultation.

En d’autres termes, une consultation de psy n’est pas que parler. C’est aussi un échange humain de l’ordre de l’émotionnel et du ressenti.

Ainsi, il est très difficile d’apaiser l’émotion de quelqu’un à distance. On sait d’ailleurs que dans notre vie privée, nous procédons aux conversations importantes en présentiel. (ruptures, mauvaises ou bonnes nouvelles…). Pourquoi? Parce qu’instinctivement, nous voulons être là pour gérer l’émotion de l’autre et que ce n’est pas facile à distance. C’est cette donnée émotionnelle que la téléconsultation prend difficilement en charge.

2/ Limites dues à la technologie de la téléconsultation

Aujourd’hui, un grand nombre d’applications ou de logiciels permettent une téléconsultation.

Toutefois, quelles que soient leurs qualités, il existe toujours des ratés fréquents dans l’image comme dans le son. Et évidemment, la communication est tributaire de la connexion internet qui n’est pas toujours idéale.

Ensuite, le matériel ne permet pas toujours une bonne vision réciproque. Le cadre, par exemple, est souvent limité au visage ou au torse. C’est particulièrement vrai si un téléphone est utilisé. Or le non-verbal passe par tout le corps.

De plus, le son est souvent déformé et ne permet pas de retransmettre toutes les nuances.

Enfin, la caméra a tendance à déformer l’image, ce qui perturbe aussi la perception.

3/ Limites dues à l’absence de cabinet

Le fait de se déplacer au cabinet, dans un lieu identique, toujours le même, permet de donner des repères securisants. Il s’agit d’un conditionnement pavlovien. Le patient sait que dans ce lieu, il est en sécurité et que ce temps lui est entièrement consacré. C’est un temps pour lui et lui seul.

En téléconsultation, le lâcher-prise est plus dur. Le lieu où se trouve le patient n’est pas hermétique aux perturbations. Si le patient est chez lui, par exemple, il peut à tout instant être dérangé par l’irruption d’un membre de sa famille. Du reste, la conscience qu’a le patient de la présence d’un proche a tendance à inhiber sa parole.

D’ailleurs, quand le patient est au cabinet, il vit un moment 100% pour lui. Quand le patient reste chez lui, il vit un moment chez lui, avec un encart de la taille de son écran, qui est pour lui. Mais des stimulus continueront à le solliciter et le détourner du travail psychique. A contrario, le cabinet est un lieu différent de chez lui, qui permet au patient de se distancier par rapport à sa vie et à ses problèmes.

Ensuite, le fait de venir au cabinet permet de concrétiser la démarche. La plupart des techniques psychothérapiques ayant prouvé leur efficacité nécessitant une motivation importante, se déplacer au cabinet permet de mettre à l’épreuve cette motivation.

Du reste la TCC, la TIP ou l’EMDR, principales psychothérapies ayant prouvé leur efficacité nécessitent des exercices, des schémas, des dessins. Cet échange concret est très difficile à faire en téléconsultation.

4/ Incompatibilités de la téléconsultation pour certaines pathologies

La téléconsultation pose un problème de sécurité médicale et médico-légale. En effet, le patient présentant des symptômes préoccupants (idées suicidaires, délire…) doit être pris en charge immédiatement. Or en téléconsultation c’est très difficile, bien plus qu’au cabinet. C’est pourquoi, il est interdit de recevoir en téléconsultation un patient nouveau. Mais même pour les patients connus, la téléconsultation représente un risque. Un patient est toujours fragile. Il peut un jour aller mal et présenter des signes de gravité auxquels la téléconsultation ne permet pas de répondre facilement.

Enfin, certaines pathologies ne sont pas compatibles avec la téléconsultation. On peut citer les troubles attentionnels existant dans beaucoup de pathologies (dépression, TDAH, etc…), certains troubles anxieux ou délirants, dans lesquels le patient peut être en difficulté pour faire confiance. Beaucoup de patients ont ainsi peur pour la confidentialité. A juste titre: une téléconsultation est un flux informatique. En cas de piratage, il n’est pas impossible de le capter quel que soit le niveau de sécurité de l’application. Du reste, une téléconsultation passant par une application, l’application elle-même aura forcément l’information qu’il y a eu consultation. Même si elle ne mémorise pas le contenu, cela permet une accès à des données médicales, dont on ne peut jamais être sûr de l’usage.

5/ Problèmes liées à des pathologies physiques

Les troubles visuels ou auditifs empêchent la téléconsultation.

6/ Inconvénients administratifs

Malgré le fait que des visio-conférences sont possibles avec des applications gratuites, seules certaines applications permettent une téléconsultation. Elles doivent être certifiées et sont payantes. Cela engendre un surcoût à la charge du thérapeute ou du patient.

Ensuite, la Sécu et les Mutuelles remboursent les téléconsultations moins bien que la consultation en psychiatrie présentielle.

 

III/ Conclusion sur la téléconsultation

Il y a donc du pour et du contre, rien n’est tranché. Mais ce qui est le plus important, c’est de savoir vos préférences. Si vous n’êtes pas à l’aide avec la téléconsultation, alors mieux vaut ne pas en faire. A l’inverse, si c’est ce que vous recherchez, ce mode de consultation est suffisamment pratiqué pour que vous trouviez un psychiatre ou un psychologue qui vous le propose.

 

Venir au cabinet à Paris

En métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7-14-15-16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1-2-8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre)

En RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…)

En bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois)

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Fait à Paris 16 par un psychiatre

Image par William Iven