Le recours à la pornographie est fréquent. Cette page vous expliquera l’épidémiologie des gens consommant de la pornographie.
Rédacteur « Pornographie: épidémiologie »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- La consommation de pornographie est une pratique très répandue dans la population.
- En soi, elle n’est pas pathologique, mais peut induire de vrais problèmes voire dégénérer en addiction à la pornographie.
Un an après la mise en place de la vérification d’âge à l’entrée des sites pornographiques, l’institut Ifop dresse un bilan sévère de cette mesure censée protéger les mineurs. Instauré à l’été 2025 par le gouvernement, ce dispositif reposait sur un principe de double anonymat et prévoyait des mises en demeure pour les plateformes qui refuseraient de s’y conformer. Douze mois plus tard, le constat dressé par l’institut de sondage est sans appel : loin d’avoir asséché la consommation de contenus pornographiques, la loi a surtout entraîné un déplacement des usages vers des plateformes qui ne respectent pas cette obligation.
L’étude de l’IFOP
L’enquête, menée auprès de 3 000 adultes et de 500 adolescents âgés de 15 à 17 ans, révèle que la fréquentation de ces sites reste globalement stable. Seuls 16 % des adultes interrogés et 22 % des mineurs déclarent avoir arrêté de consulter ce type de contenu depuis l’entrée en vigueur du texte, un chiffre bien trop faible pour parler d’un réel recul de la pratique.
Les données épidémiologiques
Au-delà de l’efficacité contestée du dispositif, l’étude dresse un portrait détaillé des profils de consommateurs. Sans surprise, les hommes se déclarent bien plus concernés que les femmes, avec un écart particulièrement marqué chez les moins de 35 ans. En 2026, 49% des hommes sont consommateurs, versus 22% des femme, Mais le phénomène ne se limite pas aux jeunes générations : une part non négligeable des personnes de plus de 65 ans, et même au-delà de 75 ans, indique avoir consulté ce genre de contenu au cours de l’année écoulée.
Le niveau d’études et la catégorie socioprofessionnelle jouent également un rôle dans cette consommation, les diplômés du supérieur se montrant plus nombreux à consulter ce type de sites que les personnes sans diplôme. Du côté professionnel, cadres et employés affichent des taux proches, tandis que les ouvriers ne sont pas loin derrière. L’institut de sondage a par ailleurs croisé ces résultats avec d’autres variables sociologiques : orientation sexuelle, appartenance religieuse et sensibilité politique. Il en ressort que les personnes homosexuelles consultent nettement plus ce type de contenu que les hétérosexuelles, que les personnes de confession musulmane se déclarent plus concernées que les catholiques ou les protestants, et que les sympathisants de La France insoumise arrivent en tête des différentes familles politiques sondées, devant les écologistes, le Rassemblement national, Les Républicains, le Parti socialiste et Renaissance. Sur le plan géographique, les habitants de Paris se montrent également plus consommateurs que ceux vivant en zone rurale.
Autre enseignement, plus inattendu celui-ci : contrairement à une idée reçue, les personnes vivant en couple se révèlent très légèrement plus nombreuses à avoir consulté un site pour adultes dans l’année que les célibataires. De la même façon, les personnes ayant une vie sexuelle active consomment davantage de contenus pornographiques que celles qui n’en ont pas.
Effet de l’instauration de l’obligation de vérifier l’âge légal à l’entrée des sites pour adulte
Mais c’est surtout sur l’application concrète du dispositif que l’étude met le doigt sur les failles du système. À peine la moitié des adultes ayant tenté d’accéder à un site pour adultes au cours de l’année écoulée se sont vu réellement demander de prouver leur âge. Et parmi les personnes confrontées à cette exigence, une minorité seulement a accepté de se soumettre à la procédure : moins de quatre adultes sur dix, et à peine un mineur sur cinq.
Ce chiffre s’explique en grande partie par un phénomène de report massif du trafic vers des plateformes moins regardantes. Selon l’Ifop, une large majorité des adolescents de 15 à 17 ans, ainsi que près de la moitié des adultes concernés, ont tout simplement délaissé les sites appliquant la vérification d’âge au profit d’autres plateformes qui ne l’imposent pas. Ce contournement explique pourquoi la consommation globale n’a pas baissé depuis 2023, malgré l’entrée en vigueur de la loi.
Interrogés sur leur perception de cette politique, six Français sur dix jugent l’action de l’État insuffisante ou inefficace en la matière. Un paradoxe intéressant se dégage toutefois de l’enquête : alors même que le bilan de la mesure est perçu comme décevant, l’écrasante majorité des personnes sondées reste favorable, sur le principe, à l’instauration d’une vérification d’âge avant l’accès aux contenus réservés aux adultes.
L’Ifop conclut son analyse par une mise en garde adressée à ceux qui envisageraient d’appliquer une logique similaire à d’autres usages numériques, notamment les réseaux sociaux. Le gouvernement travaille en effet actuellement sur un nouveau projet, soumis à Bruxelles, visant à en interdire l’accès aux moins de 15 ans. Pour l’institut, l’expérience de la vérification d’âge sur les sites pornographiques illustre les limites d’une telle approche si elle n’est pas accompagnée d’un dispositif capable de couvrir l’ensemble des plateformes concernées, sous peine de simplement déplacer le problème plutôt que de le résoudre.
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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.
