Anhédonie : reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur l’anhédonie? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face à l’anhédonie.
Rédacteur « anhédonie »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que l’anhédonie ? Définition et mécanismes
L’anhédonie désigne l’incapacité à ressentir du plaisir dans des activités habituellement agréables, qu’elles soient sociales, sensorielles ou intellectuelles. Ce symptôme, décrit dès 1896 par le psychologue Théodule Ribot, se distingue de la simple tristesse ou de la lassitude passagère : il s’agit d’une altération profonde de la capacité à éprouver de la satisfaction, même face à des stimuli autrefois sources de joie. L’anhédonie peut toucher aussi bien le plaisir immédiat (anhédonie consommatoire : « aimer ») que la motivation à rechercher le plaisir (anhédonie motivationnelle : « vouloir »).
Exemple clinique : Sophie, 42 ans, enseignante passionnée, consulte pour un épuisement professionnel. Elle décrit ne plus ressentir aucune émotion positive en classe, activité qui la motivait auparavant. Elle évite les repas en famille, ne prend plus plaisir à écouter de la musique, et se sent « comme un robot ». Son psychiatre identifie une anhédonie sévère, associée à un épisode dépressif caractérisé.
L’anhédonie est un symptôme central de nombreuses pathologies psychiatriques, notamment la dépression, la schizophrénie, les troubles bipolaires et certains troubles anxieux. Elle est aussi présente dans les troubles du spectre autistique et les addictions.
Mécanismes neurobiologiques : dopamine, sérotonine et circuits de la récompense
Les recherches récentes en neurobiologie ont mis en lumière le rôle clé des neurotransmetteurs et des circuits cérébraux dans l’anhédonie. Le système dopaminergique, en particulier, est au cœur de la régulation du plaisir et de la motivation. La dopamine, produite dans l’aire tegmentale ventrale et projetée vers le noyau accumbens (circuit de la récompense), permet d’anticiper et de ressentir la récompense. Une dysrégulation de ce système, souvent observée dans la dépression et la schizophrénie, entraîne une diminution de la sensibilité aux stimuli plaisants.
Exemple clinique : Marc, 35 ans, en burn-out, ne ressent plus de plaisir à manger ou à voir ses amis. Une IRM fonctionnelle révèle une hypoactivation du striatum ventral, région clé du circuit de la récompense, confirmant l’hypothèse d’un déficit dopaminergique.
D’autres neurotransmetteurs, comme la sérotonine et le glutamate, jouent également un rôle. Les études montrent que les antidépresseurs classiques (ISRS) peuvent aggraver l’anhédonie chez certains patients, en inhibant la libération de dopamine dans le striatum. À l’inverse, des agonistes dopaminergiques (comme le pramipexole) ou des approches ciblant l’inflammation cérébrale (liée à la neuroinflammation) sont à l’étude pour restaurer la capacité hédonique.
Anhédonie et dépression : un lien étroit et pronostique
Dans la dépression, l’anhédonie est un critère diagnostique majeur selon le DSM-5. Elle est associée à une plus grande chronicité du trouble, une moins bonne réponse aux traitements et un risque accru de suicide. Les patients dépressifs avec anhédonie présentent souvent une altération plus marquée de la qualité de vie et un pronostic plus sombre que ceux sans ce symptôme.
Exemple clinique : Claire, 50 ans, consulte pour une fatigue persistante. Elle ne lit plus, activité qu’elle adorait, et évite les sorties. L’échelle SHAPS (Snaith-Hamilton Pleasure Scale) confirme une anhédonie sévère, masquant une dépression résistante aux antidépresseurs classiques. Une prise en charge combinant TCC et agoniste dopaminergique permet une amélioration progressive.
L’anhédonie dans la dépression bipolaire diffère de celle de la dépression unipolaire : elle est plus liée à un déficit motivationnel, similaire à celui observé dans la schizophrénie.
Anhédonie et schizophrénie : un symptôme négatif invalidant
Dans la schizophrénie, l’anhédonie fait partie des symptômes négatifs, avec l’aplatissement affectif, l’avolition et le retrait social. Ces symptômes, souvent résistants aux antipsychotiques, contribuent fortement à l’isolement et au handicap psychosocial.
Exemple clinique : Thomas, 28 ans, diagnostiqué schizophrène, ne ressent plus de plaisir à jouer de la guitare, passion qu’il a abandonnée depuis deux ans. Malgré un traitement antipsychotique, il reste apathique et évite tout contact social. Une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) ciblant les symptômes négatifs, associée à un programme de réhabilitation sociale, permet une reprise progressive de ses activités.
Les études en neuroimagerie montrent une réduction de l’activation du striatum ventral et de l’amygdale en réponse à des stimuli positifs chez ces patients.
Anhédonie chez l’enfant et l’adolescent : épidémiologie et particularités
Chez l’enfant et l’adolescent, l’anhédonie est souvent sous-diagnostiquée, car masquée par d’autres symptômes (irritabilité, troubles du sommeil, difficultés scolaires). Pourtant, elle est fréquente dans les troubles dépressifs précoces, avec une prévalence estimée à 9,4 % dans certaines études.
Exemple clinique : Emma, 15 ans, ne prend plus plaisir à ses activités préférées (danse, sorties avec ses amies). Elle présente aussi des idées suicidaires et un ralentissement psychomoteur. Le questionnaire CES-D révèle une anhédonie marquée, orientant vers un épisode dépressif caractérisé.
Les facteurs de risque incluent les antécédents familiaux de troubles psychiatriques et les traumatismes précoces. Une prise en charge précoce, associant TCC et soutien familial, est cruciale pour éviter une chronicisation.
Diagnostic et outils d’évaluation
Le diagnostic de l’anhédonie repose sur un entretien clinique approfondi, complété par des échelles validées :
– SHAPS (Snaith-Hamilton Pleasure Scale) : évalue l’anhédonie consommatoire.
– BIS-BAS (Behavioral Inhibition/Activation System) : explore la motivation et l’anticipation du plaisir.
– MADRS (Montgomery-Åsberg Depression Rating Scale) : inclut des items spécifiques pour l’anhédonie.
Exemple clinique : Lucas, 12 ans, présente une anhédonie sociale (évitement des jeux avec ses camarades) et une anhédonie physique (indifférence à la nourriture). Le pédopsychiatre utilise le CES-D et un entretien structuré pour confirmer le diagnostic de dépression et écarter un trouble du spectre autistique.
Le diagnostic différentiel est essentiel : l’anhédonie peut mimer ou accompagner d’autres troubles (troubles anxieux, TDAH, troubles de l’humeur bipolaires).
Prise en charge : quelles solutions ?
La prise en charge de l’anhédonie est multiforme et personnalisée
1. Psychothérapies :
– TCC : traitement de référence, surtout si l’anhédonie est liée à une dépression ou un trouble anxieux. Elle vise à restaurer les comportements plaisants et à modifier les pensées négatives.
– Thérapie interpersonnelle (TIP) : se concentre sur les relations sociales, souvent perturbées par l’anhédonie.
– Thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) : aide à accepter les émotions difficiles tout en s’engageant dans des actions valorisantes.
2. Médicaments :
– Antidépresseurs (ISRS, IRSNa) : efficaces dans la dépression, mais parfois insuffisants pour l’anhédonie isolée.
– Agonistes dopaminergiques (bupropion, pramipexole) : ciblent directement le circuit de la récompense.
– Kétamine : en cours d’évaluation pour les formes résistantes.
3. Approches complémentaires :
– Activité physique régulière, exposition à la lumière, alimentation équilibrée.
– Stimulation magnétique transcrânienne (rTMS) : prometteuse pour les anhédonies résistantes.
Exemple clinique : Julien, 40 ans, déprimé et anhédonique depuis un an, bénéficie d’une TCC centrée sur l’activation comportementale. Après 12 séances, il retrouve progressivement le goût de la lecture et des balades en forêt.
Les travaux de Dunn
Qui sont Benjamin D. Dunn et Sophie Barbary ?
Leur travail s’inscrit dans la psychopathologie expérimentale et clinique, à l’interface entre :
- dépression,
- émotions positives,
- motivation,
- neurosciences affectives.
Ils ont contribué à clarifier le concept d’anhédonie, longtemps traité comme un symptôme unitaire.
Apport central : l’anhédonie n’est pas un bloc unique
Idée majeure
Dunn & Barbary montrent que l’anhédonie est multidimensionnelle, et qu’elle ne se réduit pas à une simple “incapacité à ressentir du plaisir”.
Ils distinguent notamment :
Anhédonie anticipatoire
Difficulté à anticiper le plaisir futur
- « Rien ne me fait envie »
- Perte de motivation
- Très liée aux troubles dépressifs persistants
Souvent intacte chez certains patients : le plaisir peut être ressenti une fois l’activité commencée.
Anhédonie consommatoire
Diminution du plaisir ressenti sur le moment
- « Même quand je fais quelque chose, je ne ressens rien »
- Moins fréquente que ce que l’on croyait
- Plus sévère cliniquement
Résultats expérimentaux clés
Leurs travaux montrent que :
- Beaucoup de patients dépressifs :
- anticipent peu de plaisir
- ressentent encore du plaisir in vivo
- Le déficit principal porte sur :
- la représentation mentale du plaisir futur
- la motivation à initier l’action
Cela remet en cause l’idée classique :
« Les personnes dépressives ne ressentent plus aucun plaisir »
Modèles neurocognitifs proposés
Ils s’appuient sur une dissociation fonctionnelle :
- Anticipation / motivation: circuit dopaminergique (striatum ventral)
- Plaisir ressenti: systèmes opioïdes / orbitofrontaux
L’anhédonie dépressive serait surtout un trouble de la projection hédonique, pas uniquement du plaisir brut.
Implications cliniques majeures
Diagnostic
- Les échelles classiques (ex. SHAPS) ne distinguent pas bien les sous-types
- Risque de sous-estimer le plaisir consommatoire résiduel
Psychothérapie (notamment TCC)
Leurs travaux soutiennent :
- l’activation comportementale
- la focalisation attentionnelle vers ce qui peut créer du plaisir
- le travail sur :
- attentes négatives
- biais pessimistes
- anticipation du plaisir
Même sans “envie”, l’action peut restaurer le plaisir.
Implications pharmacologiques
- Les antidépresseurs sérotoninergiques peuvent :
- améliorer l’humeur
- mais parfois aggraver l’anhédonie motivationnelle
- Intérêt pour :
- stratégies dopaminergiques
- approches combinées (psycho + pharmaco)
Contribution globale de Dunn & Barbary
Ils ont contribué à :
- sortir l’anhédonie d’une vision simpliste
- affiner le lien entre dépression, motivation et plaisir
- influencer :
- la recherche clinique
- les modèles TCC contemporains
- les approches transdiagnostiques (RDoC)
L’anhédonie n’est pas l’absence de plaisir, mais souvent l’incapacité à se projeter vers lui.
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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
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Conclusion : L’anhédonie est un symptôme complexe, souvent méconnu, qui nécessite une évaluation rigoureuse et une prise en charge adaptée. Si vous ou un proche présentez une perte durable de plaisir, consultez un professionnel pour un bilan personnalisé. La combinaison de psychothérapies et de traitements ciblés offre aujourd’hui des solutions efficaces pour retrouver le goût de la vie.
Auteur
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