Anxiété de séparation: reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur l’anxiété de séparation? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face à l’anxiété de séparation.
Rédacteur « anxiété de séparation »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que l’anxiété de séparation ?
L’anxiété de séparation désigne une peur excessive et persistante d’être séparé d’une personne ou d’un environnement qui procure sécurité et réconfort. Ce trouble peut se manifester à tout âge, mais il est particulièrement fréquent chez l’enfant, où il peut prendre une forme pathologique si l’anxiété dépasse ce qui est attendu pour l’âge et le niveau de développement de l’enfant. Comme le rappelle le Dr Nicolas Neveux: « Chez le nourrisson et le jeune enfant, l’anxiété de séparation est une étape normale du développement : elle apparaît généralement vers 8 mois, atteint son pic entre 10 et 18 mois, et diminue progressivement à mesure que l’enfant acquiert la notion de permanence de l’objet (comprendre que ses parents reviendront même s’ils ne sont pas visibles). »
Cependant, lorsque cette anxiété persiste au-delà de 3-4 ans, s’intensifie, ou perturbe significativement la vie quotidienne, on parle alors de trouble d’anxiété de séparation.
Exemple clinique : Julia, 8 ans, consulte pour des difficultés d’endormissement et des maux de ventre récurrents le soir. Depuis six mois, elle exige qu’un parent reste éveillé jusqu’à ce qu’elle s’endorme, se lève plusieurs fois pour vérifier leur présence, et refuse de dormir chez des amis ou de participer à des activités sans ses parents. Ces symptômes sont apparus après le premier déconfinement, période durant laquelle elle a vécu une séparation prolongée de ses grands-parents, hospitalisés pour le Covid-19.
Épidémiologie chez l’enfant et l’adolescent
Le trouble d’anxiété de séparation touche environ 3 à 5 % des enfants et adolescents, avec une prévalence légèrement plus élevée chez les filles. Il est plus fréquent chez les enfants en âge préscolaire et devient moins courant avec l’âge, bien que des cas puissent persister ou réapparaître à l’adolescence, notamment après des événements stressants (déménagement, deuil, divorce, etc.). Chez l’adolescent, l’anxiété de séparation peut être niée ou masquée, mais se traduit souvent par une réticence à quitter le domicile, un champ d’activités autonomes très restreint, ou une dépendance affective marquée.
Exemple clinique : Un adolescent de 15 ans, auparavant sociable et autonome, refuse soudainement de participer à des sorties scolaires ou de dormir chez des amis. Il justifie son comportement par une fatigue persistante, mais ses parents remarquent qu’il vérifie constamment leur localisation par téléphone et exprime une peur diffuse qu’il leur arrive « quelque chose » en leur absence.
Symptômes et critères diagnostiques
Pour établir un diagnostic de trouble d’anxiété de séparation, les critères du DSM-5 exigent la présence d’au moins trois des symptômes suivants, pendant au moins quatre semaines, avec une détresse ou une altération significative du fonctionnement social, scolaire ou familial :
– Détresse excessive et récurrente lors des séparations réelles ou anticipées d’avec les figures d’attachement (parents, fratrie, etc.).
– Inquiétude persistante concernant la perte ou un malheur pouvant arriver à une figure d’attachement (ex. : peur qu’un parent ait un accident).
– Réticence ou refus d’aller à l’école, au travail, ou dans d’autres lieux en raison de la peur de la séparation.
– Peur d’être seul ou sans la présence d’une figure d’attachement majeure, même à la maison.
– Difficultés à s’endormir sans la présence d’un parent ou d’un proche, ou insistance pour dormir dans leur lit.
– Cauchemars récurrents à thème de séparation.
– Plaintes somatiques (maux de tête, nausées, douleurs abdominales) en prévision ou lors des séparations.
Exemple clinique : Un enfant de 6 ans, scolarisé en CP, présente depuis deux mois des crises de larmes et des vomissements chaque matin avant l’école. Il supplie ses parents de ne pas le laisser, affirmant qu’il « sait » qu’ils ne reviendront pas le chercher. Les symptômes ont débuté après le décès soudain de son grand-père, avec qui il était très proche.
Causes et facteurs de risque
L’anxiété de séparation résulte généralement d’une interaction complexe entre des facteurs biologiques, psychologiques et environnementaux, (modèle bio-psychosocial) :
– Facteurs biologiques : Une prédisposition génétique aux troubles anxieux, ou un tempérament inhibé dès la petite enfance, peuvent augmenter le risque.
– Facteurs psychologiques : Un attachement insécure (notamment de type anxieux-résistant) avec les figures parentales, ou une histoire de traumatismes précoces (abandon, négligence), sont souvent retrouvés.
– Facteurs environnementaux : Les événements de vie stressants (déménagement, divorce, maladie d’un proche, pandémie) peuvent déclencher ou aggraver un trouble d’anxiété de séparation. De même, une parentalité surprotectrice ou anxieuse peut entretenir le trouble.
Exemple clinique : Une mère très anxieuse, qui a elle-même souffert d’anxiété de séparation dans son enfance, transmet involontairement sa peur à son fils de 5 ans. Chaque matin, elle exprime sa propre appréhension de le laisser à l’école, ce qui renforce l’idée chez l’enfant que la séparation est dangereuse.
Conséquences et complications
Non traité, le trouble d’anxiété de séparation peut avoir des répercussions majeures : – Chez l’enfant : Refus scolaire, isolement social, retards d’apprentissage, troubles du sommeil, et risque accru de développer d’autres troubles anxieux ou dépressifs à l’adolescence ou à l’âge adulte.
– Chez l’adulte : Dépendance affective, difficultés professionnelles (incapacité à voyager, à accepter des promotions impliquant des déplacements), et risque de dépression ou de troubles anxieux comorbides. Exemple clinique : Une femme de 30 ans consulte pour des crises d’angoisse chaque fois que son conjoint part en déplacement professionnel. Elle décrit une peur panique qu’il ne revienne pas, accompagnée de palpitations et de pensées catastrophiques. Ces symptômes ont débuté après la mort subite de son père, survenue alors qu’elle était adolescente.
Diagnostic différentiel
Il est crucial de distinguer l’anxiété de séparation d’autres troubles psychiatriques :
– Trouble d’anxiété généralisée : L’anxiété est plus diffuse, non spécifiquement liée à la séparation.
– Trouble panique avec agoraphobie : La peur est centrée sur l’incapacité à s’échapper ou à obtenir de l’aide en cas de crise, plutôt que sur la séparation elle-même.
– Trouble dépressif : La tristesse et la perte d’intérêt prédominent, mais l’anxiété de séparation peut être un symptôme associé.
– Trouble du spectre autistique ou trouble oppositionnel : Le refus de séparation peut être lié à des difficultés de communication ou à une opposition.
Exemple clinique : Un enfant de 9 ans refuse catégoriquement d’aller à l’école. L’évaluation révèle qu’il n’a pas peur de la séparation, mais qu’il est victime de harcèlement scolaire. Le diagnostic retenu est un trouble anxieux social, et non une anxiété de séparation.
Prise en charge et traitements
Le Dr Nicolas Neveux explique la stratégie: le traitement est avant tout psychothérapeutique. Un abord en TCC ou TIP est primordiale, après avoir éliminé des troubles associés.
Thérapie interpersonnelle (TIP)
L’anxiété de séparation traduit très souvent que les besoins de l’enfant en termes de sécurité, appartenance ne sont pas satisfaits. Le traitement consiste à amener les parents à répondre aux besoins de l’enfant, mais à leur façon, pas forcément en répondant aux attentes de l’enfant s’ils jugent qu’elles ne sont pas applicables.
Exemple:
Le petit Rémy, 5 ans, présente une importante anxiété de séparation quand ses parents le déposent à la crèche. Après s’être assuré qu’il n’y a pas de problème particulier, ils refusent d’arrêter la crèche, ce qui serait l’attente de Rémy, mais choisissent de répondre à ses attentes en instaurant un « moment spécial »: 20min tous les jours, avec chacun des parents, qui n’est consacré qu’à ce temps dédié à Rémy.
Thérapie cognitivo-comportementale (TCC)
La TCC est le traitement de première intention, tant chez l’enfant que chez l’adulte. Elle repose sur : – La psychoéducation : Expliquer à l’enfant et à sa famille le mécanisme de l’anxiété et la nature développementale de la séparation.
– L’exposition progressive : Confrontation graduelle aux situations anxiogènes (ex. : rester seul dans une pièce, dormir chez un ami), avec renforcement positif.
– La restructuration cognitive : Identifier et modifier les pensées catastrophiques (« Si je ne vois pas ma mère, elle va disparaître »).
– L’implication des parents : Les aider à adopter des comportements cohérents (éviter les rassurances excessives, encourager l’autonomie).
Exemple clinique : Dans le cadre d’un programme familial contre l’anxiété de séparation, Maeva, 7 ans, et ses parents participent à des séances de TCC. Les parents apprennent à ne pas céder aux demandes de Maeva de les accompagner partout, tandis que Maeva s’exerce à rester seule dans sa chambre pendant des durées de plus en plus longues, avec un système de récompenses.
Traitements médicamenteux
En cas de symptômes sévères ou résistants à la TCC, un psychiatre peut proposer : – Inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) : Comme la fluoxétine ou la sertraline, efficaces pour réduire l’anxiété et améliorer le fonctionnement.
– Anxiolytiques : Réservés aux situations aiguës, en raison du risque de dépendance.
Autres approches
– Thérapies familiales : Pour aborder les dynamiques relationnelles qui entretiennent l’anxiété.
Prévention et conseils aux parents
– Rassurer sans surprotéger : Valider les émotions de l’enfant (« Je comprends que tu aies peur »), mais encourager l’autonomie (« Tu peux y arriver, je reviens dans une heure »).
– Établir des routines : Des rituels d’au revoir courts et prévisibles aident l’enfant à anticiper les retrouvailles.
– Éviter les séparations brutales : Préférer des absences courtes et progressives.
– Modéliser un comportement calme : Les enfants perçoivent l’anxiété parentale. Exemple clinique : Les parents de Lucas, 4 ans, ont mis en place un « calendrier des retrouvailles » : chaque matin, ils cocent une case sur un tableau, et Lucas sait que quand toutes les cases sont cochées, c’est l’heure de venir le chercher à l’école. Cela a réduit ses crises de larmes au moment de la séparation.
Anxiété de séparation chez l’adulte
Bien que moins reconnue, l’anxiété de séparation peut persister ou réapparaître à l’âge adulte, souvent en lien avec des événements de vie stressants (deuil, rupture, départ des enfants du foyer). Les symptômes incluent : – Peur intense de l’abandon ou de la perte d’un proche.
– Besoin constant de contact (appels, messages).
– Difficulté à voyager ou à s’éloigner du domicile.
– Symptômes physiques (palpitations, nausées) en prévision d’une séparation. Exemple clinique : Une femme de 40 ans, dont le fils unique vient de quitter le domicile pour ses études, présente des crises de panique chaque fois qu’il ne répond pas immédiatement à ses appels. Elle décrit une « douleur physique » à l’idée qu’il puisse lui arriver malheur. La prise en charge repose sur la TCC, éventuellement complétée par un travail sur l’attachement et la gestion des émotions.
Quand consulter ?
Il est recommandé de consulter un professionnel (médecin, psychiatre, psychologue) si : – L’anxiété de séparation persiste au-delà de 4 semaines.
– Elle entraîne une souffrance importante ou une altération du fonctionnement (scolaire, professionnel, social).
– Elle s’accompagne d’autres symptômes (dépression, troubles du sommeil, plaintes somatiques).
Venir au cabinet à Paris
Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
- Métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7-14-15-16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1-2-8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre).
- RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…).
- Bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois).
Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue. Références et liens utiles :
– [Trouble d’anxiété de séparation – Manuels MSD](https://www.msdmanuals.com/fr/accueil/probl%C3%A8mes-de-sant%C3%A9-infantiles/troubles-mentaux-chez-les-enfants-et-les-adolescents/trouble-d-anxi%C3%A9t%C3%A9-de-s%C3%A9paration)
Auteur
Mail: dr.neveux@gmail.com (à privilégier+++)
Tél: 0609727094 (laisser un message)
Au cabinet: 9 rue Troyon 75017 Paris
NB: Pas de consultation par mail ou téléphone. Les messages ne sont pas consultés hors jours et heures ouvrables. En cas d’urgence, contacter le SAMU (15)





