Binge eating disorder ou Hyperphagie: comment le reconnaître et le traiter?

Le Binge eating disorder est fréquent. Il peut causer beaucoup de souffrance et mettre en danger les personnes qui en sont victimes. Cette page vous permettra de savoir comment le reconnaître et la guérir. Il se soigne par une prise en charge globale et une psychothérapie TCC ou TIP.

Cette page fait partie du grand dossier détaillé sur les troubles du comportement alimentaire (TCA). Rendez-vous sur cette autre page si vous souhaitez en savoir plus sur les différents types de TCA: anorexie, boulimie

Rédacteur « Binge eating disorder »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), Membre du Collège National Professionnel de Psychiatrie, mail: dr.neveux@gmail.com

Sources: Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP) , Dunod; Manuel de thérapie comportementale et cognitive, Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod. L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga.

L’essentiel

 

hyperphagie binge eating disorder

Binge eating disorder : qui touche-t-il ?

L’hyperphagie boulimique est le TCA le plus fréquent. Elle touche entre 2 à 5 % de la population, hommes comme femmes, et apparaît généralement entre 18 et 40 ans. Elle est présente dans toutes les catégories sociales. Contrairement à la boulimie ou l’anorexie, ce trouble est fréquemment associé au surpoids ou à l’obésité, bien que ce ne soit pas systématique.

 

Symptômes et diagnostic

Les symptômes de l’hyperphagie boulimique se manifestent par des crises récurrentes de suralimentation sans tentatives de compensation.

  • Crises alimentaires massives : La personne mange une quantité très importante de nourriture, souvent de manière rapide et incontrôlée. Par exemple, Sophie, 35 ans, raconte qu’elle peut engloutir trois plats cuisinés, du pain, des chips et un dessert en 20 minutes.
  • Absence de faim physiologique : Ces épisodes se produisent même si la personne n’a pas faim. Elle mange par anxiété, ennui, ou pour apaiser une émotion négative.
  • Manger seul(e) par honte : Les individus souffrant d’hyperphagie évitent de manger en public ou avec leurs proches, craignant d’être jugés. Damien, 42 ans, se cache dans sa voiture après avoir acheté de la nourriture dans plusieurs fast-foods.
  • Sentiments post-crise : Après la crise, un profond dégoût de soi, de la tristesse, ou de la honte s’installent. Contrairement à la boulimie, ces émotions ne débouchent pas sur des comportements compensatoires.
  • Répétition fréquente : Ces crises surviennent au moins une fois par semaine pendant plusieurs mois. La personne peut avoir du mal à se souvenir de tout ce qu’elle a mangé tant la quantité est importante.

Les crises se déclenchent très souvent au décours de contrariétés, ou de tout autre événement entraînant un surcroît émotionnel. Les émotions peuvent être aussi diverses que l’ennui, la colère, la frustration, la surprise. Il ne s’agit pas forcément d’une situation où l’émotion est d’une intensité spectaculaire. Même de petites situation émotionnelles peuvent amener la crise.

Contrairement à la boulimie, il n’y a pas de vomissements, ce qui explique la prise de poids.

Mécanismes du bing eating disorder

Aspects émotionnels

Le binge eating est un exemple typique de manifestation de la dictature émotionnelle: En effet, le patient adopte un comportement uniquement dicté par l’émotion, visant uniquement à diminuer l’émotion à court terme. Au lieu de chercher à solutionner le problème déclenchant, il tente de d’apaiser l’émotion en faisant une crise hyperphagique.

Cependant, cette vision parcellaire typique de la dictature émotionnelle entraîne le patient à

  • négliger les conséquences rationnelles de son comportement au profit des la seule considération court terme.
  • négliger les conséquences à long terme au profit des la seule considération court terme.
  • oublier de traiter les problèmes à l’origine de sa souffrance, dont les émotions ne sont que l’alerte.
  • renforcer l’idée que le seul moyen pour traiter son émotion est la crise hyperphagique.

C’est pourquoi le binge eating disorder est très souvent corrélé à l’hypersensibilité émotionnelle. A ce sujet nous ne pouvons que conseiller la lecture de l’ouvrage l’hypersensibilité chez l’adulte, (éd Mardaga). En effet, le binge eating disorder permet de faire face à l’intolérance à l’incertitude, à la frustration etc.

Aspects cognitifs

Généralement, les patients considèrent que la crise est automatique et que rien ne peut les amener à changer les choses. Heureusement c’est faux. Ce n’est cependant pas un manque de volonté, c’est au contraire bien plus compliqué que cela. Il s’agit d’un cas de dictature émotionnelle: la personne attend de la crise un apaisement émotionnel à cours terme, au détriment des conséquences à long terme. L’objectif sera de l’amener à changer de paradigme pour arriver à prendre en considération les conséquences à long terme, et pas uniquement les conséquences émotionnelles à court terme.

 

Traitements de l’hyperphagie

Cette maladie peut avoir des conséquences physiques graves. On observe ainsi des troubles métaboliques, des complications hydro-électrolytiques… Elle peut aussi être confondue avec une hyperphagie engendrée par des pathologies endocriniennes. Pour toutes ces raisons, il est indispensable que la prise en charge soit coordonnée par un psychiatre en association avec un médecin généraliste.

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Psychothérapies ayant démontré leur efficacité

Sur le plan de l’efficacité, la TIP et la TCC sont aussi efficaces (Kass 2013, Russell 2023).

    • Thérapie interpersonnelle (TIP) : elle se révèle indispensable dans la mesure où elle permet la résolution des dysfonctionnements interpersonnels qui sont constamment présents dans les problèmes de binge eating. La modélisation se faire notamment selon l’axe de conflits relationnels ou d’isolement. On observe souvent des attentes inappropriées de la part du patient vis à vis des autres, une difficulté à mentaliser les besoins et la disponibilité de l’autre. L’isolement est un autre axe extrêmement présent, que ce soit sur le plan quantitatif ou qualitatif.
    • LA TIP se distingue particulièrement chez les patients présentant des symptômes importants (Lacovino 2012). L’abstinence avec la TIP dans le binge eating disorder est stable et maintenue (ou encore améliorée) à long terme (Miniati 2018). La FB-TIP: efficacité post traitement (EDC, Anxiété, Perte contrôle alimentaire) et à 6 mois sur TCA (Shomaker 2017)
    • Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : traitement de première intention. Elle apprend à repérer les déclencheurs émotionnels des crises, à restructurer les pensées négatives, et à rétablir une alimentation régulière. Par exemple, un patient peut apprendre à remplacer « j’ai tout gâché, autant continuer à manger » par « une erreur n’efface pas mes efforts, je peux reprendre mon équilibre ». Parmi les formes de TCC, la Thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) joue un rôle important. Elle aide à faire face aux émotions inconfortables sans chercher à les éviter par la nourriture. Elle valorise l’engagement dans des actions en cohérence avec les valeurs de la personne.

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Traitement médicamenteux

    • Lisdexamfétamine (autorisé aux États-Unis) a montré des résultats prometteurs dans la réduction des crises, mais n’est pas disponible en France.
    • ISRS comme la sertraline ou la fluoxétine peuvent également être prescrits, notamment en cas de dépression ou d’anxiété associée.
    • Topiramate, un antiépileptique, est parfois utilisé hors AMM, mais nécessite une surveillance médicale stricte.

Approches nutritionnelles et hygiéno-diététiques

    • Élaboration de plans alimentaires stables et non restrictifs.
    • Reconnexion aux sensations alimentaires (faim, satiété, appétence).
    • Activité physique adaptée et non punitive, dans une optique de bien-être.

Groupes de soutien et éducation thérapeutique

    • Groupes animés par des professionnels ou des associations pour briser l’isolement et partager des stratégies d’adaptation.

Conclusion

Souvent ignoré, le binge-eating disorder est un trouble fréquent mais encore mal compris. Une approche bienveillante et multidisciplinaire permet une prise en charge efficace. La honte ne doit jamais être un frein à la demande d’aide. Il n’est jamais trop tard pour entamer un chemin de guérison.

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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.

 

Image par Дарья Яковлев


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