X/ Comment arrêter un traitement antidépresseur?

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Rédacteur « Comment arrêter un traitement antidépresseur? »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous

Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.

L’essentiel:

  • L’arrêt d’un antidépresseur doit toujours être encadré par un médecin ou un psychiatre pour éviter les rechutes ou les effets indésirables.
  • Un soutien psychologique (TCC, thérapie interpersonnelle) est fortement recommandé pendant la phase d’arrêt.
  • La stratégie la plus sûre est un sevrage progressif (tapering) sur plusieurs semaines ou mois, adapté à chaque patient.
  • L’arrêt brutal ou rapide augmente significativement le risque de rechute ou de symptômes de sevrage.

Pourquoi et quand envisager l’arrêt d’un antidépresseur ?

Dans la prise en charge de l’épisode dépressif majeur, il est courant qu’un psychiatre prescrive un antidépresseur. (voir sur cette page pour plus d’informations sur le traitement de la dépression). L’arrêt d’un traitement antidépresseur est une décision médicale qui doit être mûrement réfléchie et toujours encadrée par un professionnel de santé. En France, près de 10 % de la population adulte prend régulièrement des antidépresseurs, souvent sur de longues périodes. Pourtant, la question de l’arrêt se pose dès que le patient va mieux, ou après plusieurs mois ou années de traitement stabilisé. Quand peut-on envisager l’arrêt ?
– Après une rémission complète des symptômes dépressifs ou anxieux, généralement maintenue pendant au moins 6 à 12 mois.
– En l’absence de facteurs de risque de rechute (antécédents de dépression récurrente, stress majeur, absence de soutien social).
– En accord avec le patient, après une évaluation clinique approfondie.

Exemple clinique

Madame L., 45 ans, traitée depuis 18 mois par escitalopram pour un épisode dépressif majeur avec anxiété généralisée, consulte son psychiatre car elle se sent « revenue à la normale » depuis 6 mois. Elle souhaite arrêter son traitement, craignant les effets à long terme. Le psychiatre lui propose une évaluation complète : absence de symptômes résiduels, bonne observance, pas d’antécédent de rechute. Ils décident ensemble d’un plan de sevrage progressif, avec un suivi mensuel et un soutien par thérapie cognitive et comportementale (TCC).

Risques d’un arrêt non encadré

– Rechute dépressive ou anxieuse (risque multiplié par 2 à 5 en cas d’arrêt brutal).
– Syndrome de sevrage (nausées, vertiges, insomnie, irritabilité, sensations de « décharges électriques »).
– Perte de confiance dans les traitements futurs, pouvant retarder une reprise en cas de besoin. Pourquoi un accompagnement est-il crucial ?

Une méta-analyse récente publiée dans The Lancet Psychiatry montre que les patients qui bénéficient d’un soutien psychologique (TCC, thérapie interpersonnelle, psychoéducation) pendant l’arrêt ont un risque de rechute comparable à ceux qui continuent leur traitement, à condition que l’arrêt soit progressif. À l’inverse, un arrêt brutal ou rapide, même avec soutien, augmente significativement le risque de rechute ou de symptômes de sevrage.

Quelles sont les stratégies d’arrêt recommandées ?

Dans ce contexte, l’idéal est que le psychiatre qui fait la psychothérapie soit aussi celui qui fasse l’arrêt du traitement antidépresseur. En effet, cela permet au psychiatre d’adapter strictement la décroissance médicamenteuse et la psychothérapie.

1. Le sevrage progressif (tapering) : la méthode de référence

Le sevrage progressif consiste à réduire très lentement la dose d’antidépresseur, sur plusieurs semaines ou mois, pour permettre au cerveau de s’adapter à la baisse de concentration du médicament. Cette méthode est aujourd’hui considérée comme la plus sûre et la plus efficace pour minimiser les risques de rechute et de symptômes de sevrage. Comment faire en pratique ?
– Durée du tapering : entre 4 semaines et plusieurs mois, selon la durée du traitement, la molécule, et la sensibilité individuelle.
– Rythme de réduction : généralement, on réduit la dose de 10 à 25 % tous les 1 à 4 semaines, en surveillant l’apparition d’éventuels symptômes.
– Outils d’aide : certains médecins utilisent des préparations magistrales (gélules dosées à des concentrations intermédiaires) ou des formes liquides pour ajuster finement les doses. Exemple clinique :
Monsieur T., 52 ans, traité depuis 3 ans par venlafaxine pour une dépression récurrente, souhaite arrêter son traitement. Son psychiatre lui propose un sevrage sur 12 semaines : réduction de 25 % de la dose toutes les 3 semaines, avec un suivi hebdomadaire les premières semaines. Un symptôme d’irritabilité apparaît après la 2e réduction : la dose est stabilisée pendant 2 semaines supplémentaires avant de reprendre la diminution. Un soutien par thérapie interpersonnelle est mis en place pour l’aider à gérer le stress lié à l’arrêt. Pourquoi le tapering lent est-il préférable ?
– Il permet une adaptation progressive des récepteurs cérébraux à la baisse de sérotonine/noradrénaline.
– Il réduit significativement le risque de symptômes de sevrage (passant de 50 % à moins de 15 % des cas selon les études).
– Il limite le risque de rechute, surtout s’il est associé à un soutien psychologique.

2. Le rôle clé du soutien psychologique

Les données scientifiques les plus récentes insistent sur l’importance d’un accompagnement psychologique pendant la phase d’arrêt. Une méta-analyse publiée dans The Lancet Psychiatry en 2025 a comparé différentes stratégies d’arrêt (abrupt, rapide, lent, avec ou sans soutien) chez des patients en rémission. Ses conclusions sont claires :
– Le sevrage lent + soutien psychologique est aussi efficace que la poursuite du traitement pour prévenir les rechutes.
– Le soutien psychologique seul (sans sevrage) réduit déjà le risque de rechute de 30 à 40 %.
– L’arrêt brutal ou rapide, même avec soutien, reste la pire option. Quelles formes de soutien sont efficaces ?
– Thérapie cognitive et comportementale (TCC) : pour identifier et modifier les schémas de pensée négatifs, prévenir les rechutes, et gérer le stress lié à l’arrêt.
– Thérapie interpersonnelle (TIP) : pour travailler sur les relations, les deuils, les transitions de vie, conflits et isolements, souvent à l’origine des dépressions.
– Psychoéducation : informer le patient sur les symptômes de sevrage, les signes de rechute, et les stratégies d’auto-gestion. Exemple clinique :
Madame R., 38 ans, traitée par sertraline depuis 2 ans pour une dépression post-partum, souhaite arrêter son traitement. Son psychiatre lui propose un sevrage sur 8 semaines, associé à 10 séances de TCC. Pendant les séances, elle apprend à reconnaître les premiers signes de rechute (baisse d’énergie, rumination), à utiliser des techniques de pleine conscience, et à mobiliser son réseau de soutien. À la fin du sevrage, elle se sent plus confiante et outillée pour gérer d’éventuels stress futurs.

3. Les stratégies à éviter : arrêt brutal ou rapide

L’arrêt brutal ou rapide (en moins de 4 semaines) est fortement déconseillé, sauf en cas d’effets indésirables graves ou d’urgence médicale. Les risques sont :
– Syndrome de sevrage : maux de tête, nausées, vertiges, insomnie, irritabilité, sensations de « décharges électriques », anxiété.
– Rechute dépressive ou anxieuse : le risque est multiplié par 2 à 5 par rapport à un sevrage progressif.
– Perte de confiance dans les traitements : une mauvaise expérience peut rendre plus difficile la reprise d’un traitement en cas de besoin futur. Exemple clinique :
Monsieur D., 40 ans, arrête brutalement son traitement par paroxétine après avoir lu sur internet que « les antidépresseurs rendent dépendant ». Deux semaines plus tard, il consulte en urgence pour des vertiges, des nausées, et une anxiété intense. Son médecin lui explique qu’il s’agit d’un syndrome de sevrage, et lui propose une reprise à faible dose suivie d’un sevrage progressif, associé à un suivi psychologique. Après 3 mois, il parvient à arrêter sans symptôme.

Quels sont les symptômes de sevrage et comment les gérer ?

Les symptômes de sevrage aux antidépresseurs sont fréquents (15 à 30 % des patients), mais généralement bénins et transitoires s’ils sont bien gérés. Ils surviennent généralement dans les 1 à 10 jours suivant la réduction ou l’arrêt du traitement, et durent de quelques jours à quelques semaines. Symptômes les plus fréquents :
– Physiques : maux de tête, nausées, vertiges, fatigue, sensations de « décharges électriques », sueurs, insomnie.
– Psychiques : irritabilité, anxiété, labilité émotionnelle, cauchemars, difficulté de concentration. Comment les distinguer d’une rechute ?
– Les symptômes de sevrage apparaissent rapidement après la réduction/arrêt, et s’améliorent en reprenant une dose même faible.
– Les symptômes de rechute (tristesse, perte d’intérêt, culpabilité, idées noires) apparaissent plus progressivement, souvent après plusieurs semaines ou mois, et ne répondent pas à une simple reprise du traitement. Exemple clinique :
Madame K., 50 ans, réduit sa dose de fluoxétine de moitié. Trois jours plus tard, elle présente des vertiges et une irritabilité marquée. Son médecin lui explique qu’il s’agit probablement d’un syndrome de sevrage, et lui propose de revenir à la dose précédente pendant 1 semaine avant de reprendre la diminution plus lentement. Les symptômes disparaissent en 48h. Stratégies pour les atténuer :
– Ralentir le rythme de réduction : si des symptômes apparaissent, maintenir la dose actuelle jusqu’à leur disparition avant de reprendre la diminution.
– Hydratation et sommeil : boire suffisamment, éviter l’alcool et la caféine, maintenir un rythme de sommeil régulier.
– Techniques de relaxation : respiration profonde, méditation, yoga.
– Soutien médicamenteux ponctuel : en cas de symptômes sévères, un médecin peut prescrire un traitement symptomatique (ex : benzodiazépine à très courte durée en cas d’anxiété intense).

Cas particuliers et adaptations

1. Dépression récurrente ou chronique

Pour les patients ayant eu plusieurs épisodes dépressifs ou un traitement prolongé (plus de 2 ans), l’arrêt doit être encore plus prudent. Les recommandations sont :
– Durée de sevrage prolongée : 6 mois ou plus, avec des paliers de stabilisation.
– Soutien psychologique renforcé : TCC ou TIP sur plusieurs mois, voire thérapie de maintenance.
– Surveillance accrue : consultations mensuelles, auto-évaluation régulière des symptômes. Exemple clinique :
Monsieur P., 60 ans, traité depuis 10 ans pour une dépression récurrente, souhaite arrêter son traitement par duloxétine. Son psychiatre lui propose un sevrage sur 6 mois, avec un suivi mensuel et une TCC de maintenance. Un an après l’arrêt, il reste stable, mais un épisode de stress professionnel déclenche une rechute légère : une reprise temporaire du traitement et un renforcement de la TCC lui permettent de retrouver rapidement l’équilibre.

2. Grossesse ou désir de grossesse

L’arrêt ou la modification d’un traitement antidépresseur pendant la grossesse doit être discuté au cas par cas, en pesant les risques (rechute, impact sur la mère et l’enfant) et les bénéfices (éviter une exposition fœtale). Les stratégies possibles sont :
– Poursuite du traitement si la dépression est sévère ou récurrente.
– Switch vers une molécule à moindre risque (ex : sertraline, escitalopram) si nécessaire.
– Sevrage progressif avant la conception si la patiente est stable depuis longtemps. Exemple clinique :
Madame G., 32 ans, traitée par venlafaxine, souhaite un enfant. Son psychiatre et son gynécologue lui proposent un switch vers la sertraline, puis un sevrage progressif sur 3 mois avant la conception, avec un suivi rapproché. Elle parvient à arrêter son traitement sans rechute, et mène une grossesse sans complication.

3. Effets indésirables persistants

Certains patients souhaitent arrêter leur traitement en raison d’effets indésirables (prise de poids, dysfonction sexuelle, fatigue). Dans ce cas, il est possible de :
– Changer de molécule avant d’envisager l’arrêt, en choisissant un antidépresseur avec un profil d’effets secondaires plus adapté.
– Associer un traitement des effets indésirables (ex : bupropion pour les troubles sexuels sous ISRS).
– Proposer une alternative non médicamenteuse (TCC, luminothérapie, activité physique). Exemple clinique :
Monsieur S., 48 ans, traité par paroxétine, souffre de dysfonction érectile depuis le début du traitement. Son médecin lui propose un switch vers l’agomélatine, puis un sevrage progressif associé à une TCC centrée sur la gestion du stress et la sexualité. Après 6 mois, il est stabilisé sans traitement.

Conclusion : comment réussir l’arrêt de son antidépresseur ?

Arrêter un traitement antidépresseur est un processus qui doit être personnalisé, progressif et accompagné. Voici les étapes clés pour maximiser les chances de succès : 1. Consulter son médecin ou psychiatre : jamais d’arrêt sans avis médical.
2. Évaluer le bon moment : rémission stable, absence de stress majeur, soutien social.
3. Choisir une stratégie de sevrage progressif : sur plusieurs semaines ou mois, adaptée à la molécule et à l’histoire du patient.
4. Bénéficier d’un soutien psychologique : TCC, TIP, psychoéducation pour prévenir les rechutes.
5. Surveiller les symptômes : distinguer sevrage et rechute, ajuster le rythme si nécessaire.
6. Prévoir un plan de secours : savoir quand et comment reprendre un traitement si besoin. Ressources utiles :

Reconnaître les signes de rechute dépressive
Gérer l’anxiété pendant le sevrage

En résumé :
L’arrêt d’un antidépresseur n’est pas une fin en soi, mais une étape vers une stabilité durable. Avec une approche progressive, un accompagnement adapté, et une vigilance constante, il est possible de réussir cette transition en minimisant les risques. N’hésitez pas à en parler à votre médecin ou psychiatre pour un projet personnalisé.

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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.

 

Références scientifiques

– [The Lancet Psychiatry, 2025 : Comparison of antidepressant deprescribing strategies in individuals with clinically remitted depression: a systematic review and network meta-analysis](https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(25)00330-X/abstract)
– [Le Quotidien du Médecin : Comment arrêter les antidépresseurs ? Une méta-analyse met en avant le soutien psychologique](https://www.lequotidiendumedecin.fr/specialites/psychiatrie/comment-arreter-les-antidepresseurs-une-meta-analyse-met-en-avant-le-soutien-psychologique)
– [The Lancet Psychiatry, 2026 : Incidence of antidepressant discontinuation symptoms: a systematic review and meta-analysis](https://www.thelancet.com/journals/lanpsy/article/PIIS2215-0366(25)00330-X/abstract) Article rédigé par le Dr Nicolas Neveux, psychiatre à Paris, spécialisé en TCC et TIP. Dernière mise à jour : janvier 2026.


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