Craving: reconnaître et gérer

Vous voulez en savoir plus sur le craving ? Vous êtes sur la bonne page ! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face au craving.

Rédacteur « craving »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous

Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.

L’essentiel:

Qu’est-ce que le craving ?

Le craving, ou « envie compulsive », désigne un désir intense, souvent irrésistible, de consommer une substance (alcool, tabac, drogue) ou de réaliser un comportement (jeu, achats, alimentation), même lorsque la personne ne le souhaite pas à ce moment-là. Ce phénomène est au cœur des troubles addictifs, mais il peut aussi survenir dans d’autres contextes psychopathologiques, comme les troubles anxieux ou les épisodes dépressifs. Le craving n’est pas une simple envie passagère : il s’accompagne d’une tension psychique et parfois de symptômes physiques (transpiration, tremblements, tachycardie). Par exemple, un patient en sevrage tabagique peut décrire une sensation de « vide » ou d’irritabilité intense, ne trouvant de soulagement que dans la consommation d’une cigarette.

Cette expérience subjective est marquée par une détresse psychologique et une difficulté à l’exprimer avec des mots. Elle se distingue du sevrage aigu par sa persistance dans le temps, souvent bien après l’arrêt de la consommation, et par son lien plus direct avec les systèmes motivationnels du cerveau.

Le craving est aujourd’hui reconnu comme un composant central des addictions humaines, étant considéré comme un substrat motivationnel majeur à l’origine de la consommation compulsive et des comportements addictifs.

 

Défis conceptuels et historiques

Historiquement, la notion de craving a fait l’objet de nombreux débats. Par exemple :

  • Dans les années 1950, l’Organisation mondiale de la santé recommandait d’éviter le terme « craving » en raison de sa connotation négative en anglais, préférant des termes comme désir pathologique.

  • Le concept a été progressi­vement intégré dans les classifications modernes des troubles mentaux. Il figure aujourd’hui comme critère diagnostique majeur dans le DSM-5 pour les troubles liés à l’usage de substances.

Cependant, malgré cette reconnaissance, il n’existe pas de consensus universel sur la définition précise du craving, ce qui pose un défi pour la recherche et la pratique clinique.

Mesure du craving : un problème méthodologique

La mesure du craving est un véritable défi scientifique. L’absence de consensus a conduit au développement de multiples outils, très hétérogènes :

  • Échelles visuelles analogiques, permettant une évaluation rapide de l’intensité subjective du craving.

  • Questionnaires multi-items, permettant d’explorer différentes dimensions (affective, cognitive, motivationnelle, physiologique).

Ces différences rendent difficiles les comparaisons entre études et soulignent la complexité multidimensionnelle du phénomène.

Modèles théoriques du craving

Les chercheurs ont proposé plusieurs modèles pour expliquer le craving, sans qu’un modèle unique ne soit universellement adopté :

  1. Modèles comportementaux/classiques : Le craving est conçu comme une réponse conditionnée (automatique) à des stimuli associés à la substance (par exemple la vue d’un paquet de cigarettes).

  2. Modèles cognitifs : Le craving est considéré comme le produit de processus complexes de traitement de l’information (influences attentionnelles, pensées intrusives).

  3. Modèles psychobiologiques : Ils mettent l’accent sur des processus neurobiologiques, impliquant des circuits cérébraux de motivation et de récompense.

  4. Modèles motivationnels : Ils décrivent le craving comme lié à une dynamique d’ambivalence entre l’approche et l’évitement de la substance.

Chaque modèle apporte des éléments utiles selon le contexte (clinique, expérimental, thérapeutique), mais aucun ne rend complètement compte de la complexité du phénomène.

Mécanismes neurobiologiques du craving

Le craving implique plusieurs zones cérébrales, notamment le système de récompense (noyau accumbens, aire tegmentale ventrale) et le cortex préfrontal, responsable de la régulation des impulsions. Les neurotransmetteurs comme la dopamine jouent un rôle clé : leur libération est associée à la recherche de plaisir et à la motivation à consommer. Chez les personnes souffrant d’addiction, le cerveau devient hypersensible aux stimuli liés à la substance ou au comportement addictif. Ainsi, un ancien alcoolique peut ressentir un craving intense en passant devant un bar ou en voyant une bouteille d’alcool à la télévision.

Exemple clinique : le craving dans l’alcoolodépendance

Monsieur L., 45 ans, en sevrage alcoolique depuis trois mois, consulte pour des épisodes de craving intenses. Il décrit une « obsession » pour l’alcool, surtout le soir, avec des pensées intrusives du type : « Une bière me ferait du bien ». Ces épisodes s’accompagnent de sueurs, de palpitations, et d’une anxiété diffuse. L’examen clinique révèle une hyperactivité du système nerveux autonome, typique du craving. La prise en charge combine une thérapie cognitivo-comportementale (TCC) pour identifier et modifier les pensées automatiques, et un traitement médicamenteux (acamprosate) pour réduire l’envie compulsive.

Craving et troubles psychiatriques associés

Le craving ne se limite pas aux addictions. Il peut aussi survenir dans d’autres troubles psychiatriques, où il reflète une recherche de soulagement face à une souffrance psychique.

Craving et dépression

Dans la dépression, le craving peut se manifester par une envie compulsive de sucre, de sommeil, ou même de comportements autodestructeurs. Par exemple, Madame T., 32 ans, dépressive, décrit un besoin impérieux de manger des gâteaux en fin de journée, qu’elle associe à un « vide émotionnel ».

Craving et troubles anxieux

Les personnes souffrant de troubles anxieux peuvent développer un craving pour des substances ou comportements perçus comme anxiolytiques. Ainsi, un patient phobique social peut ressentir une envie compulsive de boire avant une situation sociale, pour « se donner du courage ».

Craving et troubles du comportement alimentaire

Dans les troubles du comportement alimentaire, le craving se manifeste souvent par des crises de boulimie ou une restriction alimentaire extrême. Mademoiselle S., 20 ans, boulimique, décrit une « pression interne » avant ses crises, qu’elle ne peut soulager qu’en mangeant de grandes quantités de nourriture.

Le craving a un double intérêt clinique

Diagnostic

Du point de vue diagnostique, le craving fait désormais partie des critères du trouble de l’usage de substance dans les classifications internationales modernes comme le DSM-5 et la CIM.

Traitement

Le craving est souvent associé à la rechute lors des tentatives d’abstinence. Par conséquent, il représente une cible thérapeutique privilégiée, tant en psychothérapie qu’en pharmacothérapie.

La relation entre craving et rechute est complexe :

  • Dans certaines conditions, le craving est directement associé à une rechute, notamment lorsqu’il est mesuré près du moment de consommation potentiel.

  • D’autres études montrent que cette association dépend de la méthode de mesure et des facteurs individuels et environnementaux.

Cette variabilité indique que le craving peut être un indicateur pronostique utile, mais qu’il ne prédit pas de façon absolue la rechute chez tous les individus.

Des médicaments anti-craving ont ainsi été développés (ex. naltrexone, acamprosate) pour réduire les envies chez les personnes dépendantes à l’alcool ou à d’autres substances.

Comment évaluer le craving ?

L’évaluation du craving repose sur :
– L’entretien clinique : le médecin ou psychiatre interroge le patient sur l’intensité, la fréquence et les déclencheurs du craving.
– Les échelles d’évaluation : comme la Visual Analog Scale (VAS) ou le Questionnaire de Craving de Tiffany.
– L’observation des comportements : par exemple, la capacité à résister à l’envie compulsive.

Exemple clinique : évaluation du craving chez un joueur pathologique

Monsieur D., 35 ans, joueur pathologique, consulte pour des envies irrésistibles de jouer aux machines à sous. L’évaluation révèle un craving déclenché par le stress et l’ennui, avec une intensité maximale le week-end. La TCC permet d’identifier ces déclencheurs et de mettre en place des stratégies d’évitement et de gestion du stress.

 

Paradigmes expérimentaux pour étudier le craving

Différents paradigmes permettent d’induire et de mesurer le craving en conditions expérimentales :

a) Réactivité aux stimuli associés (cue reactivity)

Les stimuli associés à la substance (photos, objets, vidéos) peuvent provoquer une augmentation du craving, même en l’absence de la substance elle-même.

b) Stress et émotions négatives

Des conditions stressantes ou des affects négatifs peuvent eux aussi déclencher du craving chez les sujets dépendants.

c) Exposition à la substance

La réintroduction, même minimale, de la substance peut induire du craving et réinstaller des comportements de consommation.

Prise en charge du craving

craving traiter soigner par la TCC et la TIP
La prise en charge du craving est multidisciplinaire et combine :
– Thérapies cognitivo-comportementales (TCC) : pour modifier les pensées et comportements liés au craving.
– Traitements médicamenteux : comme les agonistes dopaminergiques ou les antidépresseurs, selon la pathologie sous-jacente.
– Stratégies de prévention de la rechute : apprentissage de la gestion du stress, techniques de pleine conscience.

Exemple clinique : prise en charge du craving tabagique

Madame R., 50 ans, fumeuse depuis 30 ans, souhaite arrêter. Le craving survient surtout après les repas. La TCC l’aide à remplacer ce rituel par une marche ou une infusion, tandis qu’un traitement par substituts nicotiniques réduit l’intensité des envies.

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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094

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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue. Souhaitez-vous que j’approfondisse un aspect particulier du craving, ou que j’ajoute des exemples cliniques supplémentaires ?


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