Deuil blanc: reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur le deuil blanc? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face au deuil blanc.
Rédacteur « deuil blanc »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut se complqiuer de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La psychothérapie est indiquée en première intention en absence de complication. La TCC et la TIP sont très utiles dans cette situation.
Qu’est-ce que le deuil blanc ? Définition et spécificités
Le deuil blanc désigne l’ensemble des réactions émotionnelles et psychologiques vécues par les proches d’une personne atteinte de troubles neurocognitifs (maladie d’Alzheimer, Parkinson, démence, etc.), alors que celle-ci est toujours physiquement présente mais perd progressivement ses capacités mentales, affectives et relationnelles. Contrairement au deuil classique, qui survient après un décès, le deuil blanc s’installe dès que la personnalité, la mémoire et la réciprocité affective du proche s’effacent, bien que son corps soit encore là. Ce concept, développé dans les années 1990 par le psychiatre suisse Italo Simeone, met en lumière une souffrance souvent méconnue : celle de devoir « perdre » un être cher tout en continuant à le côtoyer au quotidien. Les aidants doivent ainsi faire le deuil de la relation telle qu’elle existait, des projets communs, et parfois même de la reconnaissance mutuelle.
Exemple clinique :
Madame L., 68 ans, accompagne son mari atteint de la maladie d’Alzheimer depuis 5 ans. Elle raconte : « Il est assis à côté de moi, mais il ne me reconnaît plus. Il ne se souvient plus de notre mariage, de nos enfants. Je lui parle, il me sourit parfois, mais je sens qu’il n’est plus vraiment là. Je pleure souvent en rentrant de l’EHPAD, car je ne sais plus qui il est. » Ce témoignage illustre la double présence/absence caractéristique du deuil blanc.
Deuil blanc et troubles neurocognitifs : un lien indissociable
Le deuil blanc est particulièrement associé aux maladies neurodégénératives, comme Alzheimer, Parkinson, ou les démences vasculaires. Ces pathologies entraînent une altération progressive des fonctions cognitives (mémoire, langage, raisonnement), mais aussi des changements de personnalité et de comportement. Pour les proches, cela signifie la disparition lente de la personne qu’ils ont connue, remplacée par un individu dont les réactions et les besoins deviennent étrangers.
Exemple clinique :
Monsieur T., 72 ans, ancien professeur de mathématiques, ne reconnaît plus les chiffres ni ses petits-enfants. Sa fille, aidante principale, explique : « Mon père était un homme brillant, rigoureux. Aujourd’hui, il ne comprend plus ce qu’on lui dit, il se met en colère sans raison. Je dois lui répéter 10 fois la même chose. Je fais le deuil de l’homme qu’il était, tout en m’occupant de lui. »
Les symptômes du deuil blanc
Les manifestations du deuil blanc sont multiples et varient selon les individus. On retrouve souvent :
– Tristesse profonde et larmes fréquentes (surtout lors de la prise de conscience des pertes successives)
– Colère et irritabilité (face à l’injustice de la maladie, à l’impuissance ressentie)
– Culpabilité (vis-à-vis des pensées négatives ou de l’épuisement)
– Sentiment de solitude et d’incompréhension (l’entourage ne mesure pas toujours cette souffrance « invisible »)
– Fatigue physique et mentale (liée au stress chronique de l’accompagnement)
– Désespoir et idées dépressives (surtout si l’aidant ne se sent pas soutenu) Exemple clinique :
Sophie, 45 ans, aidante de sa mère atteinte de démence fronto-temporale, décrit : « Je me sens coupable de m’énerver quand elle répète 50 fois la même question. Je me dis que ce n’est pas sa faute, mais je n’en peux plus. La nuit, je fais des cauchemars où elle disparaît. »
Différence entre deuil blanc et deuil classique
Le deuil blanc se distingue du deuil « traditionnel » sur plusieurs points :
– Absence de rituel social : pas de funérailles, pas de reconnaissance officielle de la perte.
– Ambigüité de la situation : le proche est à la fois présent et absent, ce qui rend le processus de deuil plus complexe.
– Caractère progressif et répétitif : chaque nouvelle perte (mémoire, autonomie, reconnaissance) réactive la souffrance.
– Difficulté à « tourner la page » : l’aidant doit continuer à s’occuper de la personne, sans pouvoir « faire son deuil » définitivement.
Exemple clinique :
Claire, dont le mari est atteint de Parkinson, confie : « Quand ma belle-mère est décédée, tout le monde est venu me soutenir. Là, personne ne comprend que je pleure mon mari alors qu’il est encore en vie. On me dit : ‘Tu devrais être heureuse qu’il soit là’. »
Les deux modèles de deuil blanc : intuitif et instrumental
Les chercheurs distinguent deux façons de vivre le deuil blanc :
– Le deuil intuitif : l’aidant exprime ouvertement ses émotions (pleurs, partage de sa souffrance, recherche de soutien).
– Le deuil instrumental : l’aidant rationalise, se concentre sur les tâches pratiques, évite de parler de ses sentiments. Exemple clinique :
Jean, 70 ans, s’occupe de son épouse Alzheimer. Il explique : « Moi, je ne pleure pas. Je me concentre sur les rendez-vous, les médicaments, les exercices. Si je commence à y penser, je ne tiendrai pas. » À l’inverse, sa fille, venue l’aider, s’effondre régulièrement : « Je ne peux pas m’empêcher de pleurer quand elle ne me reconnaît plus. »
Prise en charge et accompagnement du deuil blanc
La prise en charge du deuil blanc repose sur plusieurs piliers :
– La psychoéducation : comprendre que ce qu’on ressent est normal et partagé par d’autres aidants.
– Le soutien psychologique : thérapies individuelles (TCC, TIP) ou groupes de parole pour exprimer sa souffrance et trouver des stratégies d’adaptation.
– L’accompagnement social : aide à domicile, répit pour les aidants, associations spécialisées (France Alzheimer, etc.).
– La prise en charge des complications : si le deuil blanc entraîne une dépression ou un trouble anxieux, un suivi psychiatrique et/ou médicamenteux peut être nécessaire.
Exemple clinique :
Après 3 ans d’accompagnement de son père Alzheimer, Marc, 50 ans, consulte pour un état dépressif. Son psychiatre lui propose une TCC centrée sur la gestion des émotions et la restructuration cognitive, ainsi qu’un groupe de parole pour aidants. « Ça m’a sauvé, dit-il. Je me sentais seul, maintenant je sais que d’autres vivent la même chose. »
Rôle des thérapies TCC et TIP dans le deuil blanc
Les Thérapies Cognitives et Comportementales (TCC) et la Thérapie Interpersonnelle (TIP) sont particulièrement adaptées pour accompagner les aidants en deuil blanc. Elles permettent de :
– gérer le deuil par anticipation (ce qui est l’un des axes spécifiques de la TIP).
– Identifier et modifier les pensées dysfonctionnelles (« Je ne suis pas à la hauteur », « Je ne devrais pas me plaindre »).
– Développer des stratégies de coping (gestion du stress, communication adaptée avec le proche malade).
– Retrouver un équilibre entre le rôle d’aidant et la préservation de sa propre santé mentale.
Comment vivre au quotidien avec un deuil blanc ?
Quelques pistes pour mieux traverser cette épreuve :
– Accepter ses émotions : ne pas culpabiliser de ressentir de la colère, de la tristesse ou de l’épuisement.
– Créer de nouveaux rituels : maintenir un lien affectif avec le proche, même s’il est différent (musique, photos, caresses).
– Demander de l’aide : ne pas hésiter à solliciter les associations, les professionnels, ou l’entourage.
– Prendre soin de soi : préserver des moments de répit, consulter un psychothérapeute si nécessaire. Exemple clinique :
Hélène, aidante de sa mère Alzheimer, a mis en place un « carnet de souvenirs » où elle note les petits moments de connexion : « Un jour, elle a chanté une chanson de son enfance. Ça n’a duré que quelques minutes, mais ça m’a redonné de l’espoir. »
Venir au cabinet à Paris
Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
- Métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7-14-15-16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1-2-8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre).
- RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…).
- Bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois).
Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.
Pour aller plus loin :
– [Société Alzheimer du Canada – Ressource sur le deuil blanc](https://alzheimer.ca/fr/les-aides-et-le-soutien/un-ami-ou-un-membre-de-ma-famille-est-atteint-dun-trouble-neurocognitif-4)
– [France Alzheimer – Comment faire face au deuil blanc ?](https://www.francealzheimer.org/comment-faire-face-au-deuil-blanc/) N’hésitez pas à partager votre expérience ou à poser vos questions en commentaire. Comment vivez-vous, ou avez-vous vécu, cette épreuve ?
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Mail: dr.neveux@gmail.com (à privilégier+++)
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Au cabinet: 9 rue Troyon 75017 Paris
NB: Pas de consultation par mail ou téléphone. Les messages ne sont pas consultés hors jours et heures ouvrables. En cas d’urgence, contacter le SAMU (15)





