Phobie des serpents: reconnaître et gérer

Vous voulez en savoir plus sur la phobie des serpents ? Vous êtes sur la bonne page ! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face à la phobie des serpents.

Rédacteur: Dr Nicolas Neveux,
Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP),
mail: dr.neveux@gmail.com

Sources: Dr Jean Cottraux, Les thérapies comportementales et cognitives,
L’essentiel:

  • Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…)
  • Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge
  • La TCC est le traitement indiqué en première intention

 

Qu’est-ce que la phobie des serpents ?

La phobie des serpents, appelée ophiophobie ou ophidiophobie, se définit comme une peur excessive, démesurée et irrationnelle des serpents, même inoffensifs comme les couleuvres. Cette phobie spécifique fait partie des troubles anxieux les plus répandus dans le monde : selon les études, 1 personne sur 3 ressent une forme d’aversion, et 2 à 3 % de la population générale souffre d’une phobie clinique avérée, avec des réactions disproportionnées pouvant aller jusqu’à la crise de panique à la simple vue ou évocation d’un serpent. Contrairement à une simple appréhension, l’ophiophobie entraîne une anticipation anxieuse, un évitement actif des lieux où des serpents pourraient se trouver (parcs, jardins, zoos, régions rurales), et des symptômes physiques intenses : accélération du rythme cardiaque, transpiration, nausées, vertiges, voire évanouissement.

Exemple clinique

Sophie, 32 ans, évite depuis l’adolescence toute sortie en forêt ou en campagne, même en groupe. Lors d’une randonnée organisée par son entreprise, elle a fait une crise d’angoisse en apercevant un bâton sinueux sur le sol, qu’elle a confondu avec un serpent. Depuis, elle refuse toute activité en plein air et a développé des troubles du sommeil, craignant de croiser un serpent même en ville.

Origines et causes de la phobie des serpents

1. Une peur ancrée dans notre évolution

Des études en psychologie évolutionniste et en neurosciences suggèrent que la peur des serpents pourrait être innée, transmise génétiquement depuis la préhistoire. Nos ancêtres, exposés à des serpents venimeux, ont développé une vigilance instinctive pour détecter rapidement ces prédateurs, ce qui a favorisé leur survie. Des expériences montrent que même des bébés de 6 à 9 mois réagissent plus vite à l’image d’un serpent qu’à celle d’un animal inoffensif, sans avoir jamais été en contact avec un reptile. > Exemple clinique : Lors d’une étude menée par des chercheurs du CNRS, des enfants de 4 ans ont été exposés à des images d’animaux. Les serpents ont déclenché une réaction de vigilance accrue et une détresse visible chez la majorité d’entre eux, alors que les images de lapins ou d’oiseaux ne provoquaient aucune réaction.

2. Facteurs psychologiques et environnementaux

– Expériences traumatisantes : Une rencontre effrayante avec un serpent dans l’enfance (morsure, surprise, réaction de panique d’un proche) peut marquer durablement et déclencher une phobie.
– Apprentissage social : Les réactions de peur des parents ou de l’entourage face aux serpents peuvent être imitées par l’enfant, même sans expérience directe.
– Influences culturelles et médiatiques : Dans de nombreuses cultures, le serpent est associé au mal, à la trahison, ou à la mort (ex. : le serpent tentateur dans la Bible). Les films et les médias renforcent souvent cette image négative. > Exemple clinique : Marc, 45 ans, se souvient que sa mère hurlait et s’enfuyait à chaque fois qu’elle voyait un serpent, même à la télévision. Aujourd’hui, il présente les mêmes réactions et ne peut pas regarder un documentaire animalier sans ressentir une angoisse intense.

3. Mécanismes cérébraux

Des recherches en imagerie cérébrale ont identifié des neurones spécialisés dans le thalamus (noyaux du pulvinar) qui réagissent spécifiquement à la forme des serpents, même chez les primates n’ayant jamais vu de serpent. Cette détection ultra-rapide expliquerait pourquoi nous repérons un serpent plus vite que d’autres objets dans notre environnement.

Symptômes et diagnostic

Critères diagnostiques (DSM-5)

Pour parler de phobie spécifique, les critères suivants doivent être remplis :
– Peur ou anxiété intense en présence ou à l’évocation d’un serpent.
– Réaction immédiate (souvent en moins d’une minute).
– Évitement actif ou endurance avec une détresse intense.
– Impact significatif sur la vie quotidienne, professionnelle ou sociale.
– Durée d’au moins 6 mois.
– Exclusion d’autres troubles (anxiété généralisée, trouble panique, etc.).

Manifestations physiques et psychologiques

– Symptômes physiques : Palpitations, sueurs, tremblements, sensation d’étouffement, douleurs thoraciques, nausées, évanouissement.
– Symptômes psychologiques : Crainte de perdre le contrôle, peur de mourir, honte, culpabilité, sentiment d’impuissance.
– Comportements d’évitement : Refus de se rendre dans des lieux naturels, vérifications compulsives (sous les meubles, dans les buissons), restriction des activités de loisirs ou des voyages. > Exemple clinique : Caroline, 28 ans, a annulé un voyage en Thaïlande, destination qu’elle rêvait de visiter, après avoir appris que des serpents pouvaient se trouver dans les temples ou les jardins. Elle a développé des cauchemars récurrents et une dépression légère en raison de cette frustration.

Impact sur la vie quotidienne

La phobie des serpents peut limiter considérablement la qualité de vie :
– Restrictions professionnelles : Difficulté à travailler dans des environnements ruraux, agricoles, ou liés à la biologie.
– Isolement social : Refus des invitations en plein air, tensions familiales ou conjugales liées à l’évitement.
– Troubles associés : Anxiété généralisée, dépression, autres phobies (herpétophobie, peur des insectes), troubles du sommeil, idées suicidaires dans les cas extrêmes. > Exemple clinique : Thomas, agriculteur, a dû abandonner son métier après avoir croisé un serpent dans son champ. Il a développé un syndrome dépressif et une phobie sociale, craignant le jugement de ses proches.

Traitements et prise en charge

1. Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC)

La TCC est le traitement de référence pour les phobies spécifiques, avec un taux de succès élevé. Elle repose sur :
– L’exposition progressive : Le patient est confronté à sa peur de manière contrôlée, en commençant par des images, puis des vidéos, avant d’envisager une rencontre réelle avec un serpent inoffensif.
– La restructuration cognitive : Identification et modification des pensées irrationnelles (« Tous les serpents sont dangereux », « Je vais mourir si j’en vois un »).
– Techniques de relaxation : Respiration, méditation, pleine conscience pour gérer l’anxiété. > Exemple clinique : Après 12 séances de TCC, Julie, 24 ans, a pu toucher un serpent non venimeux dans un vivarium, alors qu’elle ne supportait pas auparavant de voir une photo. Elle a repris ses randonnées et note une amélioration significative de son bien-être.

2. Autres approches thérapeutiques

– Hypnose : Pour explorer l’origine de la phobie et modifier les réponses émotionnelles.
– Réalité virtuelle : Exposition sécurisée à des serpents virtuels, validée par de nombreuses études.
– Médication : Anxiolytiques ou antidépresseurs peuvent être prescrits en complément, surtout en cas de détresse majeure.

3. Prévention et gestion au quotidien

– Éducation : Apprendre à distinguer les serpents dangereux des inoffensifs, comprendre leur rôle écologique.
– Gestion du stress : Techniques de respiration, sport, yoga.
– Soutien familial : Impliquer l’entourage pour éviter les moqueries ou les pressions, qui aggravent souvent la phobie.

Conseils pratiques pour les proches

– Ne pas minimiser la peur : Dire « Ce n’est rien, c’est dans ta tête » peut renforcer la honte et l’isolement.
– Encourager sans forcer : Proposer un accompagnement progressif, sans confrontation brutale.
– Informer : Partager des documentaires ou des livres sur les serpents pour dédramatiser leur image. — Quand consulter ? Il est urgent de consulter un professionnel (psychiatre, psychologue) si :
– La phobie empêche de vivre normalement (travail, loisirs, relations).
– Des symptômes dépressifs ou des idées noires apparaissent.
– L’évitement s’étend à d’autres situations (peur de sortir, agoraphobie). —

Épidémiologie chez l’enfant et l’adolescent

La phobie des serpents touche autant les enfants que les adultes, avec une prévalence similaire chez les garçons et les filles avant la puberté. Chez l’adolescent, elle peut s’aggraver en raison de la peur du jugement et de l’anticipation anxieuse liée à l’autonomie croissante.

Exemple clinique : Lucas, 15 ans, a développé une phobie après avoir vu un serpent mort sur la route. Il refuse désormais de prendre le bus scolaire, craignant d’en croiser un dans les haies, et ses résultats scolaires ont chuté.

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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.


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