Le cyclothymie: reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur la cyclothymie? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face à la cyclothymie.
Rédacteur « cyclothymie »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP),
mail: dr.neveux@gmail.com;prendre rendez-vous
Sources:Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga.; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que la cyclothymie ? Définition et critères diagnostiques
La cyclothymie, ou trouble cyclothymique, est un trouble chronique de l’humeur caractérisé par des fluctuations persistantes entre des périodes d’hypomanie (états d’excitation légère) et des épisodes dépressifs modérés. Contrairement au trouble bipolaire, les symptômes de la cyclothymie ne sont pas assez sévères pour répondre aux critères d’un épisode maniaque, hypomaniaque ou dépressif majeur, mais leur persistance (au moins deux ans chez l’adulte, un an chez l’enfant et l’adolescent) et leur impact sur la vie quotidienne en font une pathologie à part entière. Exemple clinique : Sophie, 32 ans, consulte pour des sautes d’humeur qu’elle décrit comme « une montagne russe émotionnelle ». Pendant quelques jours, elle se sent invincible, parle vite, multiplie les projets professionnels et sociaux, puis s’effondre dans un état de fatigue et de découragement, sans raison apparente. Ces cycles se répètent depuis l’adolescence, mais Sophie n’a jamais consulté, pensant que c’était « juste son caractère ».
Critères diagnostiques selon le DSM-5
Pour poser le diagnostic de cyclothymie, le professionnel de santé s’appuie sur les critères suivants :
– Présence, pendant au moins deux ans (un an chez l’enfant/adolescent), de nombreuses périodes de symptômes hypomaniaques et dépressifs, sans jamais atteindre l’intensité d’un épisode maniaque, hypomaniaque ou dépressif majeur.
– Les symptômes sont présents pendant plus de la moitié du temps et entraînent une souffrance cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
– Les symptômes ne sont pas mieux expliqués par un autre trouble mental (schizophrénie, trouble schizoaffectif, etc.) ou une affection médicale générale (hyperthyroïdie, etc.).
Symptômes de la cyclothymie : comment les reconnaître ?
Les symptômes de la cyclothymie oscillent entre deux pôles : l’hypomanie et la dépression légère. Ces variations sont souvent perçues comme des traits de caractère, ce qui retarde le diagnostic.
Phases d’hypomanie
Pendant les phases d’hypomanie, la personne peut présenter :
– Une énergie accrue, une réduction du besoin de sommeil.
– Une pensée accélérée, une volubilité, des idées qui fusent.
– Une estime de soi exagérée, une prise de risques (dépenses excessives, conduites dangereuses, etc.).
– Une irritabilité ou une impatience, surtout si ses projets sont contrariés. Exemple clinique : Thomas, 28 ans, passe des nuits à travailler sur un projet entrepreneurial, persuadé qu’il va révolutionner son secteur. Il parle sans s’arrêter, dépense sans compter, puis s’effondre en larmes quand un partenaire lui oppose un refus, se sentant « nul et incapable ».
Phases dépressives
Les phases dépressives se manifestent par :
– Une tristesse persistante, un sentiment de vide ou de désespoir.
– Une perte d’intérêt pour les activités habituellement plaisantes.
– Une fatigue importante, des difficultés de concentration, des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie).
– Une irritabilité, une sensibilité accrue au rejet ou à la critique. Exemple clinique : Après une phase d’hyperactivité, Clara, 25 ans, s’isole, pleure sans raison, néglige son travail et ses relations, se sentant « lourde et inutile ». Ces épisodes durent quelques jours à quelques semaines, puis elle « remonte » spontanément, sans comprendre pourquoi.
États mixtes et comorbidités
Certaines personnes cyclothymiques vivent des états mixtes, où symptômes dépressifs et hypomaniaques coexistent (ex. : agitation + tristesse, irritabilité + fatigue). La cyclothymie est aussi fréquemment associée à d’autres troubles : troubles anxieux, dépression, addictions, troubles du comportement alimentaire.
Causes et facteurs de risque de la cyclothymie
La cyclothymie résulte d’une interaction complexe entre facteurs biologiques, génétiques et environnementaux.
Facteurs biologiques et génétiques
– Hérédité : La présence de troubles de l’humeur (bipolarité, dépression, cyclothymie) chez les parents au premier degré augmente significativement le risque.
– Neurotransmetteurs : Un déséquilibre en dopamine (régulation de l’humeur, motivation) et glutamate (mémoire émotionnelle) est souvent impliqué.
– Fonctionnement cérébral : Des anomalies dans les circuits émotionnels du cerveau (amygdale, cortex préfrontal) sont observées. Exemple clinique : Dans la famille de Julien, plusieurs membres ont des antécédents de dépression ou de bipolarité. Lui-même présente des sautes d’humeur depuis l’enfance, avec des phases de grande créativité suivies de repli social.
Facteurs psychologiques et environnementaux
– Enfance et attachement : Les traumatismes précoces (abus, négligence, deuil) ou une éducation instable favorisent la survenue de la cyclothymie.
– Stress chronique : Les événements de vie stressants (rupture, licenciement, pression professionnelle) peuvent déclencher ou aggraver les symptômes.
– Tempérament : Les personnes hypersensibles, émotionnellement réactives, sont plus vulnérables.
Diagnostic différentiel : ne pas confondre cyclothymie et autres troubles
Le diagnostic de cyclothymie est souvent difficile, car ses symptômes peuvent évoquer d’autres pathologies : – Trouble bipolaire : Les épisodes maniaques ou dépressifs majeurs sont absents dans la cyclothymie, mais 15 à 50% des cyclothymiques évoluent vers un trouble bipolaire.
– Trouble de la personnalité borderline : L’instabilité émotionnelle est commune, mais le borderline s’accompagne de peur de l’abandon, de comportements auto-destructeurs et d’une identité perturbée.
– Dépression récurrente : La cyclothymie alterne avec des phases d’hypomanie, absentes dans la dépression unipolaire.
– Trouble dépressif persistant (dysthymie) : La dysthymie est une dépression chronique légère, sans phases d’hypomanie.
– TDAH : L’impulsivité et l’hyperactivité peuvent mimer l’hypomanie, mais le TDAH ne présente pas de phases dépressives cycliques. Exemple clinique : Emma, 20 ans, a été diagnostiquée borderline pendant des années, en raison de ses relations chaotiques et de ses automutilations. Un suivi attentif révèle des phases d’hyperproductivité et d’euphorie, conduisant à un diagnostic de cyclothymie avec traits borderlines.
Impact de la cyclothymie sur la vie quotidienne
La cyclothymie perturbe profondément la qualité de vie, les relations et le fonctionnement professionnel.
Vie professionnelle
– Instabilité : Les phases d’hypomanie peuvent booster la créativité et la productivité, mais les phases dépressives entraînent absences, retards, baisse de performance.
– Conflits : L’irritabilité et l’impulsivité génèrent des tensions avec les collègues ou la hiérarchie. Exemple clinique : Marc, cadre commercial, alterne entre des semaines où il signe des contrats record et des périodes où il s’isole, évite les réunions, et rumine des idées noires. Ses supérieurs le trouvent « imprévisible ».
Vie affective et familiale
– Relations instables : Les proches ont du mal à suivre les changements d’humeur, ce qui génère incompréhensions, conflits, ruptures.
– Dépendance affective : La peur de l’abandon et la sensibilité au rejet sont fréquentes. Exemple clinique : Après une dispute mineure, Léa, cyclothymique, sombre dans une crise de larmes, accusant son partenaire de ne pas l’aimer. Quelques jours plus tard, elle organise une fête surprise pour lui, comme si rien ne s’était passé.
Risques associés
– Addictions : Pour « gérer » leurs émotions, certains cyclothymiques consomment alcool, drogues, ou développent des troubles du comportement alimentaire.
– Suicide : Le risque suicidaire est accru, surtout en cas de comorbidité dépressive ou d’isolement.
Traitements de la cyclothymie : quelles solutions ?
La prise en charge de la cyclothymie repose sur une combinaison de traitements médicamenteux et de psychothérapies.
Traitements médicamenteux
– Stabilisateurs d’humeur : Le lithium et certains anticonvulsivants (valproate, lamotrigine) sont prescrits pour réduire l’amplitude des cycles.
– Antipsychotiques atypiques : En cas d’agitation ou d’irritabilité marquée.
– Précautions : Les antidépresseurs sont à éviter seuls, car ils peuvent déclencher des virages hypomaniaques.
Psychothérapies
– Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : La TCC aide à identifier et modifier les pensées et comportements problématiques, à stabiliser les rythmes de vie, et à mieux gérer le stress.
– Psychoéducation : Comprendre sa maladie, repérer les signes avant-coureurs, adapter son hygiène de vie.
– Thérapies interpersonnelles : Pour améliorer la communication et les relations.
– Thérapies complémentaires : Mindfulness, art-thérapie, luminothérapie peuvent être utiles. Exemple clinique : Après un diagnostic de cyclothymie, Antoine suit une TCC et prend un stabilisateur d’humeur. Il apprend à repérer ses phases d’hypomanie (dépenses impulsives, nuits blanches) et à les modérer, tandis que les phases dépressives deviennent moins profondes et plus courtes.
Hygiène de vie et prévention des rechutes
– Rythmes réguliers : Heures de coucher et de lever fixes, repas équilibrés, activité physique modérée.
– Gestion du stress : Techniques de relaxation, méditation, limitation des excitants (café, alcool).
– Soutien social : Impliquer l’entourage dans la compréhension du trouble.
Épidémiologie : qui est touché par la cyclothymie ?
La cyclothymie touche environ 0,4 à 6% de la population générale, avec une prévalence plus élevée parmi les dépressifs consultant en psychiatrie (jusqu’à 50%). Elle débute souvent à l’adolescence ou chez le jeune adulte, mais peut aussi apparaître dans l’enfance, où elle est parfois confondue avec un tempérament difficile ou un TDAH.
Chez l’enfant et l’adolescent
Les symptômes sont souvent moins nets : irritabilité, sautes d’humeur, difficultés scolaires, troubles du sommeil. Le diagnostic est complexe, car les enfants cyclothymiques sont parfois perçus comme « capricieux » ou « hyperactifs ».
Chez l’adulte
La cyclothymie est aussi fréquente chez les hommes que chez les femmes, mais ces dernières consultent plus souvent. Le trouble est sous-diagnostiqué, car les patients minimisent leurs symptômes ou les attribuent à des causes externes.
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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
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« ` — Pour aller plus loin :
– [Trouble bipolaire : symptômes et prise en charge](https://e-psychiatrie.fr/situations-ou-appeler-a-laide/depression-symptome-episode-depressif-majeur-tristesse-perte-envie-angoisse-anxiete-idee-noire-suicidaire-souffrance-travail-probleme-couple-conflit-deuil-chomage-trouble-bipolaire-antidepresseur-irs/)
– [Thérapie cognitive et comportementale (TCC) : comment ça marche ?](https://e-psychiatrie.fr/tcc-psy-paris/)
– [Anxiété et troubles de l’humeur : comment les différencier ?](https://e-psychiatrie.fr/situations-ou-appeler-a-laide/trouble-anxieux-comment-les-reconnaitre/) — Références scientifiques :
– DSM-5, American Psychiatric Association, 2022.
– Hantouche E., Trybou V., « Vivre heureux avec des Hauts et des Bas », Odile Jacob, 2011.
– Akiskal HS, « The Prevalence and Disability of Bipolar Spectrum Disorders in the US Population », 2007. — Remarque : Cet article est destiné à informer et ne remplace pas une consultation médicale. Si vous pensez souffrir de cyclothymie, consultez un professionnel de santé mentale pour une évaluation personnalisée. —
Question pour ouvrir le dialogue : Avez-vous déjà observé des fluctuations d’humeur chez vous ou un proche, et si oui, comment les gérez-vous au quotidien ?
Auteur
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