Manque d’envie: reconnaître et gérer

Vous voulez en savoir plus sur le manque d’envie? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face au manque d’envie.

Rédacteur « manque d’envie »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.

L’essentiel:

  • Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
  • Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
  • La TCC est le traitement indiqué en première intention.

Le manque d’envie ou anhédonie : définition et mécanismes

Le manque d’envie, ou anhédonie, désigne l’incapacité à ressentir du plaisir ou de l’intérêt pour des activités autrefois appréciées. Ce symptôme, souvent méconnu du grand public, est pourtant central dans de nombreuses pathologies psychiatriques, notamment la dépression, la schizophrénie, ou encore les troubles anxieux. L’anhédonie ne se limite pas à une simple baisse de motivation : elle reflète un dysfonctionnement profond des circuits cérébraux de la récompense, en particulier la voie méso-limbique, où la dopamine joue un rôle clé. Les neurones dopaminergiques du mésencéphale, responsables de la motivation et du plaisir, voient leur activité perturbée, notamment en situation de stress chronique ou de traumatisme répété. Exemple clinique : Un patient de 35 ans, anciennement passionné de musique et de randonnée, consulte pour une perte totale d’intérêt pour ces activités depuis plusieurs mois. Il décrit une sensation de « vide émotionnel », même face à des événements normalement joyeux (naissance d’un neveu, promotion professionnelle). L’évaluation révèle une anhédonie sévère, associée à un épisode dépressif majeur. L’imagerie cérébrale montre une hypoactivité du striatum ventral, région clé du circuit de la récompense.

Les différentes formes d’anhédonie

L’anhédonie se décline en plusieurs dimensions, chacune reflétant un aspect spécifique du déficit hédonique : – Anhédonie sociale : Perte d’intérêt pour les interactions humaines, les relations amicales ou familiales. Le patient évite les contacts, non par peur (comme dans l’anxiété sociale), mais par absence de plaisir ou de motivation.
– Anhédonie physique : Incapacité à apprécier les sensations corporelles agréables (alimentation, sexualité, contact physique).
– Anhédonie de motivation : Difficulté à initier ou à maintenir une activité, même si celle-ci est perçue comme potentiellement plaisante. Ce type d’anhédonie est particulièrement lié à des altérations de la voie dopaminergique méso-limbique. Exemple clinique : Une patiente de 28 ans, diagnostiquée schizophrène, rapporte ne plus ressentir aucun plaisir à manger, à écouter de la musique, ou à recevoir des câlins. Elle décrit une « indifférence totale », comme si « tout était gris ». Les échelles d’évaluation (SHAPS) confirment une anhédonie globale, avec un score élevé dans les domaines sensoriel et social.

Causes et facteurs de risque du manque d’envie

Les origines de l’anhédonie sont multifactorielles, combinant des vulnérabilités biologiques, psychologiques et environnementales : – Facteurs neurobiologiques : Les dysfonctionnements des circuits dopaminergiques et sérotoninergiques sont centraux. Le stress chronique, en augmentant la production de dynorphine (un opioïde endogène), perturbe la transmission dopaminergique dans le noyau accumbens, renforçant les comportements d’évitement et d’anhédonie.
– Facteurs psychologiques : Les traumatismes précoces, les deuils non résolus, ou les schémas cognitifs négatifs (« Je ne mérite pas le bonheur ») peuvent entretenir l’anhédonie.
– Facteurs environnementaux : L’isolement social, le harcèlement, ou un environnement professionnel toxique aggravent souvent le symptôme. Exemple clinique : Un homme de 45 ans, cadre supérieur, développe une anhédonie sévère après un burn-out. Il ne trouve plus de sens à son travail, évite les repas en famille, et passe ses soirées devant la télévision sans ressentir ni plaisir ni ennui. L’anamnèse révèle un stress chronique non traité, avec une élévation des marqueurs inflammatoires, souvent associée à une résistance aux antidépresseurs classiques.

Conséquences et comorbidités

Le manque d’envie n’est pas un symptôme isolé : il s’inscrit souvent dans un tableau clinique complexe, avec des répercussions majeures sur la qualité de vie : – Dépression : L’anhédonie est un critère diagnostique majeur de l’épisode dépressif caractérisé. Elle est associée à un risque accru de chronicité et de résistance aux traitements.
– Troubles anxieux : Bien que l’anhédonie ne soit pas un symptôme cardinal de l’anxiété, elle peut survenir dans les formes sévères, notamment en cas de stress post-traumatique ou de trouble anxieux généralisé.
– Addictions : Certains patients tentent de compenser leur incapacité à ressentir du plaisir par des conduites addictives (alcool, drogues, jeux), aggravant ainsi leur état. Exemple clinique : Une adolescente de 17 ans, victime de cyberharcèlement, présente une anhédonie marquée, un retrait scolaire, et une automutilation. L’évaluation met en évidence un trouble dépressif avec anhédonie sociale et une anxiété généralisée. La prise en charge combine TCC et soutien familial.

Diagnostic et évaluation

Le diagnostic de l’anhédonie repose sur un entretien clinique approfondi, complété par des outils standardisés : – Échelles d’évaluation : La Snaith-Hamilton Pleasure Scale (SHAPS) est l’outil le plus utilisé. Elle explore quatre domaines (loisirs, interactions sociales, expérience sensorielle, alimentation/boisson) et permet de quantifier l’intensité du symptôme.
– Imagerie cérébrale : L’IRM fonctionnelle peut révéler des anomalies dans le striatum ventral, le cortex préfrontal, ou le cortex cingulaire antérieur, zones clés du circuit de la récompense. Exemple clinique : Un étudiant de 22 ans consulte pour une perte de motivation et un désintérêt total pour ses études. Le score SHAPS est de 35/42 (anhédonie sévère). L’IRM montre une hypoactivité du cortex orbitofrontal, orientant vers une dépression résistante. Un traitement par kétamine est envisagé, compte tenu de son efficacité sur l’anhédonie et la connectivité frontostriatale.

Prise en charge et traitements

La prise en charge de l’anhédonie doit être globale, combinant approches médicamenteuses, psychothérapiques et sociales : – Traitements médicamenteux : – Antidépresseurs : Les ISRS (inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine) et les IRSN (inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline) sont souvent prescrits en première intention, bien que leur efficacité sur l’anhédonie soit parfois limitée. – Kétamine : En cas de résistance, la kétamine, par son action rapide sur le glutamate et la connectivité cérébrale, montre des résultats prometteurs sur l’anhédonie.
– Psychothérapies : – Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) : Elle vise à modifier les schémas de pensée négatifs et à réactiver les comportements plaisants, même en l’absence de motivation initiale. Les techniques d’activation comportementale sont particulièrement efficaces. – Thérapie Interpersonnelle (TIP) : Elle aide à restaurer les liens sociaux et à identifier les conflits relationnels sous-jacents.
– Approches complémentaires : La stimulation magnétique transcrânienne (rTMS) et l’électroconvulsivothérapie (ECT) peuvent être proposées dans les formes sévères ou résistantes. Exemple clinique : Une femme de 50 ans, en dépression résistante avec anhédonie marquée, bénéficie d’un protocole combinant TCC, kétamine, et rTMS. Après 12 semaines, elle retrouve un intérêt pour la peinture et les sorties entre amis, avec une amélioration significative de son score SHAPS.

Prévention et conseils pratiques

Prévenir l’anhédonie passe par une hygiène de vie et une vigilance accrue face aux signes avant-coureurs : – Maintenir une routine : Structurer sa journée, même en période de baisse de motivation, limite l’isolement et l’aggravation du symptôme.
– Activités physiques : Le sport, en stimulant la libération d’endorphines et de dopamine, peut atténuer l’anhédonie.
– Réseau social : Entretenir des liens, même minimes, protège contre le retrait et l’aggravation du manque d’envie.
– Consultation précoce : Dès les premiers signes (perte d’intérêt, fatigue persistante, retrait), consulter un professionnel permet d’éviter la chronicisation. Exemple clinique : Un retraité de 65 ans, veuf depuis un an, commence à négliger ses hobbies et ses amis. Son médecin traitant, alerté par une perte de poids et un discours monotone, l’oriente vers un psychiatre. Une prise en charge précoce par TIP et antidépresseurs évite l’installation d’une dépression sévère.

Conclusion : ne pas banaliser le manque d’envie

Le manque d’envie, ou anhédonie, est un symptôme sérieux, souvent sous-estimé, qui peut masquer des pathologies psychiatriques graves. Son diagnostic et sa prise en charge nécessitent une approche pluridisciplinaire, alliant évaluation clinique, imagerie, et traitements innovants. Si vous ou un proche présentez une perte durable d’intérêt ou de plaisir, n’hésitez pas à consulter : des solutions existent, et une prise en charge adaptée peut restaurer la capacité à savourer la vie.

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