Trouble du jeu vidéo ou gaming disorder: reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur le trouble du jeu vidéo ou gaming disorder? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face au trouble du jeu vidéo ou gaming disorder.
Rédacteur « trouble du jeu vidéo « : Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que le trouble du jeu vidéo ou gaming disorder ?
Le trouble du jeu vidéo, ou gaming disorder, est officiellement reconnu par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 2018 et intégré dans la 11ème révision de la Classification Internationale des Maladies (CIM-11) entrée en vigueur en janvier 2022. Il se caractérise par un comportement de jeu persistant ou récurrent, qu’il soit en ligne ou hors ligne, se manifestant par une altération du contrôle du jeu, une priorité accrue accordée au jeu (au détriment d’autres centres d’intérêt et activités quotidiennes), et la poursuite ou l’escalade du jeu malgré l’apparition de conséquences négatives. Pour qu’un diagnostic de gaming disorder soit posé, ce comportement doit être d’une sévérité suffisante pour entraîner une altération significative du fonctionnement personnel, familial, social, éducatif, professionnel ou dans d’autres domaines importants, et ce, depuis au moins 12 mois.
Exemple clinique :
Un adolescent de 16 ans, scolarisé en première, commence à négliger ses devoirs et ses relations familiales pour jouer à un MMORPG (jeu de rôle en ligne massivement multijoueur) plus de 10 heures par jour. Malgré les avertissements de ses parents et la chute de ses résultats scolaires, il persiste dans son comportement, justifiant son besoin de « monter de niveau » pour ne pas décevoir son équipe virtuelle. Après plusieurs mois, il développe des troubles du sommeil, une irritabilité marquée et un isolement social progressif. Ce cas illustre la perte de contrôle, la priorité excessive accordée au jeu et la persistance malgré les conséquences négatives, trois critères centraux du gaming disorder.
Comme le rappelle le Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, « le gaming disorder ne se résume pas à un simple excès de temps passé devant les écrans, mais à une véritable souffrance psychique et sociale, nécessitant une prise en charge adaptée ».
Épidémiologie : qui est concerné par le trouble du jeu vidéo ?
Les études épidémiologiques récentes montrent que le gaming disorder touche une part non négligeable de la population, avec des variations selon les tranches d’âge et les contextes culturels.
– Prévalence mondiale : Une méta-analyse regroupant 27 études réalisées entre 1998 et 2016 dans 14 pays d’Europe et 8 pays d’Asie du Sud-Est, ainsi qu’aux États-Unis et en Australie, révèle une prévalence moyenne de 4,7% pour le trouble du jeu vidéo.
– En France : L’enquête PELLEAS, menée en 2013 sur un échantillon d’élèves en Île-de-France, a mis en évidence qu’1 adolescent sur 8 présente un usage problématique des jeux vidéo.
– Profil des joueurs : Contrairement aux idées reçues, l’âge moyen du joueur de jeux vidéo en France en 2021 était de 39 ans, ce qui souligne que le gaming disorder ne concerne pas uniquement les adolescents, mais aussi les adultes.
Exemple clinique :
Un homme de 35 ans, cadre dans une entreprise, consacre progressivement tout son temps libre à des jeux de stratégie en ligne. Il commence à arriver en retard au travail, néglige ses obligations familiales et développe une irritabilité importante lorsqu’il est interrompu pendant ses sessions de jeu. Après plusieurs mois, sa conjointe menace de le quitter, ce qui ne suffit pas à le faire arrêter. Ce cas montre que le gaming disorder peut toucher des adultes insérés professionnellement, avec des répercussions majeures sur leur vie personnelle et sociale.
Facteurs de risque et comorbidités
Le développement d’un gaming disorder est favorisé par plusieurs facteurs :
– Facteurs individuels : troubles anxieux, dépression, TDAH, difficultés d’adaptation sociale, recherche de sensations fortes, ou encore un besoin d’échapper à une réalité perçue comme stressante ou insatisfaisante. « Franchement, quand on perçoit notre vie comme pourrie, pourquoi ne pas se réfugier dans un monde où l’on est le meilleur, ou simplement un personnage de héros brave et intimidant? » interroge le Dr Nicolas Neveux.
– Facteurs environnementaux : accès facile et illimité aux jeux, pression sociale, manque de supervision parentale chez les plus jeunes, ou encore un environnement familial conflictuel.
– Facteurs liés aux jeux : certains types de jeux, comme les MMORPG ou les jeux compétitifs en ligne, sont plus à risque en raison de leur caractère immersif, de la pression sociale exercée par les communautés de joueurs, et des mécanismes de récompense aléatoires (« loot boxes ») qui activent les circuits de la récompense cérébrale. Exemple clinique :
Une jeune femme de 22 ans, étudiante en psychologie, utilise les jeux vidéo comme moyen d’échapper à un épisode dépressif. Elle passe de 2 à 8 heures par jour sur un jeu de simulation de vie, où elle peut contrôler un avatar et éviter les interactions sociales réelles. Son sommeil se dégrade, elle prend du poids, et ses résultats universitaires chutent. Ici, le gaming disorder s’inscrit dans un contexte de dépression et d’isolement, illustrant la comorbidité fréquente entre gaming disorder et troubles de l’humeur.
Diagnostic : comment reconnaître un trouble du jeu vidéo ?
Le diagnostic du gaming disorder repose sur des critères cliniques précis, définis par l’OMS dans la CIM-11 et inspirés des travaux de l’American Psychiatric Association (DSM-5). Trois critères principaux doivent être présents depuis au moins 12 mois :
1. Perte de contrôle sur le jeu : incapacité à contrôler la fréquence, l’intensité, la durée des sessions de jeu, ou à arrêter de jouer.
2. Priorité accrue accordée au jeu : le jeu devient l’activité centrale, au détriment des autres centres d’intérêt, des obligations scolaires/professionnelles, des relations familiales ou sociales.
3. Poursuite ou escalade du jeu malgré les conséquences négatives : persistance du comportement malgré la prise de conscience des répercussions sur la santé physique, mentale, ou sur la vie sociale. Outils d’évaluation :
Plusieurs échelles validées scientifiquement permettent d’évaluer la sévérité du trouble, comme l’Internet Gaming Disorder Scale (IGD-20), adaptée en français. Ces outils aident les professionnels à distinguer un usage intensif mais non pathologique d’un véritable gaming disorder.
Exemple clinique :
Un collégien de 13 ans, auparavant bon élève et sportif, abandonne progressivement ses activités extrascolaires pour jouer à un jeu de tir en ligne. Ses parents remarquent qu’il ment sur le temps passé à jouer, qu’il devient agressif lorsqu’on lui demande d’éteindre la console, et qu’il néglige son hygiène personnelle. Malgré plusieurs avertissements et une baisse significative de ses notes, il continue à jouer en cachette la nuit. Ce cas illustre la perte de contrôle, la priorité excessive accordée au jeu, et la persistance malgré les conséquences, justifiant une consultation spécialisée.
Différencier usage intensif et trouble pathologique
Il est crucial de distinguer un usage intensif mais non pathologique (par exemple, pendant les vacances ou une période de stress passagère) d’un gaming disorder. L’élément clé est la souffrance ou l’altération du fonctionnement dans plusieurs domaines de la vie. Un joueur occasionnel ou passionné ne présente pas nécessairement un trouble, tant que son comportement reste maîtrisé et sans impact négatif durable.
Conséquences du gaming disorder sur la santé
Les répercussions du trouble du jeu vidéo sont multiples et peuvent toucher tous les aspects de la vie d’une personne : – Santé physique : troubles du sommeil, sédentarité, surpoids, douleurs musculo-squelettiques (syndrome du canal carpien, tendinites), fatigue oculaire, ou encore une hygiène de vie dégradée.
– Santé mentale : augmentation du risque de dépression, d’anxiété, de troubles de l’attention, ou de pensées suicidaires. Le jeu peut aussi aggraver des troubles psychiatriques préexistants.
– Vie sociale et professionnelle : isolement, conflits familiaux, échec scolaire, perte d’emploi, ou difficultés relationnelles.
Exemple clinique :
Un jeune homme de 20 ans, anciennement sociable et sportif, s’isole progressivement pour jouer à un jeu de stratégie en ligne. Après un an, il a abandonné ses études, perdu contact avec ses amis, et développe une phobie sociale. Ses parents le trouvent souvent en pleurs devant son écran, incapable de s’arrêter malgré une fatigue extrême et des maux de tête chroniques. Ce cas montre l’impact global du gaming disorder sur la santé physique, mentale et sociale.
Prise en charge et traitements du gaming disorder
La prise en charge du trouble du jeu vidéo repose sur une approche pluridisciplinaire, associant évaluation médicale, psychothérapie, et parfois accompagnement familial.
1. Évaluation initiale
Un bilan complet est nécessaire pour :
– Confirmer le diagnostic de gaming disorder.
– Évaluer la présence de comorbidités (dépression, anxiété, TDAH, etc.).
– Identifier les facteurs de risque et les conséquences du trouble sur la vie du patient.
2. Psychothérapies
– Thérapies cognitives et comportementales (TCC) : Elles sont considérées comme le traitement de première intention. Les TCC aident le patient à reprendre le contrôle sur son comportement, à gérer les envies compulsives de jouer, et à réorganiser son temps autour d’activités alternatives. Elles permettent aussi de traiter les troubles associés (dépression, anxiété, etc.).
– Thérapies interpersonnelles (TIP) : Utiles pour travailler sur les difficultés relationnelles. On note en effet que le gaming disorder a de plus grandes chances de survenir chez une personne en situation d’isolement, ou de conflits familiaux.
– Thérapies familiales : Particulièrement indiquées chez les adolescents, pour impliquer les parents dans la prise en charge et améliorer la communication familiale.
Exemple clinique :
Un adolescent de 15 ans, suivi pour gaming disorder, bénéficie d’une TCC centrée sur la gestion du temps, la régulation émotionnelle, et la réintroduction progressive d’activités sociales. Après 6 mois, il réduit son temps de jeu à 2 heures par jour, retrouve un rythme de sommeil normal, et renoue avec ses amis. Ses parents sont associés à la thérapie pour l’aider à maintenir ces changements.
3. Autres interventions
– Gestion de l’environnement : Limiter l’accès aux jeux (contrôle parental, horaires fixes), encourager les activités physiques et sociales, et réorganiser l’espace de vie pour réduire les tentations.
– Traitements médicamenteux : En cas de comorbidités (dépression, anxiété, TDAH), un traitement médicamenteux peut être proposé en complément de la psychothérapie.
– Groupes de parole et associations : Certains patients bénéficient d’un soutien par les pairs, via des groupes de parole ou des associations spécialisées dans les addictions comportementales.
4. Prévention
La prévention passe par :
– L’éducation des parents et des jeunes sur les risques liés à un usage excessif des écrans.
– La fixation de règles claires (temps d’écran, types de jeux, horaires).
– La promotion d’activités alternatives (sport, loisirs créatifs, vie sociale).
– La sensibilisation des professionnels de santé pour un dépistage précoce.
Gaming disorder : que faire en pratique ?
Si vous ou un proche présentez des signes de gaming disorder, voici les étapes à suivre :
1. Consulter un professionnel de santé (médecin généraliste, psychiatre, psychologue) pour une évaluation.
2. Ne pas minimiser les signes : plus la prise en charge est précoce, meilleurs sont les résultats.
3. Impliquer l’entourage : la famille et les amis peuvent jouer un rôle clé dans le soutien et la motivation au changement.
4. Se renseigner sur les ressources disponibles : associations, groupes de parole, ou programmes spécialisés dans les addictions comportementales. Exemple clinique :
Un père de famille consulte pour son fils de 14 ans, qui passe ses nuits à jouer et dont les résultats scolaires s’effondrent. Le psychiatre propose une évaluation complète, puis une TCC adaptée à l’adolescent, associée à des entretiens familiaux. Après quelques mois, le jeune retrouve un équilibre et ses parents apprennent à mieux gérer les temps d’écran à la maison.
Conclusion : le gaming disorder, une réalité à prendre au sérieux
Le trouble du jeu vidéo, ou gaming disorder, est une pathologie reconnue par l’OMS, aux conséquences potentielles graves sur la santé physique, mentale et sociale. Il ne s’agit pas d’une simple passion pour les jeux vidéo, mais d’un trouble du comportement nécessitant une prise en charge adaptée. La bonne nouvelle est que des solutions existent : diagnostic précoce, psychothérapies (notamment TCC), accompagnement familial, et prévention permettent de retrouver un équilibre et une qualité de vie satisfaisante. Si vous ou un proche êtes concerné, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé. Comme le rappelle le Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, « le gaming disorder se soigne, à condition d’agir tôt et de manière coordonnée ».
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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
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- RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…).
- Bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois).
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