Bigorexie (addiction à l’exercice physique ): reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur la bigorexie ? Vous êtes sur la bonne page ! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face à la bigorexie.
Rédacteur « bigorexie »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous Sources: Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que la bigorexie ? Définition et mécanismes
La bigorexie, aussi appelée addiction à l’exercice physique ou sportoolisme, est un trouble du comportement caractérisé par une pratique compulsive et excessive du sport, malgré les conséquences négatives sur la santé physique, psychologique et sociale. Reconnue comme une maladie par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) depuis 2011, la bigorexie se distingue d’une simple passion pour le sport par son caractère irrépressible et destructeur. Mécanismes biologiques et psychologiques
Lors d’une activité physique, le cerveau libère des endorphines, des hormones responsables d’un sentiment de bien-être, d’euphorie et de réduction de la douleur. Chez les personnes bigorexiques, cette sécrétion devient le moteur d’une dépendance : le corps et l’esprit réclament toujours plus d’effort pour retrouver cette sensation de plaisir. À l’arrêt de l’activité, des symptômes de manque apparaissent (anxiété, irritabilité, dépression), comparables à ceux observés dans les addictions aux substances. Exemple clinique
Marc, 32 ans, coureur de marathon, consulte pour des douleurs articulaires chroniques et une fatigue persistante. Malgré une fracture de fatigue diagnostiquée, il continue à courir 15 heures par semaine, justifiant sa pratique par la peur de « perdre ses performances ». Son médecin note une perte de poids, des troubles du sommeil et une irritabilité marquée en cas d’impossibilité de s’entraîner. Marc reconnaît ne plus trouver de plaisir dans sa vie sociale, tout étant centré sur le sport.
Symptômes et signes d’alerte de la bigorexie
La bigorexie se manifeste par des signes à la fois physiques, psychologiques et sociaux. Voici les principaux symptômes à repérer : Signes physiques
– Pratique sportive quotidienne, souvent plusieurs heures par jour, malgré la fatigue ou les blessures.
– Blessures à répétition (tendinites, fractures de fatigue, déchirures musculaires) non prises en compte.
– Troubles du sommeil, épuisement général, déséquilibres hormonaux (aménorrhée chez la femme, baisse de la libido). Signes psychologiques
– Anxiété, irritabilité, voire dépression en cas d’impossibilité de s’entraîner.
– Obsession de la performance, de l’image corporelle, ou du poids.
– Sentiment de culpabilité ou de honte si une séance est manquée.
– Faible estime de soi, souvent liée à une insatisfaction permanente envers son corps. Signes sociaux
– Isolement progressif, désintérêt pour les relations familiales ou amicales.
– Organisation de la vie quotidienne (travail, loisirs) autour des séances de sport.
– Utilisation de produits dopants ou de compléments alimentaires pour maintenir la performance. Exemple clinique
Sophie, 25 ans, adepte de crossfit, s’entraîne 3 heures par jour, 7 jours sur 7. Elle a perdu 8 kg en 6 mois et présente des règles irrégulières. Ses amis s’inquiètent de son refus systématique des invitations, prétextant « un entraînement à ne pas rater ». Sophie avoue ressentir une angoisse intense les jours où elle ne peut pas s’entraîner, et compense parfois par des crises de boulimie.
Causes et facteurs de risque de la bigorexie
Plusieurs facteurs peuvent favoriser l’apparition d’une bigorexie, souvent en interaction : Facteurs psychologiques
– Troubles anxieux ou dépressifs préexistants.
– Faible estime de soi, besoin de contrôle ou de reconnaissance sociale.
– Antécédents de troubles du comportement alimentaire (anorexie, boulimie, orthorexie).
– Événements de vie stressants (deuil, rupture, harcèlement). Facteurs socioculturels
– Culte de la performance et de l’image corporelle « parfaite », amplifié par les réseaux sociaux.
– Pression sociale ou professionnelle (sportifs de haut niveau, métiers exigeants physiquement).
– Environnement familial ou amical valorisant excessivement le sport. Facteurs biologiques
– Sensibilité accrue aux endorphines et à la dopamine, hormones du plaisir et de la récompense.
– Prédisposition génétique aux addictions comportementales. Exemple clinique
Thomas, 19 ans, étudiant en STAPS, a commencé à s’entraîner intensivement après une rupture amoureuse. Il passe de 5 à 15 heures de musculation par semaine en 6 mois, et développe une obsession pour sa masse musculaire. Ses proches notent un changement radical de comportement : il évite les repas en famille pour « respecter son régime », et devient agressif quand on lui parle de ses entraînements.
Bigorexie et comorbidités : liens avec les troubles anxieux et la dépression
La bigorexie est rarement isolée. Elle s’accompagne fréquemment d’autres troubles psychiatriques, notamment des troubles anxieux et de la dépression. Troubles anxieux
– La bigorexie peut être une tentative d’auto-traitement de l’anxiété : le sport devient un exutoire pour gérer le stress.
– À l’inverse, l’addiction au sport peut générer une anxiété chronique, notamment en cas de sevrage. Dépression
– Le surentraînement perturbe les neurotransmetteurs (sérotonine, dopamine), favorisant les épisodes dépressifs.
– La dépression peut aussi précéder la bigorexie, le sport étant utilisé comme « antidote » à la souffrance psychique. Troubles du comportement alimentaire
– Orthorexie (obsession de l’alimentation saine), anorexie, boulimie sont souvent associés à la bigorexie, dans une quête de contrôle du corps. Exemple clinique
Julien, 40 ans, cadre supérieur, utilise le running comme « soupape » face à son stress professionnel. Il court 20 km par jour, et présente des symptômes de dépression (perte de plaisir, idées noires) les jours où il ne peut pas s’entraîner. Son psychiatre diagnostique un trouble anxieux généralisé et une bigorexie, et propose une prise en charge combinant TCC et antidépresseurs.
Épidémiologie : qui est touché par la bigorexie ?
La bigorexie touche environ 1 à 3 % de la population générale, avec une prévalence plus élevée chez les sportifs réguliers (jusqu’à 15 %). Les hommes sont plus souvent concernés, notamment dans les sports d’endurance et de force (culturisme, marathon, triathlon). Populations à risque
– Sportifs amateurs ou professionnels, surtout en période de compétition.
– Adolescents et jeunes adultes, sous l’influence des réseaux sociaux et des modèles de « corps parfait ».
– Personnes ayant des antécédents d’addiction (alcool, drogues, jeux). Exemple clinique
Léa, 17 ans, influenceuse fitness, poste quotidiennement ses séances de sport sur Instagram. Elle s’entraîne 4 heures par jour, et a développé une aménorrhée et des tendinites chroniques. Ses abonnés la félicitent pour sa « discipline », mais son médecin s’inquiète d’une bigorexie, confirmée par un bilan psychologique.
Conséquences de la bigorexie sur la santé
Les répercussions de la bigorexie sont multiples et graves, tant sur le plan physique que mental. Conséquences physiques
– Épuisement général, syndrome de surentraînement.
– Blessures graves (fractures, ruptures tendineuses, problèmes cardiaques).
– Déséquilibres hormonaux, troubles menstruels, baisse de l’immunité. Conséquences psychologiques
– Dépression, anxiété, troubles du sommeil.
– Perte de plaisir, isolement social, idées suicidaires dans les cas extrêmes. Conséquences sociales
– Désinsertion professionnelle ou scolaire.
– Ruptures familiales ou amicales.
– Endettement (achat de matériel, compléments alimentaires, abonnements). Exemple clinique
Karim, 35 ans, ancien militaire, s’adonne à l’Ironman depuis 5 ans. Malgré une cardiopathie diagnostiquée, il refuse de réduire son entraînement. Sa femme le quitte, invoquant son absence et son agressivité. Il consulte en urgence pour un épisode dépressif majeur, avec idées suicidaires.
Diagnostic et prise en charge de la bigorexie
Le diagnostic de bigorexie repose sur un bilan clinique complet, associant médecin généraliste, psychiatre ou addictologue, et psychologue. Critères diagnostiques
– Pratique sportive compulsive, malgré les conséquences négatives.
– Symptômes de manque en cas d’arrêt.
– Impact sur la vie sociale, professionnelle ou familiale. Prise en charge
– Thérapies recommandées : Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) en première intention, pour travailler sur les croyances et les comportements addictifs.
– Approche pluridisciplinaire : suivi médical (traitement des blessures, équilibre alimentaire), soutien psychologique, parfois médicamenteux (antidépresseurs, anxiolytiques).
– Réinsertion sociale : reprise progressive d’activités non sportives, travail sur l’estime de soi. Exemple clinique
Élodie, 28 ans, danseuse professionnelle, consulte pour une bigorexie associée à une anorexie. Son équipe soignante (psychiatre, nutritionniste, kiné) met en place un protocole de sevrage progressif, combiné à une TCC et à un suivi en CSAPA (Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie). Après 6 mois, elle reprend une activité physique modérée et retrouve un poids stable.
Prévention et conseils pour les proches
La prévention passe par une éducation à l’équilibre et à l’écoute de son corps. Voici quelques pistes : Pour les sportifs
– Respecter les temps de repos et les signaux de fatigue.
– Varier les activités pour éviter l’obsession de la performance.
– Consulter en cas de blessures répétées ou de changement d’humeur. Pour les proches
– Repérer les signes d’alerte (isolement, irritabilité, négligence des blessures).
– Aborder le sujet avec bienveillance, sans jugement.
– Encourager une consultation médicale ou psychologique. Exemple clinique
Les parents de Lucas, 16 ans, s’inquiètent de ses 3 heures quotidiennes de musculation. Ils notent qu’il saute les repas et devient agressif quand on lui parle de ses entraînements. Avec l’aide du médecin scolaire, ils l’orientent vers un psychiatre spécialisé en addictions, qui diagnostique une bigorexie débutante et propose une prise en charge précoce.
Venir au cabinet à Paris
Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
- Métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7-14-15-16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1-2-8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre).
- RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…).
- Bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois).
Conclusion
La bigorexie est une addiction sournoise, souvent minimisée car associée à une activité socialement valorisée. Pourtant, ses conséquences peuvent être dramatiques. Une prise en charge précoce et adaptée permet de retrouver un équilibre et de redonner au sport sa place de source de plaisir, et non de souffrance. Si vous ou un proche présentez des signes de bigorexie, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé. Le sport doit rester un allié, pas un ennemi. Références et liens utiles
– [L’addiction à l’exercice physique, Cairn.info](https://shs.cairn.info/revue-psychotropes-2002-3-page-39?lang=fr)
– [Bigorexie : définition, symptômes, traitement, Santé sur le Net](https://www.sante-sur-le-net.com/maladies/psychiatrie/addiction/bigorexie-definition-symptomes-traitement/)
– [Addict Aide : Bigorexie, constats et prévention](https://www.addictaide.fr/bigorexie-ou-addiction-au-sport-constats-et-prevention/) Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.
Auteur
Mail: dr.neveux@gmail.com (à privilégier+++)
Tél: 0609727094 (laisser un message)
Au cabinet: 9 rue Troyon 75017 Paris
NB: Pas de consultation par mail ou téléphone. Les messages ne sont pas consultés hors jours et heures ouvrables. En cas d’urgence, contacter le SAMU (15)





