XI/ Dépression du post-partum: reconnaître et gérer
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Rédacteur « dépression du post-partum »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que la dépression du post-partum ?
La dépression du post-partum (DPP) est un trouble de l’humeur qui survient chez certaines femmes après l’accouchement. Contrairement au baby blues, qui est fréquent, transitoire et généralement bénin, la DPP est plus sévère, plus durable et peut avoir des conséquences graves sur la mère, l’enfant et l’entourage. Définition et critères diagnostiques
Selon les critères du DSM-5, la DPP se caractérise par la présence d’au moins cinq symptômes dépressifs pendant plus de deux semaines, parmi lesquels on retrouve obligatoirement une humeur dépressive et/ou une perte d’intérêt ou de plaisir pour les activités habituelles. Les autres symptômes peuvent inclure :
– Fatigue intense ou perte d’énergie
– Troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie)
– Sentiment de culpabilité ou de dévalorisation
– Difficulté à se concentrer ou à prendre des décisions
– Pensées de mort ou idées suicidaires
– Perte ou gain de poids significatif
– Agitation ou ralentissement psychomoteur
– Irritabilité ou anxiété marquée Exemple clinique
Sophie, 32 ans, mère d’un premier enfant, consulte 8 semaines après son accouchement. Elle décrit une fatigue extrême, une incapacité à ressentir de la joie malgré la naissance de son bébé, des crises de larmes quotidiennes et une peur constante de ne pas être une bonne mère. Elle évite les contacts sociaux, ne parvient plus à s’occuper de son enfant et exprime des idées noires. L’évaluation révèle une DPP sévère nécessitant une prise en charge urgente. Différence avec le baby blues
Le baby blues, ou « syndrome du 3e jour », touche 50 à 80 % des femmes et se manifeste par une labilité émotionnelle, de l’irritabilité, de l’anxiété et des pleurs dans les premiers jours suivant l’accouchement. Ces symptômes disparaissent spontanément en moins de deux semaines. En revanche, la DPP s’installe progressivement, persiste au-delà de deux semaines et perturbe significativement le fonctionnement quotidien.
Causes et facteurs de risque de la dépression du post-partum
La DPP est multifactorielle : des causes biologiques, psychologiques et sociales interagissent pour favoriser son apparition. Facteurs biologiques
– Chute brutale des hormones (œstrogènes, progestérone) après l’accouchement, pouvant perturber l’équilibre neurochimique du cerveau.
– Antécédents de dépression ou de troubles psychiatriques, notamment pendant la grossesse.
– Carences en vitamines ou minéraux (fer, vitamine D, oméga-3).
– Troubles thyroïdiens post-partum, souvent sous-diagnostiqués. Facteurs psychologiques
– Stress, anxiété ou traumatisme lié à la grossesse ou à l’accouchement (césarienne, prématurité, complications).
– Difficulté à s’adapter au rôle de mère, sentiment d’incompétence ou de perte d’identité.
– Manque de soutien émotionnel ou conflit conjugal.
– Perfectionnisme ou attentes irréalistes envers soi-même. Facteurs sociaux et environnementaux
– Isolement social, absence de réseau de soutien.
– Précarité économique, difficultés matérielles.
– Événements de vie stressants (déménagement, deuil, perte d’emploi).
– Violences conjugales ou antécédents de traumatismes. Exemple clinique
Clara, 28 ans, a accouché il y a 6 semaines. Elle vit seule avec son bébé, son conjoint travaillant à l’étranger. Elle n’a pas de famille proche et se sent submergée par les soins à apporter à son enfant. Elle dort moins de 4 heures par nuit, pleure plusieurs fois par jour et a perdu 5 kg en un mois. L’absence de soutien et la fatigue chronique ont précipité une DPP.
Symptômes et signes d’alerte : quand consulter ?
La DPP peut se manifester de manière variable, mais certains signes d’alerte doivent inciter à consulter rapidement : Symptômes émotionnels
– Tristesse persistante, sentiment de vide ou de désespoir.
– Irritabilité, colère ou impatience excessive.
– Anxiété intense, crises de panique.
– Sentiment de culpabilité ou d’échec (« Je ne suis pas une bonne mère »).
– Perte d’intérêt pour le bébé ou, à l’inverse, surprotection anxieuse. Symptômes physiques
– Fatigue extrême, même après une nuit de sommeil.
– Maux de tête, douleurs diffuses, troubles digestifs.
– Perte ou prise de poids importante.
– Troubles du sommeil (réveils nocturnes même quand le bébé dort). Symptômes comportementaux
– Difficulté à s’occuper du bébé ou à accomplir les tâches quotidiennes.
– Évitement des interactions sociales.
– Consommation accrue d’alcool, de tabac ou de médicaments.
– Négligence de l’hygiène personnelle. Signes de gravité nécessitant une urgence médicale
– Idées suicidaires ou tentatives de suicide.
– Idées d’infanticide ou peur de faire du mal à son enfant.
– Hallucinations ou délire (risque de psychose post-partum).
– Incapacité totale à s’occuper du bébé. Exemple clinique
Léa, 35 ans, consulte en urgence pour des idées suicidaires. Elle décrit une impression d’être « une mauvaise mère », une incapacité à aimer son enfant et des pensées récurrentes de se jeter par la fenêtre. Elle n’a pas dormi depuis 48 heures et a perdu tout espoir. Une hospitalisation en psychiatrie est nécessaire pour sa sécurité et celle de son bébé.
Diagnostic et dépistage de la dépression du post-partum
Le diagnostic de DPP repose sur l’évaluation clinique par un professionnel de santé (médecin, sage-femme, psychiatre). Plusieurs outils et étapes sont utilisés : Outils de dépistage
– Échelle d’Édimbourg (EPDS) : questionnaire de 10 items permettant d’évaluer le risque de DPP. Un score ≥ 12/30 doit alerter.
– Entretien clinique : recherche des symptômes, antécédents, facteurs de risque.
– Bilan biologique : dosage de la TSH (thyroïde), ferritine, vitamine D, pour éliminer une cause organique. Moments clés du dépistage
– Entretien prénatal précoce : évaluation des facteurs de risque dès la grossesse.
– Visite postnatale (4 à 8 semaines après l’accouchement) : dépistage systématique.
– Consultation médicale postnatale (6 à 8 semaines) : bilan complet. Exemple clinique
Lors de sa visite postnatale, Emma, 29 ans, remplit l’échelle d’Édimbourg et obtient un score de 15/30. Elle avoue ne plus trouver de plaisir dans la vie, avoir des difficultés à s’occuper de son bébé et se sentir « vide ». Le médecin pose le diagnostic de DPP et propose une prise en charge adaptée.
Prise en charge et traitements de la dépression du post-partum
La prise en charge de la DPP doit être globale, personnalisée et précoce pour éviter les complications. Elle associe généralement psychothérapie, soutien social et, si nécessaire, médicaments. Psychothérapies recommandées
– Thérapie cognitivo-comportementale (TCC) : permet de modifier les pensées négatives et les comportements inadaptés. Très efficace pour les DPP légères à modérées.
– Thérapie interpersonnelle (TIP) : aide à résoudre les conflits relationnels et à s’adapter au rôle de mère.
– Thérapies de groupe : partage d’expériences avec d’autres mères, réduction de l’isolement. Traitements médicamenteux
– Antidépresseurs (ISRS comme la sertraline ou la paroxétine) : prescrits en cas de DPP modérée à sévère ou en échec de psychothérapie. Leur utilisation est possible pendant l’allaitement, sous surveillance médicale.
– Anxiolytiques : à utiliser avec prudence et sur une courte durée. Soutien social et mesures pratiques
– Aide à domicile (ménage, garde d’enfant) pour réduire la charge mentale.
– Groupes de parole ou associations de parents.
– Soutien du conjoint et de l’entourage : implication dans les soins au bébé, écoute active. Prise en charge spécialisée
– Hospitalisation : en cas de risque suicidaire, de psychose post-partum ou d’incapacité à s’occuper du bébé.
– Unités mère-enfant : permettent de soigner la mère tout en préservant le lien avec son enfant. Exemple clinique
Après le diagnostic de DPP, Julie, 30 ans, commence une TCC et un traitement par sertraline. Son mari prend un congé pour l’aider, et une auxiliaire de puériculture intervient à domicile. Après 3 mois, ses symptômes s’améliorent et elle retrouve progressivement le plaisir de s’occuper de son bébé.
Conséquences de la dépression du post-partum non traitée
Une DPP non prise en charge peut avoir des conséquences graves pour la mère, l’enfant et la famille : Pour la mère
– Chronisation de la dépression, risque de récidive.
– Troubles anxieux, phobies, troubles du comportement alimentaire.
– Désinsertion sociale et professionnelle.
– Risque suicidaire élevé (le suicide est la 2e cause de mortalité du post-partum). Pour l’enfant
– Retard de développement (langage, motricité, cognition).
– Troubles du comportement (anxiété, agressivité, difficultés scolaires).
– Troubles de l’attachement mère-enfant, avec risque de négligence ou de maltraitance. Pour le couple et la famille
– Conflits conjugaux, séparation.
– Dépression chez le conjoint (les pères peuvent aussi être touchés).
– Isolement familial, rupture des liens sociaux. Exemple clinique
Céline, 34 ans, n’a pas été traitée pour sa DPP après la naissance de son premier enfant. Deux ans plus tard, elle présente une dépression chronique, son enfant a un retard de langage et des troubles du sommeil. Le couple est en crise et envisage une séparation.
Prévention de la dépression du post-partum
La prévention de la DPP repose sur l’information, le dépistage précoce et le soutien : Pendant la grossesse
– Entretien prénatal précoce : évaluation des facteurs de risque, information sur les signes d’alerte.
– Préparation à la parentalité : ateliers, groupes de parole.
– Dépistage des antécédents psychiatriques et mise en place d’un suivi adapté. Après l’accouchement
– Visites à domicile par une sage-femme pour évaluer l’état psychique de la mère.
– Entretien postnatal précoce (4 à 8 semaines) : dépistage systématique.
– Soutien psychologique si nécessaire, via des dispositifs comme « Mon soutien psy » (séances remboursées avec un psychologue). Mesures individuelles
– Prendre soin de soi : sommeil, alimentation équilibrée, activité physique douce.
– Accepter l’aide de l’entourage, déléguer certaines tâches.
– Éviter l’isolement : maintenir des contacts sociaux, participer à des groupes de parents. Exemple clinique
Lors de son entretien prénatal, Marie, 27 ans, exprime sa peur de ne pas savoir s’occuper de son bébé. La sage-femme lui propose un suivi renforcé après l’accouchement et l’oriente vers un groupe de préparation à la parentalité. Grâce à ce soutien, Marie traverse la période postnatale sans développer de DPP.
Ressources et aides disponibles
En France, plusieurs dispositifs existent pour aider les femmes touchées par la DPP : Dispositifs médicaux et sociaux
– Sages-femmes libérales ou en PMI : suivi postnatal, dépistage, orientation.
– Psychologues conventionnés (dispositif « Mon soutien psy »).
– Réseaux de psychiatrie périnatale : prise en charge spécialisée.
– Associations (Maman Blues, Schizo? Oui!) : écoute, groupes de parole, informations. Numéros utiles
– Fil Santé Jeunes : 0 800 235 236 (gratuit, anonyme).
– SOS Amitié : 09 72 39 40 50 (écoute 24h/24).
– Numéro national de prévention du suicide : 3114. Sites internet
– [ameli.fr](https://www.ameli.fr) : informations sur les droits et les prises en charge.
– [e-psychiatrie.fr](https://e-psychiatrie.fr) : ressources sur les troubles psychiatriques et les thérapies.
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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
- Métro: Station Charles de Gaulle Etoile (ligne 6 depuis Paris 7-14-15-16; ligne 2 depuis Paris 17; ligne 1 depuis Paris 1-2-8, Neuilly sur Seine, La Défense, Nanterre).
- RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…).
- Bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois).
En conclusion, la dépression du post-partum est une pathologie fréquente, mais diagnostiquable et traitable. Une prise en charge précoce et adaptée permet d’éviter les complications et de restaurer le bien-être de la mère et de son enfant. Si vous ou un proche présentez des symptômes évocateurs, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé. Vous souhaitez en savoir plus sur les thérapies disponibles ou les signes à surveiller ? N’hésitez pas à poser vos questions ou à partager votre expérience.
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