Le Covid pendant la grossesse peut-il perturber le développement du cerveau du fœtus?

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Rédacteur « Covid pendant la grossesse »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous

Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.

L’essentiel:

  • L’infection par le SARS-CoV-2 pendant la grossesse est associée à un risque accru de troubles du neurodéveloppement chez l’enfant, notamment après une exposition au troisième trimestre.
  • Les garçons semblent plus vulnérables que les filles.
  • Les troubles du langage et de la communication sont les plus fréquents.
  • Un suivi pédiatrique et neuropsychologique précoce est recommandé pour les enfants exposés in utero.

Le Covid pendant la grossesse : un risque pour le développement cérébral de l’enfant ?

Depuis le début de la pandémie de Covid-19, les chercheurs s’interrogent sur les conséquences possibles d’une infection par le SARS-CoV-2 pendant la grossesse, non seulement pour la mère, mais aussi pour le développement futur de l’enfant. Plusieurs études récentes, notamment publiées dans des revues médicales de référence, apportent des éléments de réponse inquiétants : une infection maternelle pendant la grossesse pourrait effectivement augmenter le risque de troubles du neurodéveloppement chez l’enfant, avec des répercussions possibles sur le langage, la motricité, et les compétences sociales.

Une étude majeure, publiée dans la revue Obstetrics & Gynecology, a suivi plus de 18 000 enfants nés entre mars 2020 et mai 2021 au sein du système de santé Mass General Brigham. Parmi eux, 861 étaient nés de mères ayant contracté le Covid-19 pendant la grossesse. Les résultats sont sans appel : à l’âge de 3 ans, 16,3 % des enfants exposés in utero au virus présentaient un diagnostic de trouble du neurodeveloppement, contre 9,7 % chez les enfants non exposés. Après ajustement des facteurs de confusion (âge maternel, ethnie, type d’assurance, type d’hôpital, prématurité), le risque restait significativement plus élevé pour les enfants exposés, avec un odds ratio ajusté de 1,29 (IC 95 % : 1,05–1,57, p = 0,01).

Ces chiffres, bien que préoccupants, doivent être interprétés avec prudence. En effet, la majorité des enfants exposés ne développent pas de trouble, mais le sur-risque est réel et justifie une vigilance accrue. Les auteurs soulignent que l’effet est particulièrement marqué lorsque l’infection survient au troisième trimestre de la grossesse, période cruciale pour le développement cérébral du fœtus. Les garçons semblent par ailleurs plus vulnérables que les filles, un phénomène déjà observé pour d’autres facteurs de risque prénatals.

Exemple clinique : le cas de Lucas

Lucas, 3 ans, a été adressé en consultation de pédopsychiatrie pour un retard de langage et des difficultés de concentration. Sa mère, Sophie, a contracté le Covid-19 à 7 mois de grossesse, avec une forme modérée nécessitant un repos strict mais sans hospitalisation. À la naissance, Lucas ne présentait aucune anomalie apparente. Pourtant, vers 18 mois, ses parents ont remarqué qu’il ne parlait pas autant que les autres enfants de son âge, et qu’il avait du mal à maintenir son attention sur une activité. Après une évaluation approfondie, un trouble du développement du langage et des fonctions exécutives a été diagnostiqué. Bien que d’autres facteurs puissent entrer en jeu, l’exposition in utero au SARS-CoV-2 a été considérée comme un facteur de risque probable par l’équipe médicale.

Quels sont les troubles du neurodéveloppement les plus fréquents ?

Les études actuelles montrent que les troubles les plus souvent diagnostiqués chez les enfants exposés in utero au Covid-19 sont les retards ou troubles du langage et de la communication, suivis par des troubles de la motricité fine et des difficultés d’apprentissage. Ces troubles peuvent se manifester par un vocabulaire limité, des difficultés à construire des phrases, une mauvaise coordination, ou des retards dans l’acquisition de la propreté ou de l’autonomie.

Il est important de noter que ces troubles ne sont pas spécifiques à l’exposition au Covid-19 : ils peuvent aussi survenir après d’autres infections maternelles pendant la grossesse (comme la grippe, la toxoplasmose, ou le cytomégalovirus), ou en cas de prématurité, de souffrance fœtale, ou de facteurs environnementaux défavorables. Cependant, le Covid-19 semble ajouter un risque supplémentaire, notamment en raison de l’inflammation systémique qu’il provoque chez la mère, et qui peut affecter le développement du cerveau fœtal.

Les mécanismes exacts par lesquels le SARS-CoV-2 pourrait altérer le neurodéveloppement restent à préciser. Plusieurs hypothèses sont avancées :

  • L’inflammation maternelle, avec la production de cytokines pro-inflammatoires, pourrait traverser le placenta et perturber la formation des connexions neuronales.
  • La fièvre maternelle, surtout si elle est élevée et prolongée, est un facteur de risque connu pour les troubles du neurodéveloppement.
  • Le stress oxydatif et les perturbations métaboliques induites par l’infection pourraient aussi jouer un rôle.
  • Enfin, dans de rares cas, une transmission verticale du virus (de la mère au fœtus) a été documentée, bien que son impact sur le cerveau reste mal connu.

Exemple clinique : l’histoire d’Emma

Emma, 2 ans et demi, a été suivie en orthophonie pour un retard de langage expressif. Sa mère, Laura, avait été hospitalisée pour une forme sévère de Covid-19 à 6 mois de grossesse, avec une oxygénothérapie nécessaire pendant plusieurs jours. À la naissance, Emma était en bonne santé, mais vers 18 mois, ses parents ont remarqué qu’elle ne disait que quelques mots et avait du mal à comprendre les consignes simples. L’évaluation en centre de référence a confirmé un trouble du développement du langage, sans autre anomalie. Emma bénéficie désormais d’une prise en charge précoce en orthophonie et en psychomotricité, avec une évolution encourageante.

Que faire si l’on a eu le Covid pendant la grossesse ?

Si vous avez contracté le Covid-19 pendant votre grossesse, il est important de ne pas paniquer : la majorité des enfants exposés in utero ne développent pas de trouble du neurodéveloppement. Cependant, une vigilance accrue est recommandée. Voici les étapes clés :

  1. Suivi pédiatrique régulier : Assurez-vous que votre enfant bénéficie de tous les bilans de santé prévus (à 1 mois, 2 mois, 4 mois, 9 mois, 12 mois, 24 mois, etc.). Ces consultations permettent de dépister précocement d’éventuels retards ou difficultés.
  2. Attention aux signes d’alerte : Soyez attentive à certains signes qui peuvent justifier une consultation spécialisée :
    • Retard dans l’acquisition du langage (pas de babillage à 12 mois, pas de mots à 18 mois, pas de phrases à 24 mois).
    • Difficultés de motricité (maladresse, retard pour tenir assis, marcher, attraper des objets).
    • Problèmes de comportement (hyperactivité, difficultés de concentration, troubles du sommeil persistants).
    • Retard dans l’acquisition de la propreté ou dans les interactions sociales.
  3. Consultation spécialisée si nécessaire : En cas de doute, n’hésitez pas à consulter un pédiatre, un neuropédiatre, ou un centre de référence en troubles du neurodéveloppement. Une évaluation précoce permet une prise en charge adaptée et améliore le pronostic.
  4. Prévention des facteurs de risque associés : Évitez l’exposition à d’autres facteurs de risque (tabac, alcool, stress chronique, malnutrition) pendant et après la grossesse.

Il est aussi essentiel de ne pas minimiser l’impact psychologique de la pandémie sur les parents. Le stress, l’anxiété, ou la dépression post-partum peuvent influencer le développement de l’enfant. Un accompagnement psychologique peut être utile pour les mères ayant vécu une grossesse compliquée par le Covid-19.

Exemple clinique : le parcours de Léa

Léa, 30 ans, a accouché il y a 6 mois d’une petite fille, Chloé. Elle a contracté le Covid-19 à 8 mois de grossesse, avec une forme modérée mais très angoissante. Depuis la naissance, Léa surveille attentivement le développement de Chloé. À 4 mois, elle a remarqué que sa fille avait du mal à tenir sa tête droite et ne suivait pas les objets des yeux. Inquiète, elle en a parlé à son pédiatre, qui a orienté Chloé vers un bilan en psychomotricité. Le diagnostic a révélé un léger retard moteur, pris en charge par des séances de kinésithérapie. Grâce à cette intervention précoce, Chloé a rapidement progressé.

Que sait-on des formes graves de Covid-19 pendant la grossesse ?

Les formes graves de Covid-19 chez la mère (nécessitant une hospitalisation, une oxygénothérapie, ou une réanimation) sont associées à un risque encore plus élevé de complications pour l’enfant. Une étude américaine a montré que les femmes enceintes atteintes d’une forme sévère ou critique de Covid-19 avaient un risque accru de césarienne, d’hypertension gravidique, et d’accouchement prématuré. Ces complications obstétricales sont elles-mêmes des facteurs de risque connus pour les troubles du neurodéveloppement.

Par ailleurs, les formes graves de Covid-19 s’accompagnent souvent d’une inflammation systémique plus intense, ce qui pourrait aggraver l’impact sur le cerveau fœtal. Cependant, même les formes modérées ou asymptomatiques ne sont pas anodines : l’étude de Shook et al. a montré un sur-risque de troubles du neurodéveloppement même en l’absence de symptômes maternels sévères.

Exemple clinique : le cas de Sarah et Noah

Sarah a développé une forme sévère de Covid-19 à 7 mois de grossesse, nécessitant une hospitalisation en réanimation pendant une semaine. Noah est né à 34 semaines de grossesse, avec un poids normal mais une légère détresse respiratoire néonatale. Dès les premiers mois, Sarah a remarqué que Noah était très agité, avait du mal à s’endormir, et réagissait de manière excessive aux stimuli sensoriels. À 2 ans, un bilan en centre spécialisé a confirmé un trouble de la régulation sensorielle et des difficultés d’attention. Noah bénéficie désormais d’une prise en charge globale (orthophonie, psychomotricité, guidance parentale), avec une amélioration progressive de son comportement.

Quelles sont les perspectives de recherche ?

Les études actuelles ne permettent pas encore de conclure définitivement sur le lien de causalité entre Covid-19 pendant la grossesse et troubles du neurodeveloppement. Plusieurs pistes de recherche sont en cours :

  • Mieux comprendre les mécanismes biologiques (rôle de l’inflammation, de la fièvre, des anticorps maternels, etc.).
  • Évaluer l’impact à plus long terme (au-delà de 3 ans), notamment sur les apprentissages scolaires et les compétences sociales.
  • Identifier des marqueurs précoces (biologiques ou cliniques) permettant de prédire quels enfants sont les plus à risque.
  • Étudier l’effet protecteur éventuel de la vaccination contre le Covid-19 pendant la grossesse.

Les chercheurs soulignent aussi l’importance de distinguer l’effet direct du virus de celui des mesures sanitaires (confinement, stress parental, réduction des interactions sociales) sur le développement de l’enfant. Des études complémentaires sont nécessaires pour affiner ces analyses.

En résumé : que retenir ?

L’infection par le SARS-CoV-2 pendant la grossesse est associée à un risque accru de troubles du neurodeveloppement chez l’enfant, notamment en cas d’infection au troisième trimestre. Les troubles les plus fréquents concernent le langage, la motricité, et les compétences sociales. Cependant, la majorité des enfants exposés in utero ne développent pas de trouble, et une prise en charge précoce permet d’améliorer significativement le pronostic.

Si vous avez eu le Covid-19 pendant votre grossesse, il est recommandé de :

  • Assurer un suivi pédiatrique régulier de votre enfant.
  • Être attentive aux signes d’alerte (retard de langage, difficultés motrices, troubles du comportement).
  • Consulter un spécialiste en cas de doute, sans attendre.
  • Prendre soin de votre santé mentale, car le bien-être des parents est essentiel au développement de l’enfant.

Enfin, la vaccination contre le Covid-19 pendant la grossesse est aujourd’hui recommandée par les autorités sanitaires, car elle réduit le risque de forme grave et, par conséquent, les complications potentielles pour la mère et l’enfant.

Pour aller plus loin

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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.


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