Sextorsion: de quoi s’agit-il?

Vous voulez en savoir plus sur la sextorsion? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires sur la sextorsion et comment s’en protéger.

Rédacteur « Sextorsion »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous

Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.

L’essentiel:

 

Épidémiologie chez l’enfant et l’adolescent

La sextorsion n’est plus une réalité marginale, confinée à quelques faits divers. Elle est devenue, en quelques années, l’une des formes les plus répandues de cyberviolence sexuelle touchant les enfants et les adolescents en France. Les chiffres officiels sont sans appel : en 2024, les cas de sextorsion pris en charge par le 3018, le dispositif national de lutte contre les violences numériques, ont progressé de 74 % en un seul an. Dans le même temps, l’Office des mineurs (OFMIN) a enregistré pas moins de 29 000 signalements de faits de sextorsion en ligne sur le territoire français en 2024, soit une hausse de 460 % en trois ans. Autrement dit, le phénomène a quasiment quintuplé en trois ans, et rien n’indique que cette courbe soit près de s’inverser.

Cette forme de chantage sexuel en ligne concerne particulièrement les mineurs, et notamment les filles comme les garçons âgés de 11 à 17 ans. Contrairement à une idée reçue, la sextorsion n’épargne aucun sexe : les adolescents et les adolescentes sont frappés, avec des modes opératoires parfois différents mais une même finalité – l’extorsion. Ce sont précisément ces jeunes, encore en construction psychique et affective, que les agresseurs ciblent en priorité, parce qu’ils vivent une partie de leur vie sociale sur les réseaux sociaux et les plateformes de jeux, et parce que la honte les conduit très souvent à se taire plutôt qu’à demander de l’aide.

Face à l’ampleur du phénomène, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) et le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées ont décidé de réagir avec un outil à la mesure du problème : une campagne de sensibilisation 100 % digitale, ancrée dans l’environnement quotidien des jeunes, déployée sur les réseaux sociaux qu’ils fréquentent. Son objectif est triple : aider les adolescents à mieux identifier, connaître et nommer cette forme de cyberviolence sexuelle ; leur apprendre comment réagir lorsqu’ils y sont confrontés, qu’ils soient victimes ou témoins ; et leur transmettre le réflexe d’en parler à un adulte ou de contacter le 3018, un service gratuit et confidentiel. Ce type de démarche s’inscrit dans les grandes situations où appeler à l’aide en santé mentale : savoir reconnaître un signal grave et savoir vers qui se tourner fait partie intégrante de la protection.

Sextorsion : de quoi parle-t-on exactement ?

Le terme « sextorsion » est la contraction de « extorsion sexuelle ». Il désigne une forme de chantage qui consiste à menacer une personne de diffuser des photographies ou des vidéos intimes la concernant – notamment auprès de ses proches ou sur les réseaux sociaux – afin d’obtenir de l’argent, de nouveaux contenus intimes ou l’exécution d’actes sexuels. La menace peut porter sur des images réelles : un cliché envoyé volontairement à un correspondant qui se révèle être un manipulateur, ou un contenu dérobé à la suite du piratage d’un compte. Elle peut aussi reposer sur des images truquées, fabriquées de toutes pièces grâce à l’intelligence artificielle, comme nous le verrons plus loin.

Un point essentiel doit être immédiatement posé : chaque menace, chaque pression, chaque diffusion non consentie constitue un acte illégal passible de poursuites pénales, avec des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. La sextorsion n’est donc ni une « blague » de plus en plus poussée entre adolescents, ni une simple escroquerie ordinaire, ni un litige privé que l’on réglerait à l’amiable. C’est une infraction pénale grave et, lorsque la victime est un enfant, une violence sexuelle au sens plein du terme – une atteinte directe à sa dignité et à son intégrité.

Il faut également le dire clairement : la notion de « consentement » d’un mineur est juridiquement et moralement exclue dans un contexte de manipulation sexuelle. Un enfant de 12 ans ou un adolescent de 15 ans peut certes cliquer sur « envoyer », répondre à un message flatteur, faire confiance à un inconnu qui se présente comme un pair sympathique – mais ce geste n’a aucune valeur de consentement, ni sur le plan juridique ni sur le plan éthique. L’agresseur exploite délibérément l’asymétrie d’âge, la naïveté ou la recherche d’affection pour piéger sa victime. La responsabilité de l’infraction incombe exclusivement à l’agresseur, jamais au jeune.

Pour bien comprendre de quoi l’on parle, prenons une situation illustrative, représentative des cas décrits par les institutions : Théo, 14 ans, joueur assidu d’un jeu de construction en ligne, se voit aborder par une personne qui se présente comme une adolescente de son âge, sympathique, qui partage sa passion. Les échanges se prolongent sur une application de messagerie. Après quelques semaines de complicité apparente, son interlocutrice lui demande une photo « plus intime ». Le lendemain, le ton change du tout au tout : la photo est entre ses mains, et Théo doit verser de l’argent sous peine de voir l’image envoyée à toute sa liste de contacts. Théo, mortifié, n’ose en parler à personne. Voilà, résumée, la mécanique de la sextorsion : la confiance d’abord, le chantage ensuite, le silence presque toujours.

Grooming : comment les agresseurs prennent l’emprise

La sextorsion ne tombe jamais du ciel. L’Avis de la CIIVISE sur la cyberpédocriminalité démontre qu’elle s’inscrit dans un véritable processus méthodique de conditionnement psychologique, que les spécialistes appellent le grooming. Ce processus suit presque toujours les mêmes étapes, et les connaître, c’est déjà pouvoir s’en protéger.

Première étape : l’approche. L’auteur aborde le jeune là où il se trouve, c’est-à-dire sur les réseaux sociaux ou sur les plateformes de jeux vidéo en ligne comme Roblox ou Minecraft – des univers conversationnels familiers des adolescents, où l’anonymat est facile et la confiance facile à gagner. Deuxième étape : la conquête de confiance. L’agresseur dissimule son identité, se fait passer pour une personne qu’il n’est pas – souvent un pair du même âge, parfois un adolescent séduisant ou une adolescente attirante – et gagne progressivement la confiance du jeune par des échanges quotidiens, des compliments, de la complicité. Troisième étape : la bascule. Dès qu’un premier cliché intime est obtenu, le ton change brutalement : c’est la menace, le chantage, l’ultimatum.

Cette bascule est presque toujours vécue par le jeune comme un séisme. La personne avec laquelle il riait la veille se révèle être un maître-chanteur. Le sentiment de trahison s’ajoute à la honte, et c’est précisément ce cocktail émotionnel qui verrouille la parole. Plus le jeune attend, plus l’emprise se renforce : l’agresseur compte sur le silence pour agir. C’est pour cela que la campagne nationale met en scène ces situations très concrètes, celles auxquelles des adolescents sont réellement confrontés, afin de montrer les mécanismes de la manipulation avant même qu’ils ne produisent leurs effets.

Les différentes formes de sextorsion

Le chantage sexuel en ligne s’exerce aujourd’hui sous plusieurs formes, que les parents comme les adolescents doivent apprendre à reconnaître. Trois configurations reviennent particulièrement souvent.

Captation et piratage de contenus privés

La première forme part d’un contenu obtenu sans le consentement de la victime. Il peut s’agir de l’enregistrement d’un flux vidéo à l’insu de la jeune personne, ou du détournement d’images privées issues d’un compte piraté. Dans ce cas de figure, la victime n’a jamais rien envoyé à personne : l’image a été volée, et c’est ce vol qui arme le chantage. Illustration : Léa, 13 ans, découvre qu’un compte qu’elle croyait sécurisé a été piraté ; quelques jours plus tard, un inconnu lui écrit en joignant des images privées et exige de l’argent contre leur non-diffusion à ses proches. L’adolescente n’a commis aucune imprudence particulière – c’est son accès qui a été forcé. Ce type de situation rappelle combien l’hygiène numérique (mots de passe, double authentification) n’est pas un détail.

Montages par intelligence artificielle (deepnudes)

Deuxième forme, plus récente et en pleine expansion : les hypertrucages. Des outils d’IA générative permettent aujourd’hui de créer des montages dénudés d’un réalisme saisissant, à partir d’une simple photo anodine glanée en ligne – une photo de classe, un portrait de profil, une image de vacances. Le résultat, parfois appelé « deepnude », met en scène une personne dans une situation intime qu’elle n’a jamais vécue. Pour la victime, la question de l’authenticité importe peu : l’effraction psychique et la terreur subies restent identiques à celles d’un contenu réel. Le chantage fonctionne de la même manière – « paie, ou je diffuse » – et l’humiliation ressentie est la même. Le législateur a d’ailleurs spécifiquement criminalisé la création et la diffusion de représentations sexuelles d’une personne générées par IA sans son accord, comme nous le verrons dans la partie juridique de cet article.

Prédation entre pairs et réseaux structurés

Troisième forme, peut-être la plus déroutante pour les adultes : si les auteurs de sextorsion peuvent être des adultes, ils sont de plus en plus jeunes, et il n’est pas rare que des mineurs exercent ce chantage contre d’autres mineurs. Certains de ces jeunes auteurs s’inscrivent de surcroît dans des communautés numériques sadiques organisées, du type The Com, CVLT ou 764, où le chantage et la surenchère dans l’humiliation servent de monnaie de statut social : celui qui humilie le plus « gagne » en reconnaissance au sein du groupe. Cette prédation entre pairs s’apparente à une forme extrême de harcèlement démultiplié par les outils numériques, avec une logique de groupe qui aggrave considérablement la pression exercée sur la victime. Comprendre cette dimension est essentiel : la sextorsion n’est pas toujours le fait d’un prédateur sexuel adulte isolé, elle peut être commise par le grand frère d’un camarade, un voisin de classe, ou un inconnu de 16 ans à l’autre bout de la France.

Pourquoi les adolescents sont-ils particulièrement vulnérables ?

Trois facteurs expliquent que la sextorsion frappe massivement la tranche d’âge des 11-17 ans. Le premier tient à l’asymétrie d’âge : l’agresseur est un adulte, ou un plus grand, qui maîtrise les codes de la manipulation, quand l’enfant ou l’adolescent découvre à peine les codes de la vie sociale. Le deuxième tient à la naïveté – non pas une naïveté coupable, mais une confiance naturelle envers les pairs, encore mal armée contre les identités falsifiées. Le troisième tient à la recherche d’affection : l’adolescence est un âge où l’on a besoin d’être vu, apprécié, désiré ; les compliments et l’attention de l’agresseur tombent exactement au bon endroit de cette quête.

S’y ajoute un facteur propre au fonctionnement des plateformes. Les réseaux sociaux majeurs investis par la campagne – Snapchat et TikTok – sont caractérisés par un environnement conversationnel qui est précisément ciblé par les agresseurs pour y installer des stratégies de chantage et de manipulation. Ces espaces intimes, où les échanges semblent éphémères et protégés du regard des parents, créent un sentiment de confidentialité trompeur, propice à l’envoi d’images intimes et aux prises de confiance.

Enfin, dernier facteur, et non des moindres : la honte. C’est l’arme silencieuse de la sextorsion. Le jeune qui a envoyé une image, ou qui se croit responsable de la situation, redoute le regard des adultes autant que celui de ses camarades. Il craint d’être grondé, privé de son téléphone, moqué. Ce silence profite à 100 % à l’agresseur. C’est pourquoi le message central de toutes les institutions est constant : avoir fait confiance, avoir envoyé une image, avoir répondu à un message ne constitue jamais une faute. La honte et la responsabilité légale reposent exclusivement sur l’agresseur.

Honte, culpabilité, isolement : le poids psychologique de la sextorsion

Les conséquences psychologiques de la sextorsion sont au cœur de sa gravité. Les professionnels parlent d’effraction psychique : la victime a été pénétrée dans son intimité la plus profonde, sans contact physique aucun, et la terreur ressentie est réelle, durable, comparable dans ses effets à celle d’une agression sexuelle classique. Ce vécu relève de ce que la psychiatrie décrit sous le terme de traumatisme, et peut évoluer vers un tableau de syndrome de stress post-traumatique lorsque l’enfant reste seul face au chantage, sans mots pour dire ce qu’il subit.

La mécanique interne est bien connue : le jeune se sent coupable (« je n’aurais pas dû envoyer cette photo »), il a honte (« si mes parents voyaient ça… »), il se sent piégé (« si je paie, ça s’arrêtera ; mais si je ne paie pas, tout le collège verra »). Chaque concession renforce l’emprise de l’agresseur, et le piège se referme un peu plus à chaque étape. C’est précisément lorsque le jeune ne voit plus d’issue face au chantage que la situation devient la plus dangereuse – un ressenti d’impasse que l’on retrouve dans d’autres situations où le jeune ne voit plus d’issue, et qui rend d’autant plus urgent le fait de briser le silence.

C’est sur ce point que le travail de santé mentale rejoint le travail de prévention. Désamorcer le sentiment de honte et de culpabilité, rappeler que le jeune est victime d’un chantage et d’une violence sexuelle dont il n’est pas responsable, l’encourager à ne pas rester seul : ces trois messages constituent la colonne vertébrale de la campagne nationale. Comme le rappelle le Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, la victime n’est en aucun cas responsable du chantage qu’elle subit, et la honte doit changer de camp : c’est celui qui extorque qui commet une infraction, jamais celui qui lui fait confiance. Cette inversion de la culpabilité conditionne tout : un jeune qui ne se sent pas coupable ose parler ; un jeune qui ose parler sort de l’emprise.

Pour les proches, il est utile de savoir que cette souffrance peut s’inscrire dans une douleur psychique plus large, dont les contours cliniques sont décrits dans les dossiers consacrés à la dépression. Mais la première urgence n’est pas le diagnostic : c’est la rupture de l’isolement. Un enfant cru, soutenu et accompagné se rétablit infiniment mieux qu’un enfant laissé seul avec son secret.

Que faire en cas de sextorsion ? Le rôle clé du 3018

Face à une situation de sextorsion, la question n’est pas « qu’ai-je fait de mal ? » mais « à qui en parler, et tout de suite ? ». Deux réflexes doivent être immédiatement activés : se confier à un adulte de confiance – un parent, un membre de la famille, un adulte de l’école – et contacter le 3018. Pour savoir comment aider un proche en difficulté psychique, la règle vaut aussi pour les parents : accueillir sans juger, croire, et agir vite.

Le 3018 : un dispositif gratuit, anonyme et confidentiel

Le 3018 est le dispositif national de lutte contre les violences numériques. Il est gratuit, anonyme et confidentiel, accessible 7 jours sur 7, de 9 h à 23 h. Trois canaux le rendent joignable : par téléphone, par tchat sur l’application 3018 – un mode de communication particulièrement adapté aux usages des adolescents, qui préfèrent souvent écrire que parler – ou par email. Le 3018 est ce qu’on appelle un signaleur de confiance officiel : il accueille la parole des adolescents sans jugement, accompagne notamment les jeunes victimes de violences numériques, et peut intervenir directement auprès des plateformes pour signaler et faire supprimer en quelques heures les contenus intimes et les comptes préjudiciables.

Cette capacité d’intervention technique change tout. La victime n’a pas besoin de connaître les formulaires de signalement de chaque réseau social, ni de prouver quoi que ce soit : elle expose sa situation, et le 3018 agit. Le contenu intime est retiré, le compte du maître-chanteur est signalé. Pour un adolescent enfermé dans le chantage, savoir qu’il existe un service capable de faire disparaître concrètement la menace, gratuitement et sans conséquence pour lui, c’est découvrir qu’une issue existe – et que le chantage n’est pas une fatalité.

Les réflexes de protection à transmettre aux jeunes

En complément du réflexe « 3018 », plusieurs réflexes essentiels doivent être transmis aux jeunes. Les voici, tels que formulés dans le cadre de la prévention :

  • Sécuriser ses accès : comptes en mode privé, mots de passe complexes et uniques pour chaque service, et double authentification activée dès qu’elle est proposée.
  • Protéger sa vie privée : limiter la diffusion de renseignements personnels (nom de l’établissement scolaire, géolocalisation, informations identifiantes) qui permettent à un agresseur de crédibiliser sa menace.
  • Bloquer et ne pas céder : ne jamais verser d’argent et ne jamais céder aux menaces – chaque concession, chaque paiement, chaque nouvelle image envoyée renforce l’emprise de l’agresseur au lieu de l’apaiser.
  • Conserver les preuves : réaliser des captures d’écran des échanges et des identifiants de l’auteur avant de le bloquer, afin de disposer des éléments utiles au signalement.

Ces réflexes ne garantissent pas à eux seuls la protection – un jeune peut avoir fait tout « correctement » et être malgré tout victime d’un hypertrucage à partir d’une simple photo de classe. Mais ils réduisent la surface d’attaque, et surtout, ils préparent la réaction juste : ne pas payer, garder les preuves, en parler, alerter le 3018.

Safety by Design : la sécurité ne peut pas reposer sur les seuls enfants

Il faut le dire et le répéter : la protection des mineurs ne peut pas reposer sur la seule vigilance des enfants ou des familles. Demander à un adolescent de 13 ans d’être plus malin qu’un réseau structuré de manipulateurs, c’est inverser la charge de la protection. C’est pourquoi les autorités de protection de l’enfance portent le principe de Safety by Design – la sécurité dès la conception – qui impose aux plateformes d’intégrer la protection des utilisateurs mineurs dans le fonctionnement même de leurs services, et non en option à activer. Trois mesures illustrent concrètement ce principe : le blocage des contacts non sollicités, le paramétrage privé par défaut des comptes, et le contrôle d’âge vérifié.

Cette approche change le regard sur la prévention. Tant que la sécurité reste une option à configurer, elle profite aux jeunes déjà avertis et délaisse les autres ; rendue par défaut, elle protège tout le monde, y compris les plus vulnérables. Pour les parents, il est utile de vérifier avec leur enfant que ces paramètres – compte privé, restrictions de contact – sont bien appliqués sur les applications utilisées, sans transformer cette vérification en interrogatoire : le climat de confiance reste la meilleure des protections, car un enfant qui n’a pas peur de la réaction de ses adultes continuera d’en parler.

La campagne nationale 2026 contre la sextorsion

C’est pour répondre à cette urgence que la CIIVISE et le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées déploient, du 25 septembre au 14 octobre 2026, une campagne de communication nationale 100 % digitale. Sa cible : les adolescents de 11 à 17 ans. Son terrain : deux réseaux sociaux majeurs, Snapchat et TikTok – dont l’environnement conversationnel est particulièrement ciblé par les agresseurs. Son ambition : sensibiliser les jeunes aux risques de la sextorsion, qualifiée de violence sexuelle numérique, aider les victimes à désamorcer le sentiment de honte, et inciter au réflexe vital de contacter le 3018.

La campagne met en scène des situations auxquelles des adolescents peuvent être confrontés, afin de montrer concrètement les stratégies d’emprise (grooming) mises en place par les agresseurs : aller à leur rencontre sur les réseaux qu’ils fréquentent, gagner progressivement leur confiance et, souvent, se faire passer pour une personne qu’ils ne sont pas. Lorsque le jeune ne voit plus d’issue face au chantage, la campagne introduit la notion de sextorsion et désamorce le sentiment de honte et de culpabilité : le jeune est victime de chantage et d’une violence sexuelle, il n’est pas responsable – la responsabilité de l’infraction incombant exclusivement à l’agresseur – et il ne doit pas rester seul face à cette situation.

La campagne repose sur trois piliers :

  • La sextorsion est une violence sexuelle et une infraction pénale grave : il ne s’agit ni d’un simple litige privé, ni d’une « escroquerie » ordinaire, mais d’une atteinte directe à la dignité et à l’intégrité de l’enfant.
  • L’inversion totale de la culpabilité : la victime n’est en aucun cas responsable du chantage subi. Avoir fait confiance, envoyé une image ou répondu à un message ne constitue jamais une faute. La honte et la responsabilité légale reposent exclusivement sur l’agresseur.
  • La rupture de l’isolement : l’adolescent ne doit pas rester seul. Il est vivement encouragé à se confier à un adulte de confiance et à recourir immédiatement au 3018.

Le lancement de cette campagne s’inscrit dans un agenda politique précis : il intervient à l’occasion du Comité de suivi interministériel du Plan de lutte contre les violences faites aux enfants 2023-2027, réuni le lundi 28 septembre. Ce comité permet de dresser un bilan des avancées du Plan et de renforcer sa mise en œuvre, avec une attention particulière portée à l’effectivité de la protection et de la prise en soin des enfants victimes. À cette occasion, plusieurs nouveaux outils sont présentés : la campagne de sensibilisation à la sextorsion, la nouvelle campagne du 119, et le e-learning national « Enfants en danger », disponible à compter du 1er octobre.

La ministre de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées, Stéphanie Rist, a résumé l’esprit de ce dispositif : « La sextorsion est une violence qui touche directement nos enfants et nos adolescents, dans un espace numérique qui fait pleinement partie de leur quotidien. Nous devons leur donner les moyens de reconnaître ces situations, de savoir qu’ils n’en sont jamais responsables et surtout de ne pas rester seuls. Avec cette campagne, le réflexe c’est : en parler et contacter le 3018 pour être accompagné et protégé. »

Ce que prévoit la loi : qualifications pénales de la sextorsion

Juridiquement, la sextorsion n’est pas un « jeu déviant » ni une bêtise d’adolescent : c’est un ensemble d’infractions pénales punies par le Code pénal français. Plusieurs qualifications peuvent être retenues, souvent cumulées, selon les actes commis par l’agresseur.

Infraction Article du Code pénal Peines encourues
Chantage / extorsion sexuelle Art. 227-22-2 7 ans d’emprisonnement et 100 000 € d’amende (portées à 10 ans et 150 000 € lorsque la victime a moins de 15 ans)
Crime de viol (contrainte exercée à distance par chantage numérique) Art. 222-23-1 Requalification confirmée par la Cour de cassation le 14 janvier 2026
Sollicitation à caractère sexuel auprès d’un mineur (transmission d’images pornographiques) Art. 227-23-1 Infraction pénalement sanctionnée
Création et diffusion de représentations sexuelles générées par IA sans accord Art. 226-8-1 Infraction pénalement sanctionnée
Corruption de mineur Art. 227-22 Infraction pénalement sanctionnée
Diffusion non consentie de contenus intimes Art. 226-2-1 Infraction pénalement sanctionnée

L’apport le plus remarquable de la jurisprudence récente concerne la qualification de viol. Par un arrêt historique du 14 janvier 2026, la Cour de cassation a confirmé que la contrainte exercée à distance par chantage numérique pour obliger un mineur à se livrer à des actes d’autopénétration filmés constitue un viol à part entière, même en l’absence de tout contact physique direct. Cette décision marque une étape majeure : elle reconnaît que la violence sexuelle numérique n’est pas une version atténuée de la violence sexuelle, et que la contrainte psychologique exercée à distance peut être aussi efficace, et aussi destructrice, qu’une contrainte physique.

Pour les familles, ces qualifications ont une portée concrète : chaque menace, chaque pression, chaque diffusion non consentie est un acte illégal, passible de poursuites pénales avec des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans de prison. Un parent à qui son enfant se confie n’a donc pas à hésiter sur le caractère « grave » des faits : le droit a déjà tranché, et il a tranché du côté des victimes. Une consultation avec un psychiatre ou un psychologue peut par ailleurs être utile pour accompagner la prise en soin psychologique de l’enfant, en parallèle des démarches de signalement.

Sextorsion : l’essentiel à retenir

La sextorsion est un chantage à la diffusion d’images intimes, réelles ou truquées, destiné à extorquer de l’argent, de nouveaux contenus ou des actes sexuels. Elle explose en France : +74 % de cas pris en charge par le 3018 en 2024, 29 000 signalements enregistrés par l’OFMIN la même année, et une progression de 460 % en trois ans. Elle touche en priorité les 11-17 ans, filles et garçons confondus, sur des terrains que les adolescents fréquentent quotidiennement – Snapchat, TikTok, Roblox, Minecraft. Elle repose sur un conditionnement psychologique méthodique (grooming) dont chaque étape est identifiable, et sur un chantage qui peut s’appuyer sur des contenus volés, piratés ou fabriqués par intelligence artificielle.

Face à ce phénomène, trois certitudes doivent être partagées par tous – jeunes, parents, professionnels. Première certitude : la sextorsion est une violence sexuelle numérique et une infraction pénale grave, punie par la loi, et la justice va jusqu’à qualifier de viol le chantage numérique contraignant un mineur à des actes sexuels filmés. Deuxième certitude : la victime n’est jamais responsable – avoir fait confiance, avoir envoyé une image, avoir répondu à un message ne constitue jamais une faute, et le consentement d’un mineur est juridiquement et moralement exclu dans un contexte de manipulation sexuelle. Troisième certitude : personne ne doit rester seul face à ce chantage, car l’isolement est l’oxygène de l’agresseur.

Le réflexe, donc, est simple, et il vaut pour les victimes comme pour les témoins : en parler à un adulte de confiance, et contacter le 3018 – service gratuit, anonyme et confidentiel, accessible 7 jours sur 7 de 9 h à 23 h par téléphone, tchat ou email – qui écoute sans juger, accompagne, et peut intervenir pour faire supprimer en quelques heures les contenus et comptes préjudiciables. Briser l’omerta, c’est déjà se protéger ; nommer la sextorsion, c’est déjà en sortir.

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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue. L’article est prêt et affiché dans le canvas « Sextorsion : article grand public (HTML) »


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