Comment le microbiote intestinal agit-il sur le cerveau ?

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Rédacteur « microbiote intestinal cerveau »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous

Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.

L’essentiel

  • les études sont de plus en plus éloquentes.
  • des débouchés thérapeutiques sont en passe d’être proposés.

Comment le microbiote intestinal agit-il sur le cerveau ? Décryptage scientifique

Le lien entre notre intestin et notre cerveau, longtemps considéré comme une simple intuition, est aujourd’hui un champ de recherche en pleine expansion. Les scientifiques ont en effet découvert que le microbiote intestinal – cet ensemble de milliards de bactéries, virus et champignons peuplant notre tube digestif – joue un rôle clé dans la régulation de nos émotions, de notre humeur, et même de notre santé mentale. Mais comment un écosystème situé dans nos intestins peut-il influencer un organe aussi complexe que le cerveau ? Une étude révolutionnaire publiée dans Nature Communications en 2020 par une équipe de chercheurs français, dont Grégory Chevalier, Gérard Eberl et Pierre-Marie Lledo, apporte des réponses concrètes à cette question. Leurs travaux, menés sur des souris, révèlent un mécanisme biologique précis : le microbiote intestinal agit sur le cerveau via le système endocannabinoïde, un réseau de signalisation impliqué dans la régulation de l’humeur, du stress et de la neurogenèse. Voici une plongée détaillée dans cette découverte majeure, ses implications pour la compréhension de la dépression, et les pistes thérapeutiques qu’elle ouvre.

La dépression : un fléau mondial aux mécanismes complexes

Une maladie aux multiples visages

La dépression est aujourd’hui la première cause d’incapacité dans le monde, touchant plus de 300 millions de personnes selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Malgré sa prévalence et son impact économique considérable, ses mécanismes restent mal compris. Les symptômes de la dépression – tristesse persistante, perte d’intérêt, fatigue, troubles du sommeil ou de l’appétit – cachent une réalité biologique complexe, où se mêlent dérèglements de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA), inflammation chronique, réduction de la neuroplasticité, et perturbations des systèmes neuromodulateurs comme les monoamines (sérotonine, dopamine) ou les endocannabinoïdes (eCB). Parmi les zones cérébrales les plus impliquées, l’hippocampe occupe une place centrale. Des études en imagerie cérébrale ont montré que les personnes dépressives présentent souvent une réduction du volume de l’hippocampe, une région clé pour la mémoire, l’apprentissage et la régulation des émotions. Chez l’animal, un stress chronique – comme celui reproduit par le modèle d’Unpredictable Chronic Mild Stress (UCMS) – induit une diminution de la neurogenèse adulte dans l’hippocampe, c’est-à-dire la capacité du cerveau à produire de nouveaux neurones. Or, cette neurogenèse est essentielle pour amortir les réactions excessives de l’axe HPA face au stress et maintenir un comportement normal. Les antidépresseurs, qu’ils soient classiques (comme les ISRS) ou alternatifs (exercice physique, thérapies), agissent en partie en stimulant cette neurogenèse hippocampique.

Le microbiote : un acteur méconnu de la santé mentale

Au cours de la dernière décennie, les chercheurs ont découvert que le microbiote intestinal – autrefois considéré comme un simple « passager » de notre organisme – exerce une influence bien plus large que la digestion. Il module en effet notre système immunitaire, notre métabolisme, et même notre système nerveux central. Chez les patients dépressifs, des altérations de la composition du microbiote (appelées dysbiose) ont été observées à plusieurs reprises. Par exemple, des études ont montré que le microbiote de personnes dépressives, une fois transplanté à des rats traités aux antibiotiques, induit des comportements de type dépressif chez ces animaux. De plus, la dysbiose intestinale est associée à plusieurs caractéristiques neurobiologiques de la dépression, comme :
– Une inflammation chronique de bas grade,
– Un dysfonctionnement de l’axe HPA,
– Une diminution de la neurogenèse adulte dans l’hippocampe. Ces observations ont conduit à l’émergence du concept d’axe intestin-cerveau, un réseau de communication bidirectionnelle entre le tube digestif et le système nerveux central. Cet axe implique des voies nerveuses (comme le nerf vague), des voies immunitaires, et des voies métaboliques, notamment via la production de métabolites bactériens capables de traverser la barrière hémato-encéphalique.

Les probiotiques : une piste thérapeutique prometteuse

Les premières preuves de l’influence du microbiote sur la santé mentale viennent aussi des probiotiques. Chez l’animal, l’administration de certaines souches bactériennes (comme les Lactobacillus) a montré des effets anxiolytiques et antidépresseurs. Chez l’humain, des essais cliniques ont révélé que des compléments probiotiques pouvaient améliorer l’humeur chez des patients dépressifs. Pourtant, malgré ces avancées, les mécanismes moléculaires reliant le microbiote à la dépression restaient largement inconnus… jusqu’à l’étude de Chevalier et al.

L’étude clé : comment le microbiote influence le cerveau via les endocannabinoïdes

Un modèle animal pour comprendre la dépression

Pour explorer le rôle causal du microbiote dans les comportements dépressifs induits par le stress, les chercheurs ont utilisé le modèle UCMS (Unpredictable Chronic Mild Stress) chez la souris. Ce modèle reproduit fidèlement les symptômes de la dépression humaine : les souris soumises à 8 semaines de stress imprévisible (comme des changements de cage, des privations de nourriture, ou des bruits soudains) développent des comportements de type dépressif, comme :
– Une augmentation du temps d’immobilité dans les tests de suspension par la queue et de nage forcée (des tests classiques pour évaluer le « désespoir comportemental » chez l’animal),
– Une diminution de l’appétit et du toilettage (signe d’apathie),
– Une réduction de la neurogenèse hippocampique, mesurée par la diminution du nombre de cellules souches neurales (marquées par Ki67) et de neurones immatures (marqués par DCX) dans le gyrus denté de l’hippocampe.

La transplantation fécale : une preuve de causalité

L’expérience la plus marquante de l’étude consiste en une transplantation fécale : les chercheurs ont prélevé le microbiote de souris stressées (UCMS) et de souris contrôles, puis l’ont transplanté à des souris naïves (n’ayant jamais été stressées). Résultat :
– Les souris ayant reçu le microbiote des souris UCMS ont développé les mêmes comportements dépressifs que leurs donneuses, avec une augmentation du temps d’immobilité dans les tests de désespoir et une réduction du toilettage.
– Leur neurogenèse hippocampique a également chuté, avec une diminution significative des cellules Ki67+ et DCX+.
– En revanche, aucune anxiété n’a été observée chez ces souris, confirmant que le microbiote des souris UCMS transmet spécifiquement des symptômes dépressifs, et non anxieux. Cette expérience prouve que le microbiote seul peut induire des comportements dépressifs, indépendamment du stress environnemental. C’est une avancée majeure : elle établit un lien causal entre dysbiose intestinale et dépression.

Le rôle clé des acides gras et du système endocannabinoïde

Pour comprendre comment le microbiote agit sur le cerveau, les chercheurs ont analysé le métabolome (l’ensemble des métabolites) des souris. Ils ont découvert que les souris UCMS et les souris ayant reçu leur microbiote présentaient :
– Une diminution marquée des niveaux sériques de monoacylglycérols (MAG) et de diacylglycérols (DAG), des lipides précurseurs des endocannabinoïdes.
– Une baisse des acides gras polyinsaturés oméga-6 (n-6 PUFA), comme l’acide arachidonique (AA, 20:4n-6) et son précurseur, l’acide linoléique (18:2n-6). Or, l’AA est un précurseur direct du 2-arachidonoylglycérol (2-AG), l’un des principaux endocannabinoïdes du cerveau. Les endocannabinoïdes (eCB) sont des molécules produites naturellement par l’organisme, qui activent les récepteurs CB1 (présents en abondance dans l’hippocampe) et jouent un rôle clé dans :
– La régulation de l’humeur,
– La réponse au stress,
– La neurogenèse adulte. Les chercheurs ont confirmé que les souris UCMS et les souris ayant reçu leur microbiote avaient des niveaux réduits de 2-AG dans l’hippocampe, ainsi qu’une diminution de l’activation de la voie mTOR (une voie de signalisation cellulaire essentielle pour la neurogenèse, activée par les récepteurs CB1). Une corrélation inverse a même été observée entre les niveaux sériques de 1-AG (un isomère du 2-AG) et le temps d’immobilité dans le test de suspension par la queue : plus les niveaux de 1-AG étaient bas, plus les comportements dépressifs étaient marqués.

La dysbiose : une signature spécifique

L’analyse du microbiote des souris UCMS a révélé une diminution de l’abondance des Lactobacillus, une famille de bactéries connues pour leurs effets bénéfiques sur la santé intestinale et mentale. Cette observation est cruciale : elle suggère que la dysbiose induite par le stress chronique se caractérise par une perte de bactéries protectrices, comme les Lactobacillus, qui pourraient normalement contribuer à maintenir un équilibre du système endocannabinoïde.

Restaurer l’équilibre : les solutions testées par les chercheurs

1. Bloquer la dégradation des endocannabinoïdes

Pour confirmer le rôle du système endocannabinoïde dans les comportements dépressifs induits par le microbiote, les chercheurs ont testé une approche pharmacologique : inhibiter l’enzyme MAGL (monoacylglycérol lipase), responsable de la dégradation du 2-AG. Ils ont utilisé le JZL184, un inhibiteur sélectif de la MAGL, administré par injection intrapéritonéale pendant 4 semaines aux souris ayant reçu le microbiote UCMS. Les résultats ont été spectaculaires :
– Le JZL184 a augmenté les niveaux de 2-AG dans l’hippocampe des souris,
– Il a rétabli l’activation de la voie mTOR (avec une augmentation de la phosphorylation de mTOR, p70S6K et rpS6),
– Il a réduit les comportements dépressifs dans les tests de suspension par la queue, de nage forcée et de toilettage,
– Il a stimulé la neurogenèse hippocampique, avec une augmentation du nombre de cellules Ki67+, DCX+ et EdU+ (marqueur de la survie des nouveaux neurones). Pour prouver que ces effets passaient bien par les récepteurs CB1, les chercheurs ont co-administré le JZL184 avec le rimonabant, un antagoniste sélectif des récepteurs CB1. Résultat : le rimonabant a complètement bloqué les effets bénéfiques du JZL184, confirmant que l’amélioration dépendait bien de l’activation des récepteurs CB1. Une expérience supplémentaire a montré que le AM6545 (un antagoniste des récepteurs CB1 périphériques, qui ne traverse pas la barrière hémato-encéphalique) n’avait aucun effet sur les comportements dépressifs. Cela prouve que ce sont bien les récepteurs CB1 centraux (dans le cerveau) qui sont impliqués dans la régulation de l’humeur.

2. Compléter l’alimentation en acide arachidonique

Si le microbiote UCMS induit une carence en précurseurs des endocannabinoïdes, alors compléter l’alimentation en ces précurseurs devrait restaurer les niveaux de 2-AG et améliorer les symptômes. C’est ce que les chercheurs ont testé en administrant de l’acide arachidonique (AA) par gavage oral pendant 5 semaines aux souris ayant reçu le microbiote UCMS. Les résultats ont été tout aussi concluants :
– L’AA a rétabli les niveaux de 2-AG dans l’hippocampe,
– Il a inversé les comportements dépressifs dans les tests de désespoir,
– Il a partiellement restauré la neurogenèse hippocampique,
– Il a également augmenté les niveaux d’anandamide (AEA), un autre endocannabinoïde majeur, ainsi que ceux des oméga-3 et oméga-6 dans l’hippocampe.

3. Réensemencer avec des Lactobacillus

Enfin, les chercheurs ont testé une approche probiotique : ils ont administré une souche spécifique de Lactobacillus plantarum (LpWJL) aux souris ayant reçu le microbiote UCMS. Les résultats ont montré que :
– Le LpWJL a augmenté les niveaux de 2-AG et d’AEA dans l’hippocampe,
– Il a amélioré les comportements dépressifs,
– Il a stimulé la neurogenèse hippocampique. Cette dernière observation est particulièrement intéressante, car elle suggère que certaines souches probiotiques pourraient agir directement sur le système endocannabinoïde, offrant une piste thérapeutique naturelle et peu invasive.

Mécanismes : comment le microbiote influence le système endocannabinoïde

Un cercle vicieux : stress, microbiote et endocannabinoïdes

L’étude de Chevalier et al. propose un scénario mécanistique pour expliquer comment le stress chronique, l’alimentation et le microbiote génèrent une boucle de rétroaction pathologique contribuant aux comportements dépressifs via le système endocannabinoïde. Voici les étapes clés : 1. Le stress chronique (ou une alimentation déséquilibrée) induit une dysbiose intestinale, caractérisée par une diminution des Lactobacillus et d’autres bactéries bénéfiques.
2. Cette dysbiose altère le métabolisme des lipides de l’hôte, entraînant une diminution des précurseurs des endocannabinoïdes (comme l’AA et les DAG) dans le sang.
3. La baisse des précurseurs réduit la production de 2-AG dans l’hippocampe, ce qui entraîne : – Une diminution de l’activation des récepteurs CB1, – Un dysfonctionnement de la voie mTOR, essentielle pour la neurogenèse, – Une réduction de la neurogenèse adulte dans l’hippocampe.
4. La baisse de la neurogenèse et l’activation insuffisante des récepteurs CB1 aggravent les symptômes dépressifs, créant un cercle vicieux où le stress et la dépression s’auto-entretiennent.

Pourquoi les endocannabinoïdes sont-ils si importants ?

Les endocannabinoïdes, comme le 2-AG et l’AEA, sont des neuromodulateurs produits à la demande par les neurones. Ils jouent un rôle clé dans :
– La régulation de l’humeur : des études ont montré que des niveaux bas d’endocannabinoïdes sont associés à la dépression, tandis que leur augmentation a des effets antidépresseurs.
– La réponse au stress : les récepteurs CB1 modulent l’activité de l’axe HPA, réduisant la libération de cortisol (l’hormone du stress).
– La neuroplasticité : en activant la voie mTOR, les endocannabinoïdes favorisent la croissance et la survie des nouveaux neurones dans l’hippocampe. Chez les souris UCMS, la diminution du 2-AG dans l’hippocampe a été directement corrélée à la sévérité des comportements dépressifs. En restaurant les niveaux de 2-AG (via le JZL184 ou l’AA), les chercheurs ont pu inverser ces symptômes, prouvant le rôle central de ce système.

Le microbiote : un régulateur indirect mais puissant

Le microbiote ne produit pas directement des endocannabinoïdes, mais il influence leur synthèse de plusieurs manières :
– En modulant le métabolisme des lipides : certaines bactéries (comme les Lactobacillus) favorisent la production d’AA et d’autres précurseurs des eCB.
– En régulant la perméabilité intestinale : une dysbiose peut entraîner une inflammation chronique, qui à son tour perturbe le métabolisme des lipides.
– En produisant des métabolites : certaines bactéries génèrent des acides gras à chaîne courte (comme le butyrate) ou des neurotransmetteurs (comme la sérotonine), qui peuvent influencer indirectement le système endocannabinoïde. Dans l’étude, les chercheurs ont vérifié que la dysbiose induite par le stress n’affectait pas la perméabilité intestinale (mesurée par un test au dextran-FITC), ce qui suggère que l’effet du microbiote sur les eCB passe principalement par une altération du métabolisme des lipides.

Implications cliniques : vers de nouvelles stratégies thérapeutiques

La dépression : une maladie du microbiote ?

Les résultats de cette étude ouvrent la voie à une nouvelle compréhension de la dépression, où le microbiote intestinal jouerait un rôle aussi important que les déséquilibres chimiques cérébraux classiques (comme la sérotonine ou la dopamine). Comme le rappelle le Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, les approches thérapeutiques de la dépression pourraient bientôt intégrer une dimension microbiotique, en complément des traitements existants.

Plusieurs pistes se dégagent :
1. Les probiotiques : Certaines souches de Lactobacillus ou Bifidobacterium pourraient être utilisées pour restaurer l’équilibre du microbiote et stimuler la production d’endocannabinoïdes. Des essais cliniques sont déjà en cours pour évaluer leur efficacité chez l’humain.
2. Les prébiotiques : Ces fibres alimentaires favorisent la croissance des bactéries bénéfiques. Une alimentation riche en prébiotiques (ail, oignon, banane, asperges) pourrait ainsi soutenir indirectement le système endocannabinoïde.
3. Les compléments en oméga-3 et oméga-6 : L’acide arachidonique (AA) et d’autres acides gras polyinsaturés pourraient être utilisés pour restaurer les niveaux de 2-AG chez les patients dépressifs.
4. Les inhibiteurs de la MAGL : Des molécules comme le JZL184 (ou ses équivalents chez l’humain) pourraient être développées pour augmenter les niveaux d’endocannabinoïdes dans le cerveau. Cependant, leur utilisation devra être soigneusement évaluée pour éviter des effets secondaires (comme une désensibilisation des récepteurs CB1).

Vers une médecine personnalisée

L’un des enseignements majeurs de cette étude est que la dépression n’est pas une maladie uniforme, mais un trouble multfactoriel où le microbiote joue un rôle clé. À l’avenir, les traitements pourraient être personnalisés en fonction du profil microbiotique du patient. Par exemple :
– Un patient avec une dysbiose marquée (faible diversité bactérienne, manque de Lactobacillus) pourrait bénéficier d’une thérapie probiotique ciblée.
– Un patient avec des niveaux bas d’AA pourrait se voir prescrire des compléments en oméga-6.
– Un patient avec une activation insuffisante des récepteurs CB1 pourrait être traité avec des modulateurs du système endocannabinoïde. Cette approche intégrative, combinant psychiatrie et microbiologie, pourrait révolutionner la prise en charge de la dépression, en ciblant non seulement le cerveau, mais aussi l’intestin.

Prévention : prendre soin de son microbiote pour préserver son cerveau

En attendant que ces traitements soient disponibles, plusieurs mesures préventives peuvent être adoptées pour préserver un microbiote sain et soutenir le système endocannabinoïde :
– Adopter une alimentation équilibrée : riche en fibres (fruits, légumes, céréales complètes), en oméga-3 (poissons gras, noix) et en oméga-6 (huiles végétales), et pauvre en aliments ultra-transformés, qui favorisent la dysbiose.
– Limiter le stress chronique : le stress altère le microbiote et réduit les niveaux d’endocannabinoïdes. Des techniques comme la méditation, le sport ou les thérapies cognitivo-comportementales (TCC) peuvent aider à briser ce cercle vicieux.
– Éviter les antibiotiques inutiles : les antibiotiques perturbent durablement le microbiote. Leur usage doit être réservé aux cas nécessaires.
– Privilégier les aliments fermentés : yaourts, kéfir, choucroute ou kimchi contiennent des probiotiques naturels qui peuvent enrichir le microbiote.

Limites et perspectives de l’étude

Des résultats à confirmer chez l’humain

Bien que les résultats de cette étude soient extrêmement prometteurs, ils ont été obtenus chez la souris et doivent être validés chez l’humain. Plusieurs différences existent entre les modèles animaux et humains :
– Le microbiote humain est beaucoup plus complexe que celui de la souris.
– Les mécanismes de la dépression humaine sont plus variés et incluent des facteurs psychologiques et sociaux absents chez l’animal.
– Les effets secondaires des modulateurs du système endocannabinoïde (comme le JZL184) devront être soigneusement évalués chez l’humain. Cependant, des études préliminaires chez l’humain ont déjà montré que :
– Les patients dépressifs présentent une dysbiose intestinale similaire à celle observée chez les souris UCMS.
– La transplantation fécale de microbiote de patients dépressifs à des animaux induit des comportements dépressifs.
– Les probiotiques peuvent améliorer l’humeur chez certains patients.

D’autres voies à explorer

Le système endocannabinoïde n’est pas la seule voie par laquelle le microbiote influence le cerveau. D’autres mécanismes sont probablement impliqués, comme :
– La production de neurotransmetteurs : certaines bactéries produisent de la sérotonine, de la dopamine ou du GABA, qui peuvent agir directement sur le cerveau.
– La modulation du système immunitaire : une dysbiose peut entraîner une inflammation chronique, qui à son tour altère la fonction cérébrale.
– La production d’acides gras à chaîne courte (AGCC) : comme le butyrate, qui a des effets neuroprotecteurs et anti-inflammatoires. Des recherches supplémentaires sont nécessaires pour démêler ces différentes voies et identifier les cibles thérapeutiques les plus prometteuses.

Conclusion : le microbiote, un nouvel acteur clé de la santé mentale

L’étude de Chevalier et al. marque un tournant dans la compréhension des liens entre intestin et cerveau. Elle démontre pour la première fois que le microbiote intestinal peut induire des comportements dépressifs en altérant le système endocannabinoïde, et que cette altération peut être inversée par des interventions ciblant soit le microbiote lui-même (probiotiques, Lactobacillus), soit le système endocannabinoïde (inhibiteurs de la MAGL, compléments en AA). Ces découvertes ouvrent la voie à des nouvelles stratégies thérapeutiques pour la dépression, combinant :
– Des approches nutritionnelles (probiotiques, prébiotiques, oméga-3/6),
– Des médicaments ciblant le système endocannabinoïde,
– Des thérapies psychologiques (thérapie interpersonnelle, TCC) pour briser le cercle vicieux du stress. Comme le souligne le Dr Nicolas Neveux, ces avancées pourraient aussi avoir des implications pour d’autres troubles psychiatriques, comme l’anxiété, les troubles obsessionnels compulsifs (TOC), ou même les troubles neurodégénératifs, où le microbiote semble également jouer un rôle. En attendant, une chose est sûre : prendre soin de son microbiote, c’est aussi prendre soin de son cerveau. Et si la clé d’une meilleure santé mentale passait… par notre assiette ?


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Fait à Paris 16 par un psychiatre et un psychologue.

Références scientifiques

Chevalier, G., Siopi, E., Guenin-Macé, L. et al. Effect of gut microbiota on depressive-like behaviors in mice is mediated by the endocannabinoid system. Nat Commun 11, 6363 (2020). https://doi.org/10.1038/s41467-020-20201-2


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