Hommes victimes de violences conjugales: reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur les hommes victimes de violences conjugales? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour réagir face aux violences conjugales dont les hommes peuvent être victimes.
Rédacteur « hommes victimes de violences conjugales »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous
Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Les hommes victimes de violences conjugales : un phénomène méconnu et sous-estimé
Longtemps tabou, le sujet des hommes victimes de violences conjugales commence à émerger dans le débat public. Pourtant, les chiffres et les réalités cliniques montrent que ce phénomène reste largement sous-estimé, tant par les victimes elles-mêmes que par les professionnels de santé et les institutions. Selon l’Observatoire National de la Délinquance, près de 280 000 hommes auraient souffert de violences domestiques en France en 2010, soit environ 11,5% des victimes déclarées (Carmo et al., 2011). Ces données, bien que partielles, révèlent une tendance à la hausse, soulignant l’urgence de mieux comprendre et prendre en charge cette population spécifique.
Comme le rappelle le Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, « la violence conjugale ne connaît pas de genre, mais les mécanismes de reconnaissance et de prise en charge diffèrent radicalement selon que la victime est un homme ou une femme ». Cette asymétrie s’explique notamment par des stéréotypes de genre persistants, qui associent encore la virilité à la force et à l’invulnérabilité, rendant d’autant plus difficile pour les hommes l’identification de leur propre victimisation.
Un exemple clinique illustre cette difficulté : Monsieur L., 42 ans, consulte pour un état dépressif sévère. Après plusieurs entretiens, il évoque des conflits répétés avec sa compagne, qui le rabaissent systématiquement devant leurs enfants et le menacent de le priver de leur garde s’il tente de partir. Il minimise ces faits, les attribuant à son « manque de fermeté » et à sa « responsabilité » dans la détérioration du couple. Ce n’est qu’après un travail thérapeutique approfondi qu’il parvient à nommer ces comportements comme de la violence psychologique.
Les formes de violences conjugales subies par les hommes
Les violences conjugales à l’encontre des hommes peuvent prendre plusieurs formes, souvent intriquées : physiques, psychologiques, économiques, sexuelles ou administratives. Contrairement aux idées reçues, la violence physique n’est pas la plus fréquente. Les violences psychologiques (humiliations, menaces, chantage affectif) et les violences administratives (dénonciations calomnieuses, privation de droits parentaux) sont particulièrement prévalentes et insidieuses.
Une étude publiée dans la revue Psychologie Clinique (Abelhauser, 2020) met en lumière la spécificité des violences psychologiques subies par les hommes : celles-ci s’appuient souvent sur des mécanismes de déstabilisation identitaire, visant à saper la confiance en soi et à isoler la victime de son réseau social. Par exemple, Monsieur T., 35 ans, décrit comment sa partenaire a progressivement discrédité ses compétences professionnelles et parentales, le poussant à renoncer à ses projets et à s’isoler de ses amis, sous prétexte qu’il « n’était pas à la hauteur ».
Les violences économiques, bien que moins documentées, sont également une réalité : contrôle des ressources financières, interdiction de travailler, ou encore endettement forcé. Ces situations peuvent conduire à une dépendance totale vis-à-vis du partenaire violent, rendant la sortie de la relation extrêmement complexe.
Les obstacles à la reconnaissance et à la prise en charge
Plusieurs freins expliquent la sous-détection des hommes victimes de violences conjugales.
Le premier est la honte : admettre sa victimisation revient, pour beaucoup, à remettre en cause leur identité masculine. Le second est la méconnaissance des professionnels : médecins, policiers, travailleurs sociaux sont souvent mal formés à repérer ces situations, et peuvent adopter des attitudes sceptiques ou minimisantes.
Un troisième obstacle réside dans l’absence de structures adaptées : la plupart des dispositifs d’accueil et d’hébergement sont conçus pour les femmes, et peu de professionnels sont spécifiquement formés à l’accompagnement des hommes victimes. Comme le souligne une recherche menée à l’UIMPV (Unité d’Intervention Médico-Psychologique pour les Victimes) à Genève, « les hommes victimes se heurtent à un double défi : celui de se reconnaître comme victime, et celui de trouver une écoute et un soutien adaptés à leurs besoins » (Del Duca, 2020).
Un cas clinique emblématique : Monsieur R., 50 ans, s’est présenté aux urgences après une tentative de suicide. Il a mis plusieurs mois avant d’évoquer les violences répétées de sa compagne, craignant de ne pas être cru. Lorsqu’il a finalement osé en parler, le personnel soignant a d’abord attribué son état à une « crise de la cinquantaine », avant qu’un psychiatre ne repère les signes de violence conjugale et ne l’oriente vers une prise en charge spécialisée.
Un quatrième obstacle réside dans l’hostilité de la société. Ainsi, des réflexions exprimant soit l’incrédulité, soit tout bonnement la satisfaction, comme si les hommes victimes de violence méritaient ce qui leur arrivait ou qu’il s’agissait d’un juste retour des choses pour équilibrer toutes les femmes qui en sont victimes.
Pourquoi ils ne portent pas plainte ou ne partent pas immédiatement?
Les hommes victimes de violences conjugales ne portent généralement pas plainte et ne partent pas pour plusieurs raisons, souvent liées à des mécanismes psychologiques, sociaux et institutionnels :
1. Stéréotypes de genre et honte Les hommes subissent une forte pression sociale qui associe virilité à force et invulnérabilité. Reconnaître qu’on est victime de violences conjugales peut être vécu comme une remise en cause de sa masculinité, générant honte et culpabilité. Beaucoup minimisent ou nient les faits par peur du jugement, voire de moqueries, de la part de leur entourage ou des institutions.
2. Méconnaissance et incrédulité des institutions Les hommes victimes se heurtent souvent à un scepticisme, voire à une inversion des rôles de la part des forces de l’ordre ou de la justice. Les professionnels (policiers, juges, travailleurs sociaux) ont tendance à considérer l’homme comme l’agresseur par défaut, et les plaintes déposées par des hommes sont moins souvent prises au sérieux ou font l’objet de poursuites. Cette méfiance institutionnelle décourage les victimes de signaler les faits.
3. Dépendance affective et économique Comme pour les femmes, les hommes peuvent être liés à leur partenaire par une dépendance affective (peur de la solitude, espoir de changement, attachement aux enfants) ou économique (contrôle des ressources, interdiction de travailler). Ces dépendances sont souvent renforcées par l’isolement social organisé par le conjoint violent.
4. Crainte des représailles et de la perte des droits parentaux Beaucoup d’hommes craignent que leur partenaire ne les accuse à tort de violences en représailles, ou ne les prive de leurs droits parentaux en cas de séparation. Cette peur est d’autant plus forte que les tribunaux accordent encore majoritairement la garde des enfants aux mères.
5. Minimisation des violences subies Les hommes ont tendance à banaliser les violences psychologiques ou administratives, les considérant comme « normales » dans un couple conflictuel. Ils peuvent aussi croire que la situation s’améliorera, ou que leur rôle est de « tenir bon » pour les enfants.
6. Manque de structures d’accueil adaptées Contrairement aux femmes, les hommes disposent de très peu de lieux d’hébergement ou de soutien spécifiques. Cette absence de ressources concrètes rend le départ matériellement et psychologiquement plus difficile.
Exemple clinique : Un homme de 45 ans, père de deux enfants, a subi pendant des années des humiliations et des menaces de la part de sa compagne. Il n’a jamais porté plainte, par peur de perdre la garde de ses enfants et de ne pas être cru. Ce n’est qu’après une tentative de suicide qu’il a pu être orienté vers un psychiatre et un avocat spécialisé, qui l’ont aidé à sécuriser sa situation juridique et à entamer une thérapie.
Conclusion : Pour encourager les hommes à briser le silence, il est essentiel de sensibiliser les professionnels, de créer des dispositifs d’écoute et d’hébergement adaptés, et de déconstruire les stéréotypes de genre qui entravent la reconnaissance de leur victimisation.
La prise en charge : quelles spécificités pour les hommes victimes ?
La prise en charge des hommes victimes de violences conjugales doit être globale et pluridisciplinaire. Elle associe généralement un accompagnement psychologique, une protection juridique, et un soutien social. Plusieurs approches thérapeutiques se révèlent particulièrement adaptées :
- La Thérapie Cognitive et Comportementale (TCC) : elle permet de travailler sur les croyances dysfonctionnelles (« je suis faible », « je mérite ce qui m’arrive »), et d’acquérir des stratégies pour gérer l’anxiété et la dépression. En savoir plus sur la TCC.
- La Thérapie Interpersonnelle (TIP) : elle aide à restaurer l’estime de soi et à reconstruire un réseau social protecteur. En savoir plus sur la TIP.
- Les groupes de parole : ils permettent de briser l’isolement et de partager des expériences avec d’autres hommes dans la même situation.
Un exemple de parcours de soin : Monsieur D., 38 ans, a bénéficié d’un accompagnement combinant TCC pour gérer son anxiété, et TIP pour reconstruire sa confiance en lui. Parallèlement, un avocat spécialisé l’a aidé à obtenir une ordonnance de protection et à sécuriser ses droits parentaux. Aujourd’hui, il participe à un groupe de parole et envisage de reprendre une activité professionnelle.
Les ressources et structures d’aide pour les hommes victimes
En France, plusieurs structures commencent à se mobiliser pour les hommes victimes de violences conjugales. Parmi elles :
- Le 3919 (numéro national d’écoute pour les victimes de violences conjugales) est accessible aux hommes, bien que peu le sachent.
- Des associations comme SOS Hommes Battus ou L’UIMPV (Unité d’Intervention Médico-Psychologique pour les Victimes) proposent un accompagnement spécifique.
- Les maisons de la justice et du droit peuvent orienter vers des professionnels formés.
Il est crucial de sensibiliser les professionnels de santé à l’existence de ces ressources, et d’encourager les hommes à oser franchir le pas. Comme le rappelle le Dr Neveux, « la première étape vers la sortie de la violence, c’est la reconnaissance de sa propre souffrance. Ensuite, des solutions existent. »
Conclusion : briser le silence, changer les mentalités
Les hommes victimes de violences conjugales restent une population invisible, mais leur nombre est loin d’être négligeable. Briser le silence autour de cette question passe par une meilleure formation des professionnels, une sensibilisation du grand public, et la création de dispositifs d’accueil adaptés. Chaque homme qui ose parler, chaque professionnel qui sait écouter, contribue à faire évoluer les mentalités et à offrir une issue à ceux qui en ont le plus besoin.
Si vous ou un proche êtes concerné, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé ou à contacter une structure d’aide. Vous n’êtes pas seul.
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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
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