Intolérance à la frustration: reconnaître et gérer
Vous voulez en savoir plus sur l’intolérance à la frustration? Vous êtes sur la bonne page! Vous trouverez ici toutes les informations nécessaires pour identifier et savoir réagir face à l’intolérance à la frustration.
Rédacteur « intolérance à la frustration »: Dr Nicolas Neveux, Psychiatre à Paris, formé en Thérapie Cognitive et Comportementale (AFTCC) et en Thérapie Interpersonnelle (IFTIP), mail: dr.neveux@gmail.com; prendre rendez-vous Sources: L’hypersensibilité chez l’adulte, Mardaga; Pratiquer la Thérapie Interpersonnelle (TIP), Dunod; Prendre en charge la dépression avec la thérapie interpersonnelle, Dunod.
L’essentiel:
- Peut être un symptôme de pathologies graves (troubles anxieux, dépression…).
- Un médecin/psychiatre doit faire le diagnostic et coordonner la prise en charge.
- La TCC est le traitement indiqué en première intention.
Qu’est-ce que l’intolérance à la frustration ?
L’intolérance à la frustration désigne l’incapacité d’une personne à supporter ou à gérer les situations où ses désirs, ses attentes ou ses besoins ne sont pas immédiatement satisfaits. Cette difficulté à accepter la contrariété, l’échec ou le délai peut se manifester par des réactions émotionnelles disproportionnées : colère, tristesse, anxiété, voire agressivité. Contrairement à une simple déception passagère, l’intolérance à la frustration devient pathologique lorsqu’elle perturbe significativement la vie quotidienne, les relations interpersonnelles ou le fonctionnement professionnel.
Sur le plan psychologique, la frustration est une émotion normale, liée à l’écart entre ce que l’on souhaite et ce que l’on obtient. Cependant, chez certaines personnes, cette émotion déclenche une souffrance intense, voire une crise. Par exemple, un enfant qui hurle et casse ses jouets parce qu’il a perdu à un jeu, ou un adulte qui entre dans une rage incontrôlable après un refus, illustrent cette intolérance. Chez l’adulte, elle peut aussi se traduire par une incapacité à gérer les critiques, les échecs ou les retards, avec des conséquences parfois dramatiques sur la vie sociale et professionnelle.
L’intolérance à la frustration est souvent associée à d’autres troubles psychologiques, comme les troubles anxieux, la tristesse pathologique, ou encore des traits de personnalité narcissique. Elle peut aussi être un symptôme central dans des pathologies plus graves, comme le trouble de la personnalité borderline.
Les causes de l’intolérance à la frustration
Les origines de l’intolérance à la frustration sont multifactorielles, mêlant des facteurs développementaux, psychologiques et parfois biologiques.
Facteurs développementaux
L’enfance joue un rôle clé. Un enfant qui n’a pas appris à différer ses désirs, ou qui a été surprotégé, peut développer une faible tolérance à la frustration. À l’inverse, un enfant exposé à des frustrations trop intenses ou à des carences affectives peut aussi réagir par une intolérance, par peur de revivre ces souffrances. Par exemple, un enfant dont les parents ont toujours cédé à ses caprices pour éviter les conflits peut devenir un adulte incapable de gérer les limites.
Facteurs psychologiques
Certains traits de personnalité favorisent l’intolérance à la frustration. La psychorigidité, par exemple, rend difficile l’adaptation aux changements et aux imprévus, source fréquente de frustration. De même, les personnes présentant une personnalité narcissique ont souvent une estime d’elles-mêmes très fragile, et toute remise en question ou échec est vécu comme une attaque insupportable.
Facteurs biologiques et neurologiques
Des études en neurosciences suggèrent que des dysfonctionnements dans les circuits cérébraux impliqués dans la régulation émotionnelle (comme le cortex préfrontal et l’amygdale) peuvent rendre certaines personnes plus vulnérables à l’intolérance à la frustration. Ces circuits jouent un rôle dans la gestion de l’impulsivité et de l’agressivité, deux réactions fréquentes face à la frustration.
Exemple clinique
Mme L., 35 ans, consulte pour des crises de colère répétées au travail. Elle explique qu’elle « ne supporte pas » que ses collègues ne répondent pas immédiatement à ses mails ou qu’un projet prenne du retard. Lors de l’entretien, elle reconnaît avoir toujours été « très exigeante » envers elle-même et les autres, et avoir du mal à accepter que les choses ne se passent pas comme elle le souhaite. L’exploration révèle des traits de personnalité narcissique et une histoire familiale marquée par un père très critique, ce qui a renforcé son besoin de contrôle et sa difficulté à tolérer l’échec ou la critique.
Les manifestations de l’intolérance à la frustration
L’intolérance à la frustration peut se manifester de multiples façons, selon l’âge, le contexte et la personnalité de l’individu.
Chez l’enfant et l’adolescent
Les enfants intolérants à la frustration peuvent présenter des colères explosives, des pleurs inconsolables, ou des comportements d’opposition systématique. À l’adolescence, cela peut se traduire par des conduites à risque, des fugues, ou un décrochage scolaire. Par exemple, un adolescent qui abandonne ses études après un premier échec, ou qui entre en conflit violent avec ses parents parce qu’ils lui refusent une sortie.
Chez l’adulte
Chez l’adulte, l’intolérance à la frustration peut prendre des formes plus subtiles mais tout aussi invalidantes :
– Réactions de colère ou d’agressivité face à un contretemps (embouteillage, retard de train, etc.)
– Difficulté à accepter les critiques ou les remarques, même constructives
– Comportements de chantage affectif (« Si tu ne fais pas ce que je veux, je ne te parlerai plus »)
– Évitement des situations où le risque d’échec est présent (refus de postuler à un emploi par peur d’être refusé)
– Addictions (alcool, drogues, jeux) pour « anesthésier » la frustration
Dans les relations interpersonnelles
L’intolérance à la frustration peut empoisonner les relations. Une personne qui ne supporte pas que son partenaire ait un avis différent, ou qui rompt une amitié après un désaccord mineur, en est un exemple. Dans les couples, cela peut mener à des conflits répétés, des ruptures brutales, ou des dynamiques de chantage affectif.
Exemple clinique
M. T., 42 ans, consulte pour des conflits répétés avec sa compagne. Il explique qu’il « ne supporte pas » qu’elle passe du temps avec ses amis ou qu’elle ait des projets sans lui. Lors des séances, il reconnaît que ces situations lui rappellent son enfance, où il se sentait « toujours mis de côté ». Son intolérance à la frustration se manifeste par des crises de jalousie, des reproches constants, et une tendance à menacer de quitter sa compagne si elle ne « se consacre pas assez » à lui. Ces comportements ont conduit à une détérioration progressive de leur relation.
Intolérance à la frustration et pathologies associées
L’intolérance à la frustration n’est pas toujours un trouble isolé. Elle peut être un symptôme ou un facteur aggravant de plusieurs pathologies psychiatriques.
Troubles anxieux
Les personnes souffrant de troubles anxieux ont souvent une faible tolérance à l’incertitude, ce qui les rend particulièrement vulnérables à la frustration. L’anxiété anticipatoire (« Et si ça ne marche pas ? ») peut les paralyser ou les faire réagir de manière excessive.
Trouble de la personnalité borderline
Le trouble borderline (ou état-limite) est caractérisé par une instabilité émotionnelle, une peur de l’abandon et une intolérance marquée à la frustration. Les personnes borderline peuvent réagir par des automutilations, des crises de colère, ou des tentatives de suicide face à une frustration mineure.
Trouble de la personnalité narcissique
Les personnes avec une personnalité narcissique ont une estime d’elles-mêmes très fragile, dépendante du regard des autres. Toute frustration (critique, échec, refus) est vécue comme une attaque narcissique, déclenchant des réactions de colère, de dévalorisation de l’autre, ou de retrait relationnel.
Dépression
L’intolérance à la frustration peut aussi être un symptôme de la dépression. Une personne déprimée peut se sentir submergée par des frustrations qu’elle gérait auparavant, et entrer dans un cercle vicieux où l’échec renforce la tristesse et l’auto-dévalorisation.
Exemple clinique
Mlle R., 28 ans, présente un trouble borderline. Elle consulte après une tentative de suicide déclenchée par une rupture amoureuse. Elle explique qu’elle « ne supporte pas » que son ex-partenaire ne lui réponde plus, et que cette situation lui est « insupportable ». Lors des séances, elle décrit une histoire marquée par des abandons précoces et une difficulté chronique à gérer les frustrations, même minimes. Son intolérance à la frustration se manifeste par des automutilations, des crises de colère, et des comportements impulsifs.
Comment évaluer l’intolérance à la frustration ?
L’évaluation de l’intolérance à la frustration repose sur un entretien clinique approfondi, éventuellement complété par des questionnaires ou des tests psychométriques.
L’entretien clinique
Le psychiatre ou le psychologue interroge le patient sur :
– Les situations qui déclenchent des réactions de frustration
– La nature et l’intensité de ces réactions (colère, tristesse, anxiété, etc.)
– L’impact sur la vie quotidienne (relations, travail, santé)
– Les antécédents personnels et familiaux (éducation, traumatismes, troubles psychiatriques)
Les outils d’évaluation
Certains questionnaires, comme l’Échelle d’Intolérance à la Frustration (EIF) ou des tests de personnalité (MMPI, TCI), peuvent aider à objectiver le degré d’intolérance et à identifier des traits associés (impulsivité, anxiété, etc.).
Le diagnostic différentiel
Il est important de distinguer l’intolérance à la frustration d’autres troubles, comme :
– Les troubles du spectre autistique (difficulté à gérer les changements)
– Les troubles bipolaires (irritabilité en phase maniaque)
– Les troubles oppositionnels (chez l’enfant)
Prise en charge et traitements
La prise en charge de l’intolérance à la frustration dépend de sa sévérité et de son contexte. Elle associe généralement des approches psychothérapeutiques, parfois médicamenteuses, et des stratégies d’hygiène de vie.
Les thérapies cognitivo-comportementales (TCC)
Les TCC sont le traitement de première intention. Elles visent à :
– Identifier et modifier les pensées dysfonctionnelles (« Je ne supporte pas que les choses ne se passent pas comme je veux »)
– Apprendre des stratégies de régulation émotionnelle (respiration, relaxation, pleine conscience)
– Travailler sur la tolérance à l’incertitude et à l’échec
– Améliorer les compétences sociales (assertivité, gestion des conflits)
Les thérapies interpersonnelles (TIP)
La TIP peut être utile, surtout si l’intolérance à la frustration est liée à des difficultés relationnelles ou à des traumatismes précoces. Elle aide à mieux comprendre et exprimer ses émotions, et à établir des relations plus stables.
Les approches médicamenteuses
Aucun médicament ne traite spécifiquement l’intolérance à la frustration. Cependant, en cas de comorbidités (anxiété, dépression, trouble borderline), des antidépresseurs (ISRS), des régulateurs de l’humeur, ou des anxiolytiques peuvent être proposés pour réduire la souffrance émotionnelle.
Les stratégies d’hygiène de vie
– Activité physique régulière (réduction du stress et de l’agressivité)
– Sommeil de qualité (la fatigue aggrave l’irritabilité)
– Alimentation équilibrée (éviter les excitants comme le café ou l’alcool)
– Techniques de relaxation (méditation, yoga)
Exemple clinique
M. D., 50 ans, cadre supérieur, consulte pour des crises de colère au travail. Il explique qu’il « explose » dès qu’un projet ne se déroule pas comme prévu. Le diagnostic révèle une intolérance à la frustration associée à un trouble anxieux généralisé. Une prise en charge par TCC lui permet d’identifier ses pensées catastrophistes (« Si ce projet échoue, je vais être licencié »), d’apprendre à relativiser, et de développer des stratégies de gestion du stress. Après six mois, il rapporte une nette amélioration de ses réactions face aux imprévus.
Conseils pour les proches
Vivre avec une personne intolérante à la frustration peut être éprouvant. Voici quelques conseils pour les proches :
– Ne pas céder systématiquement aux demandes pour éviter les crises (cela renforce le comportement)
– Encourager l’expression des émotions de manière adaptée (« Je vois que tu es en colère, parlons-en »)
– Fixer des limites claires et cohérentes
– Proposer une aide professionnelle si la situation devient ingérable
– Prendre soin de soi pour éviter l’épuisement
Exemple clinique
La famille de Lucas, 12 ans, consulte parce qu’il fait des crises de colère quotidiennes. Les parents expliquent qu’ils ont « tout essayé » : punitions, récompenses, raisonnements, sans succès. L’évaluation révèle une intolérance à la frustration liée à un haut potentiel intellectuel et à une éducation très exigeante. Une prise en charge familiale (TCC + guidance parentale) permet d’instaurer des règles plus adaptées, d’apprendre à Lucas à gérer ses émotions, et aux parents à rester cohérents dans leurs réponses. Après quelques mois, les crises diminuent en fréquence et en intensité.
Conclusion
L’intolérance à la frustration est un trouble fréquent, aux conséquences parfois graves sur la vie personnelle et professionnelle. Elle peut être isolée ou associée à d’autres pathologies psychiatriques, comme les troubles anxieux, la dépression, ou les troubles de la personnalité (narcissique, borderline). Une prise en charge adaptée, combinant thérapies (TCC, TIP) et parfois médicaments, permet d’améliorer significativement la qualité de vie des personnes concernées et de leur entourage.
Si vous ou un proche présentez une intolérance à la frustration invalidante, n’hésitez pas à consulter un professionnel de santé mentale pour une évaluation et une prise en charge personnalisée.
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Dr Neveux Nicolas, psychiatre TCC et TIP, 9 rue Troyon, Paris; tél: 0609727094
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- RER: Station Charles de Gaulle Etoile (RER A depuis La Défense, Nanterre, Paris 8, Paris 1-4-11, Rueil, Maisons Laffitte, Le Vésinet etc…).
- Bus: Station Charles de Gaulle Etoile (lignes 22-30-52 depuis Paris 75016; ligne 92 depuis Paris 75007, 75014, 75015; lignes 30-31-92-93 depuis Paris 75017; ligne 73 depuis Neuilly sur Seine; lignes 22-52-73 depuis Paris 8; ligne 92 depuis Levallois).
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